Islamophobie : Comment faut-il vous le dire ?

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Une nouvelle fois, la surenchère islamophobe est au rendez-vous chez nombre de politiques relayés par des médias porte-voix.

Depuis la rentrée, chaque jour compte une nouvelle ignominie, une nouvelle indignité, particulièrement à l’endroit des femmes musulmanes qui portent un foulard.  

Dans ce contexte, celles et ceux qui combattent l’islamophobie sont stigmatisés, dénigrés, calomniés. Les campagnes coordonnées de réseaux hétéroclites ont pour objectif d’intimider pour réduire au silence les voix qui s’élèvent contre le racisme anti-musulman.

Comment faut-il vous le dire ?

Vous pouvez continuer à nous appeler, nous nommer et répéter de toutes les façons possibles, musulmans, islamistes, frères musulmans, islam politique, communautarisme… tel un mantra. Nous continuerons à dénoncer l’islamophobie, revendiquer l’emploi et l’usage du terme, nous engager et nous mobiliser pour des droits égaux, la justice et la dignité. Rien de plus mais rien de moins !

Nous ne nous tairons pas ! et continuerons de vous mettre face à vos atermoiements, reculades et autres renoncements sur les droits humains. Le 2 poids 2 mesures dans l’invocation des principes et valeurs que vous mobilisez sur le seul registre incantatoire.

Comment faut-il vous le dire ?

Nous ne sommes pas dupes. Cette libération de la parole islamophobe n’est pas fortuite, n’est pas accidentelle. Vos mots ont armé la carabine, selon la formule consacrée.

Elle est orchestrée, tricotée depuis au moins 30 ans ! La déferlante islamophobe à laquelle nous assistons depuis plusieurs semaines est en effet une étape supplémentaire dans le développement des discours et des politiques stigmatisants et discriminatoires à l’égard des musulman-e-s.

Comment faut-il vous le dire ?

Ras-le-bol des polémiques de diversion.

Ras-le-bol de l’argument éculé du voile tantôt symbole d’oppression tantôt étendard de « l’islam politique » ! 

Ras-le-bol de cette mascarade pseudo-républicaine, pseudo-féministe, pseudo-laïque.

La République ? Nous connaissons merci. Surtout celle du mépris, esclavagiste, coloniale, et patriarcale.

La laïcité ? Nous connaissons merci. Nous voulons l’application égalitaire de la loi de 1905. Celle de Briand et de Jaurès. Celle qui réconcilie ceux qui croient au Ciel et ceux qui n’y croient pas. Pas celle dénaturée et dévoyée, brandie sous forme d’un racisme décomplexé et respectable contre les musulman-e-s. 

L’égalité hommes/femmes ? Nous connaissons merci. Et elle ne réside sûrement pas dans votre façon de nous expliquer que vous nous discriminez pour notre bien quand vous voulez nous priver d’école, d’université, de travail, de plage, de restaurant, de bowling, de piscine, de sorties scolaires, de sport. Elle ne réside certainement pas dans vos insultes, discriminations, violences verbales et physiques, menaces, production d’une législation d’exception à l’endroit d’un « corps d’exception ».

Comment faut-il vous le dire ?

Ne nous libérez pas. Nous nous en chargeons ! Nous savons faire. L’Histoire coule dans nos veines. Nous savons que le projet colonial français était centré sur le contrôle du corps des femmes musulmanes. Nous avons appris les cérémonies de dévoilement en place publique sous l’Algérie occupée.

Libération ? Non. Emancipation ? Non plus. Humiliation, domestication, soumission… absolument !

Les polémiques récurrentes nauséabondes et nauséeuses autour du foulard, sous le couvert d’un féminisme à géométrie variable, semblent finalement se résumer à cela : déshabiller la femme musulmane.

Nous vous invitons à vous attaquer aux féminicides, aux violences conjugales et sociales, à l’exploitation des femmes et non aux symboles présumés de cette exploitation.

Laissez donc les femmes s’habiller comme elles le veulent.

Qui décide de ce que peuvent ou pas porter les femmes ? Ces polémiques ne sont pas anodines, elles découlent d’une volonté de restreindre leur liberté au prétexte de les civiliser. 

Comment faut-il vous le dire ?

Cessez de nous infantiliser, de nous silencer, de nous invisibiliser en prétextant nous libérer malgré nous.

Ces polémiques constituent un véritable piège pour le mouvement féministe : elles conduisent à casser la solidarité entre femmes, en mettant d’un côté les femmes musulmanes, avec ou sans foulard, victimes soumises et jamais considérées comme actrices de leur émancipation, sauf si elles manifestent leur adhésion aux « valeurs républicaines et laïques » dévoyées et instrumentalisées, seules capables d’édicter les normes de l’égalité hommes-femmes et les chemins de la libération pour toutes.

