Les couples face aux crises

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La société européenne ne cesse d’évoluer profondément depuis les années 70 et ceci concerne tous les domaines de la vie.

La famille, étant le noyau de la société, n’a pas été épargnée elle non plus par ces évolutions qui touchent sa forme (la monoparentalité, les couples homosexuels, …), et son fond (la durée courte des relations de couple, la culture du développement personnel, la suprématie du « moi » sur le « nous »,…), le recul du nombre de femmes au foyer proprement dit, l’égalité dans le partage des tâches ménagères entre l’homme et la femme, la culture « zen » qui marque les décors des foyers, l’épanouissement sexuel qui prend place de plus en plus, l’intervention d’une tierce partie pour accompagner le changement et le conflit au sein de la famille (psy, médiateur, coach), la question de l’enfant (le centre du monde) prend également plus que jamais de plus en plus d’importance (les besoins de l’enfant, le stress de l’enfant, les activités de l’enfant, le Smartphone, …)

Au milieu de ces transitions, les couples essayent de trouver un compromis entre répondre à l’héritage culturel (la loyauté) et s’adapter au nouveau contexte (l’après post-modernité). Cela a un impact sur la perception du couple, sur la définition des rôles au sein des couples…. Une perception qui devient souvent l’une des sources principales des conflits.

Les couples passent par des crises inconfortables, certains résistent pour protéger l’image sociale (faire bonne figure) et satisfaire les standards culturels/sociaux (difficultés de parler du conflit, ne pas se séparer car le divorce est mal vu..), certains se séparent/divorcent tantôt à l’amiable mais encore trop souvent d’une manière agressive, et d’autres « osent » en parler et demander de l’aide (de plus en plus auprès de psychologues, thérapeutes, médiateurs) pour pouvoir décider ensemble si « l’on continue ou pas ! ».

La crise conjugale est un passage important pour se remettre en question et pour revoir « le contrat » du couple ainsi que pour questionner les dysfonctionnements…. Elles sont certes inconfortables et difficiles mais en même temps, elles sont très souvent le départ d’une nouvelle vie de couple différente ou d’une séparation consciente et responsable (nous avons tout essayé ensemble mais en vain…)

Partant d’un constat fait au sein de mon travail de coach et médiateur familial, nous pouvons mettre en avant 6 points qui pourraient résumer ce qui manque aux couples pendant les crises.

L’auto-responsabilisation

Les couples en moment de crise adoptent une de ces trois réactions :

– L’apathie : (je démissionne, nous habitons ensemble mais on ne vit plus ensemble…)

– La fuite : (je m’encombre d’activités, je reste au travail le plus longtemps possible, j’évite les discussions avec mon partenaire …)

– La confrontation : (je m’exprime, je fais des reproches à mon partenaire, j’exprime mes attentes …).

L’idéal serait que l’on opte pour cette dernière (la confrontation) afin de faire face à notre crise. Sauf qu’en l’absence de bonne méthode (savoir écouter, se faire accompagner par un professionnel, …) les échanges peuvent être agressifs (et pas forcément violents).

Dans ce cas il est utile que chaque partenaire (re)connaisse sa part de responsabilité, au lieu de se braquer pour se défendre/se protéger ou de passer son temps à accuser l’autre « c’est ta faute! » et essayer de convaincre tout le monde de son innocence « je suis la victime », et attendre des efforts uniquement de la part de l’autre « si tu changes, notre relation ira mieux! »

L’auto-responsabilisation, c’est se poser les bonnes questions qui permettront de co-construire des solutions ensemble :

De quoi suis-je responsable? (Quels sont mes manquements, mes erreurs…)

Qu’est-ce que je peux changer ? (Apprendre des leçons/expériences du passé)

De quoi avons-nous besoin pour que notre couple aille mieux ? (Accompagnement, thérapie, aide…)

Exprimer des attentes claires

Derrière chaque mécontentement, il y a un besoin insatisfait ou bafoué.

Un mécontentement exprimé plutôt par des émotions que par les mots :

– la tristesse : (je me sens abandonné(e), je me sens impuissant(e), …)

– la colère (je ne me sens pas respecté(e), je ne me sens pas considéré(e), …)

– la peur (l’insécurité, l’avenir, …).

Entendre le langage des émotions demande une écoute active/thérapeutique puissante et une présence. Ces deux qualités sont les plus difficiles à mobiliser lors d’un conflit. C’est pour cela qu’il est utile de mettre des mots sur ce qu’on ressent, sur ce que l’on vit pour formuler des attentes claires et concrètes, pour permettre à l’autre d’entendre et comprendre pour co-construire ensemble une solution sans que personne ne soit perdant ou lésé.

