Razan el-Najjar, emblème d’une Palestine blessée à mort

Tuée par un sniper israélien à la frontière de la bande de Gaza, la jeune secouriste est le sujet d’un documentaire qui va être montré dans une vingtaine de villes françaises. Politis a rencontré ses parents.

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L ’occupation m’a privée du rêve pour lequel j’ai vécu toute ma vie. » Sabreen el-Najjar se livre à la caméra d’Iyad Alasttal dès les premières minutes de son documentaire. Ce « rêve » était celui de voir Razan, sa fille aînée – sa « première joie » – porter la robe de mariée, et lui offrir ses premiers petits-enfants. Le destin en a voulu autrement : le 1er juin 2018, en pleine « grande marche du retour » où des civils palestiniens réclament pacifiquement la levée du blocus israélien de Gaza, une balle de fusil tirée par un sniper traverse la poitrine de Razan el-Najjar, qui succombe une demi-heure après.

Le lendemain, les obsèques de la jeune femme réunissent des milliers de personnes. Le scandale est même relayé par les médias internationaux. Il s’agit pourtant d’un décès au milieu de dizaines d’autres (166 depuis le 30 mars) et de milliers de blessés. Mais Razan el-Najjar, 21 ans, était aussi une secouriste, bénévole, portant la veste blanche du personnel de santé sous l’égide de l’Autorité palestinienne, et du PMRS (Palestinian Medical Relief Society) dont le symbole du croissant et de la croix rouges est représenté en gros dessus.

La situation est confirmée et déplorée par les institutions : Achraf al-Qodra, porte-parole du ministère de la Santé palestinien, confirme le jour même les circonstances de la mort de la jeune femme et son statut. Nikolaï Mladenov, coordinateur spécial de l’ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, déclare sur Twitter que « le personnel médical n’est pas une cible ». L’ONU publie un communiqué pour exprimer son inquiétude concernant le meurtre d’une « volontaire de santé » à Gaza. Du côté de la communauté internationale, le silence est assourdissant.

Plus qu’un témoignage, des revendications

C’est une des raisons qui ont poussé Ashraf et Sabreen el-Najjar à faire le déplacement pour la présentation du film-documentaire Razan – Une trace de papillon (titre inspiré d’un poème de Mahmoud Darwich), réalisé par le Palestinien Iyad Alasttal, ancien étudiant en cinéma à l’université de Corse. C’était même pour eux une nécessité : lorsqu’on lui demande quel témoignage il vient délivrer, le père de Razan demande en arabe palestinien « une position claire de la France pour soutenir le peuple palestinien, et réclamer son droit de retour. Il faut lever de manière définitive le blocus aérien, maritime, terrestre que nous subissons ». Sa femme Sabreen ajoute le besoin de « dévoiler les crimes d’occupation israéliens commis contre le peuple palestinien ».

Les parents de Razan se sentent contraints de rappeler que les conventions de Genève assurent la protection des personnes travaillant dans l’humanitaire, demandant à ce titre qu’une pression soit exercée par la communauté internationale sur Israël pour qu’elle respecte les traités internationaux, notamment ceux dont elle est signataire. Par la même occasion, ils demandent la mise en place d’un tribunal pénal international relatif aux « crimes » de guerre d’Israël – comme ce fut le cas pour le génocide rwandais de 1994, ou pour les guerres de Yougoslavie (1991-2001).

Si ces demandes sont celles des parents de Razan, c’est bien parce qu’ils sont conscients que la situation ne changera pas sans un sursaut des pouvoirs politiques extérieurs au conflit israélo-palestinien. Ils ont des raisons de craindre que la situation ne change pas. Ils n’ont pourtant pas grand espoir d’une paix réelle entre les deux États. « Les trêves et accords de paix conclus n’ont jamais été respectés par Israël », rappelle Sabreen.

Un mois pour montrer une réalité

La famille el-Najjar est justement spectatrice au jour le jour de l’étendue du conflit. Le documentaire « montre l’oppression israélienne contre les civils à l’est de Khan Younès », explique Iyad Alasttal. La ville est à la frontière de la bande de Gaza, et la maison des el-Najjar offre une vue directe sur les manifestations, leurs blessés, leurs morts. « On peut considérer le film comme deux parties : une partie sur Razan à travers les témoignages de ses parents et surtout de sa mère. Et une partie avec la mère de Razan qui apporte des extraits de conséquences du blocus et de l’occupation… » Le réalisateur a en effet accompagné avec sa caméra la mère de Razan, venue remplacer sa fille une semaine après sa mort. Les témoignages ne sont pas que familiaux, puisqu’ils sont aussi ceux de collègues de Razan, dont des blessés lors de l’attaque mortelle.

Sabreen répète une scène déjà réalisée dans le reportage. Elle insiste pour montrer la carte de secouriste de sa fille, et la veste qu’elle portait : on y voit le trou laissé par la balle, et le sang séché de sa propriétaire. « Pour quel péché ma fille a-t-elle été tuée ? » demande celle qui dit vouloir « transmettre aux femmes et aux mères françaises ce qu’est la douleur d’une mère palestinienne ».

Le documentaire a été financé via une campagne de dons lancée par l’Association France Palestine Solidarité et l’Union juive française pour la paix, que Iyad Alasttal tient à remercier, tout comme les associations Le Temps de la Palestine et Artists for Palestine, pour leur soutien. D’une durée de 31 minutes, le documentaire sera diffusé pour la première fois ce mardi 9 octobre à Paris, mercredi 10 à Lille et dans 16 autres villes jusqu’au 6 novembre à Saint-Nazaire.

La liste complète des lieux de projection est consultable sur le site de France Palestine Solidarité.

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