Comment faut-il vous le dire ?

Nous sommes chez nous et nous y resterons tels que nous sommes, tels qui nous sommes, dignes y compris avec nos foulards, nos barbes (avec ou sans moustache au demeurant), nos qamis ou djellabas, nos cals de prière sur le front, notre ramadan, nos prières du vendredi…

Votre négation du réel, votre déformation de la réalité, vos mensonges et manipulations, votre refus de nous voir tels que nous sommes mais tels que vous nous souhaitez (polis, invisibles, apolitiques) à l’image de vos fantasmes déshumanisants, nostalgie coloniale, désillusions d’avoir échoué à nous assujettir, ne font que développer et renforcer notre résilience, notre résistance, notre dignité, nos attachements (citoyen, pluriculturel, humain, spirituel). 

Vous êtes prêts à aller jusqu’à changer la loi qui nous protège pour espérer pouvoir arriver à nous domestiquer, nous assujettir, nous contrôler, nous blanchir.

Comment faut-il vous le dire ?

L’islamophobie est le seul racisme qui doit être dissout et dilué dans un racisme plus global et qui subit l’injonction récurrente d’être dénoncé sous condition, toujours mentionné, cité et arrimé à la dénonciation de tous les racismes. D’aucuns passent leur temps à nous dire que la lutte contre la haine doit être unitaire. Nous vous répondons haut, fort et clair : Chiche ! Vous avez laissé faire et maintenant il est venu le temps des Justes pour les musulman-e-s !

Parce que comment faut-il vous le dire ?

Tout ce qui se fait sans nous se fait contre nous.

Nous sommes les premier-e-s concerné-e-s, visé-e-s, ciblé-e-s par la haine islamophobe et de ce fait nous sommes légitimement à la manœuvre pour nous organiser et organiser la riposte. Dans le même temps, la violence qui est faite aux musulman-e-s de notre pays est faite à tou-te-s. 

Nous n’en sommes plus à demander, à quémander… nous exigeons de vous le respect pour les principes républicains et responsabilité. 

Nous ne défendons pas « les musulmans », mais l’avenir de la société française dans laquelle nous voulons vivre dans sa diversité. Nous représentons un espoir que les faiseurs de haine risquent de détruire. 

Nous resterons mobilisés avec toutes celles et ceux de bonne volonté, pour et au nom de la justice, de la dignité, de la fraternité et de la paix.

3 Commentaires

  1. Pourquoi ne pas parler d’islamophobisme plutôt que d’islamophobie ?
    La nuance est hyper importante etymologiquement.
    On dénonce la peur dont sont otages certains ou tous les facteurs qui peuvent la nourrir ?
    L’islamophobie est une maladie multifactorielle, traitons la comme telle. L’islamophobisme, quant à lui, est une idéologie phobogene qui vise à terroriser le Fils d’Adam, à le tenir à distance de l’Islam afin que celui-ci ne cherche pas à mieux le connaître.
    Ne mélangeons pas tout svp.
    Pour revenir à l’islamophobie, celle-ci peut provenir effectivement de l’islamophobisme mais pas que malheureusement.
    Un seul être peut souffrir d’islamophobies dont les causes et les manifestations peuvent être diverses et variées (campagne de désinformation médiatique à visée islamophobiste, expériences personnelles malheureuses, méprise conceptuelle de certains aspects intrinsèques, maladresse des uns et des autres réalisées au nom de l’Islam, inconscient individuel ou collectif se référant et associant erronément certains aspects rencontrés aux traumatismes religiositaires hérités de sa culture d’origine etc, etc, etc…)
    L’affaire n’est pas simple et encore moins simpliste.
    Nous avons tous besoin les uns des autres dans cette entreprise de clarification et de levée du Grand Malentendu afin que chacun puisse bénéficier en toute conscience de sa liberté à répondre, ou pas – Que Dieu nous en Préserve !!! – à l’ Appel Divin.
    Que Dieu nous Aide !!!
    Dieu Sait Mieux.