Il y a des partenaires qui se plaignent de tout, tout le temps et chez tout le monde, mais ils sont incapables de dire et formuler ce qu’ils veulent concrètement. Malheureusement le partenaire ne peut pas le deviner, mais encore pire lorsque ces demandes sont mal exprimées, le partenaire peut les interpréter différemment.

La communication active

Le mot-clef durant la crise est : la communication.

Communiquer activement, sortir du mutisme et de la surdité pour éviter les non-dits, les interprétations et surtout pour comprendre et extérioriser les pensées et les émotions au lieu de les étouffer (sinon ils risquent de se transformer en bombes à retardement incontrôlables).

La communication est une compétence obligatoire à développer au sein du couple, à travers des formations spécialisées ou par l’accompagnement d’un professionnel.

Le recul

Après plusieurs années de vie de couple, il y a certainement des choses vécues qui furent agréables en compagnie de l’autre. Notre partenaire a sans doute beaucoup de qualités positives. Mais la douleur du conflit nous empêche de voir ce côté positif ; et prendre du recul pour évaluer à juste titre l’expérience de son couple est essentiel. Il faut essayer, durant les crises, de se rappeler les qualités de l’autre et tous les bons moments passés avec lui (elle). C’est souvent durant les crises que l’on a tendance à ne garder que le mauvais et ne voir que les défauts de l’autre, en apprenant à inverser cette tendance nous pourrons certainement arriver à amortir l’intensité de la crise et interagir avec justice et justesse.

La persévérance

Le changement est difficile, les crises sont inconfortables. Les « valeurs-compétences » comme la patience et la persévérance sont plus que jamais indispensables pour surmonter une telle épreuve.

Ce n’est pas parce qu’on a essayé quelques fois sans succès qu’il faut s’abstenir de retenter de résoudre les problèmes et surmonter les blocages. Il est parfois utile de laisser le temps au temps, et de continuer quand-même à essayer les mêmes solutions ou d’autres…

La solidarité

La solidarité est un « devoir » (moral/éthique). Le partenaire a plus besoin de l’autre quand le couple va mal, à l’image de l’équipage d’un navire qui se serre les coudes pour affronter les tempêtes et les passages difficiles.

Et souvent lors des crises, nous aurons tendance à tourner le dos à l’autre, au lieu d’être encore plus proche de lui même si nous souffrons. Le mariage c’est être là pour l’autre dans les bons comme dans les mauvais moments.

En conclusion, nous pouvons dire que les crises sont des passages parfois indispensables dans la vie de tout couple, des moments inconfortables qui demandent beaucoup de patience et de persévérance… même si on se sépare au moins cela sera d’une manière consciente et responsable qui garantit la continuité du travail « d’équipe » parental nécessaire pour le bien-être des enfants s’il y en a. 

5 Commentaires

  1. Salam ‘aleikoum et que la Paix soit sur vous.

    En plus des éléments factuels et rationnels exposés dans cet article,
    on déplore malheureusement une multiplication et la propagation fulgurante de phénomènes étranges voire irrationnels au sein des couples (parfois exemplaires) en France, en Europe et à l’étrange.

    Les cas sont trop nombreux et diverses pour être cités ici mais vont tous à contre sens de la raison humaine, par exemple :
    – demande de divorce accompagnée de menace de meurtre avec arme,
    – tentative de suicide, d’homicide et d’infanticide pour chasser le conjoint
    – séparation brusque sans motif avec abandon d’enfants handicapés,
    – changement brutal du comportement voire inversion de la personnalité,
    – accusations mensongères, prétextes farfelus et scénarios diaboliques, etc.

    Certain(e)s imputeront ces crises à un dysfonctionnement hormonal, à un déséquilibre psychologique, à un trouble psychiatrique, à une mode sociétale, à une influence environnementale ou tout simplement à un manque de dialogue.

    Mais il y a une cause possible et un facteur éventuel que l’on veut absolument occulter et qui relève du domaine de l’irrationnel ou de ce que l’on nomme maladroitement le monde de « l’invisible ».

    Bien sûr, ce sujet devenu tabou est souvent dénigré et parfois renié malgré les preuves issues des versets coraniques, des traditions prophétiques et témoignages concordants de l’entourage proche.

    On ne va pas évoquer ici toutes les dérives et abus des escrocs, pervers et charlatans profiteurs de cette aubaine sur le dos de leurs nombreuses victimes dépouillées, agressées voire assassinées.

    Intéressons-nous plutôt à une approche scientifique du problème, une étude cas : le tabagisme.