  2. Il n’y a pas qu’une question de « race », de « racisation », ou de « racisme » qui se joue en France vis-à-vis de l’Islam.
    Il y a aussi ce à quoi le « religieux » renvoi dans l’imaginaire et dans l’inconscient collectif de chacun, inconscient profondément marqué par l’héritage historique national.
    La France a un lourd passé avec le religieux chargé de traumatismes, en particulier avec le catholicisme tel qu’il s’exercait jusqu’à la Révolution Française (conversions de force pendant la nuit de la Saint Barthélémy, spoliation de la production paysanne par l’Eglise et par la Noblesse sous l’Ancien Régime, auto-flagellations individuelles physiques ou psychiques, adoration de la douleur, interdiction du divorce, privation sexuelle à vie pour les prêtres et les bonnes sœurs, inhumanite de nombreux aspects de la pratique religieuse, hypocrisie de certains de ses acteurs éminents etc, etc, etc…).
    C’est d’ailleurs dans son prolongement, qu’est apparu par la suite le concept émancipateur de laïcité instituant la séparation entre l’Eglise et l’Etat et envisageant ainsi désormais la religiosité, non plus comme une contrainte, mais comme une liberté individuelle nouvellement acquise et exercée en toute conscience.
    Pour une personne issue d’une culture différente, cela peut n’ apparaître que comme un cours d’histoire abstrait appris à l’école ou dans un livre et ne renvoyant finalement à aucune réalité concrète vécue de l’intérieur par celle-ci.
    Pour celui issu de cette culture, en revanche, c’est tout autre.
    Tout cet héritage historique, composante à part entière de son être, de son appartenance nationale et civilisationnelle, habite profondément son inconscient.
    Ainsi, à chaque fois que celui-ci se trouve confronté à un aspect similaire, ce dernier sera analysé au travers de son « sense data » personnel, interprété puis traduit par celui-ci dans le langage de celui-ci.
    Peut-être voit il par exemple dans la femme voilée une bonne soeur inaccessible castratrice qui a renonce à vie à une part de son humanité (sa sexualité).
    J’emploie le terme de « castratrice » mais cette perception concerne aussi l’individu de sexe féminin.
    Pour d’autres elle renverra l’image d’une femme qui affiche ouvertement sa vertu alors qu’en privé, elle agit totalement différemment (procès en hypocrisie et en fausse dévotion ) etc, etc, etc…
    Les fantasmes ne manquent pas…
    Afin de briser toutes ces fausses représentations aliénantes, il apparaît indispensable, de mon point de vue, de bien expliquer à l’autre la démarche que l’on entreprend et ce qui la motive.
    On doit le faire encore, encore et encore si on prétend vraiment désirer faire partager à celui-ci toutes les subtilités de son être et si on en espère de lui une compréhension voire une acceptation.
    C’est incontournable dans l’optique d’un vivre ensemble apaisé.
    On peut se contenter de vivre côte à côte, de se côtoyer comme dirait M. Collomb, on peut aussi ambitionner de se Rencontrer.
    Dieu Sait Mieux.

  3. Paix.
    Je ne suis pas du tout d’accord avec le terme « islamophobie » utilisé ici.
    Quand je vois l’excellence dont vous êtes capable de faire preuve dans la rédaction de certains de vos articles Mme Chouder, je ne peux me satisfaire de l’emploi de ce mot par vous.
    Je ne vous connais pas, certes, mais vous me faites espérer beaucoup mieux de vous.
    Dans le langage courant, on emploie souvent les mots, certaines expressions, certains schémas d’analyse de façon très légère et inappropriée. C’est un fait.
    Lorsqu’on porte un combat, une exaspération que l’on considère noble, légitime, important, je pense qu’il faut faire preuve de la plus grande rigueur qui soit dans l’emploi de ces derniers.
    Personnellement, je pense que le fond prime sur la forme.
    En revanche, je pense que si on ambitionne de valoriser celui-ci, la forme employée doit alors contribuer à ce dessein et non à l’inverse.
    Ici, à mon sens, ce n’est pas le cas.
    La confusion engendrée par la forme terminologique utilisée vient plutôt déprécier celui-ci et nourrir de l’ambiguïté:
    Le malade est il coupable de la maladie qu’il porte?
    La maladresse vient alors ajouter de la difficulté à la difficulté déjà existante rencontrée.
    Pourquoi se charger ainsi d’obstacles supplémentaires dans sa démarche?
    Le combat en question n’est il pas déjà assez pénible comme ça (je vous renvoie aux ras-le-bol légitimes que je partage exprimés dans votre propos) ?
    Méthodologiquement parlant, je pense que tout doit être réinterrogé en permanence si on espère être efficace dans sa démarche.
    L’islamophobie est une maladie complexe, multifactorielle, si on espère réellement la traiter un jour définitivement, il est impératif alors de recourir à une terminologie appropriée, précise lorsqu’on l’évoque, cela afin de mieux situer les enjeux en présence.
    J’espère ne pas avoir été, moi non plus, trop confus dans mon propos.
    Si tel était pourtant le cas, veuillez m’interpeller svp, cela me donnerait ainsi peut-être l’occasion à moi aussi de clarifier le mien.
    Paix chère soeur.
    Je ne vous connais pas mais je sens que je vous aime en Dieu.

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