    Ce fléau dont les bénéfices financiers pour les rentiers sont aussi importants que les dégâts causés chez les victimes et leur environnement, n’a pas pu être enrayées ni par le prix exorbitant ni par les images horribles.
    Vous avez beau expliquer à un(e) fumeur(se) les conséquences néfastes sur le porte-monnaie et sur la santé, l’accoutumance sera plus forte, et d’ailleurs on voit souvent le corps médical fumer à l’entrée des hôpitaux au nez des passant(e)s et (futurs?) patient(e)s.
    Au départ, malgré les différents prétextes avancés de mal être ou de recherche de notoriété, le déclenchement de cette situation est dû à une raison irrationnelle selon des médecins qui ont donc recours à l’hypnose pour amener la personne à arrêter de fumer.

    Traiter l’irrationnel par l’irrationnel lorsque toutes les solutions rationnelles ont échoué.

    Ce domaine est tellement vaste et opaque, on y trouve le meilleur et le pire dans les traitements issus de diagnostiques diamétralement opposés dont certains sont de vrais pronostiques empiriques sans fondement …

    En conclusion, seul Dieu peut nous montrer et nous aider, à nous de L’implorer et Lui demander assistance.

  2. Paix à toi cher frère Abdelhamid. Il existe des dispositifs thérapeutiques locaux pour traiter les maux auxquels tu sembles faire allusion. D’après les spécialistes, il est indispensable de prendre en considération la multidimension des maux dont l’individu peut souffrir, celle-ci variant évidemment d’un individu à l’autre. Il ne faut surtout rien opposer. Au contraire, il faut essayer de conjuguer au mieux les différentes ressources existantes à disposition afin de maximiser l’efficacité du (des) traitement(s) en question. Bien sûr, rien n’empêche de rester vigilant quant aux possibles contrindications des uns par rapport aux autres. Celui-ci ( ceux-ci) peut(vent) prendre du temps, tout dépendra de la profondeur et de la complexité du mal (des maux) qui touche(nt) le patient en question. Dieu Sait Mieux. Dieu Voit. Lui Seul Guérit.

  3. Que Dieu t’Aide et Vienne en Aide à tous ceux qui sont touchés par les maux que tu évoques. Il n’ y a de Force ni de Puissance qu’en Lui, Le Seul, L’Unique. Tout le reste n’est que très très très relatif. Dieu Sait Mieux.

  4. Pour revenir sur l’exemple tabagique qui pourrait aussi s’appliquer à toutes substances addictives nocives (alcool, drogues) ou même certains comportements compulsifs, l’aspect psychologique, au delà des dimensions physiques indeniables liées à l’action qu’ont certaines substances sur le corps humain, est fondamental. En effet, en fonction du sujet la representation psychique, l’association qu’il effectuera avec la substance, son usage etc détermineront en grande partie le rapport qu’il entretient avec. Il n’y a pas un tabagisme mais des tabagismes tout comme il y a des alcoolismes, des narcotismes etc, etc, etc… Non au risque d’en decevoir certains, je n’opposerai pas ici la « psychée » (autrement dit l’âme de son etymologie grecque ancienne) à l' »esprit » autrement dit pour certains le rapport à Dieu. Fini les oppositions, place à la conjuguaison !(même si pour cela, l’analyse de légitimité conceptuelle doit être opérée systématiquement et impérativement avant validation et intégration ). N’opposons plus le « psychique » au « spirituel » comme on a un temps opposé ce premier au « physique », tout est lié. Réunifions l’être une bonne fois pour toutes et abordons le dans toute sa complexité. Ne nions plus aucune dimension de celui-ci. Chaque aspect négligé cherchera de toute façon naturellement réponse à ses interrogations là où il en trouvera. Dieu Sait Mieux.

  5. Cher Frère Abdelhamid, pouvez-vous me répondre à une question svp ?: En quoi croire en des forces supra-sensibles, impalpables, immaterialisables ou autres relèverait il de l' »irrationnel »? En quoi croire en des mécanismes dont la subtilité fonctionnelle nous échappe encore défierait il la »rationnalite »? Notre perception « rationnelle » est elle absolue ou seulement relative ? Est-ce vraiment « rationnel » de considérer que ce que l’on a découvert jusqu’à présent renferme réellement toute la diversité et la complexité du monde qui nous entoure ? Que vient faire ici cette fameuse dualité « rationnelle/ irrationnelle »? D’où tire t-elle la légitimité de sa présence ici ? Eclairez-moi svp car je vois pas du tout où la »rationnalite » serait censée atteindre ses limites concernant ce sujet par exemple. Non ajouter foi à La Révélation Divine qui Porte d’ailleurs très bien son nom en l’occurrence n’a rien d' »irrationnel » désolé.

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