Parcoursup : pourquoi les lycéens réclament-ils sa suppression ?

Au cœur de la mobilisation lycéenne qui secoue la France depuis fin septembre 2026, Parcoursup est devenue l’une des principales cibles des manifestants. Accusée d’accentuer les inégalités scolaires et de plonger les jeunes dans l’incertitude, la plateforme d’admission dans l’enseignement supérieur fait l’objet de revendications de suppression. Le gouvernement défend son maintien, tout en promettant des améliorations.

Derrière une plateforme utilisée par plus d’un million de candidats se trouvent un système complexe de sélection, des critères d’admission insuffisamment transparentes et des inégalités territoriales. Entre les témoignages d’élèves, les critiques du Défenseur des droits, les demandes de suppression et les réponses du gouvernement, la contestation interroge plus largement les conditions d’accès à l’université.

Un système d’orientation devenu source d’angoisse

Créée en 2018 pour remplacer Admission post-bac (APB), Parcoursup centralise les candidatures vers les formations de l’enseignement supérieur. Les lycéens y formulent leurs vœux, constituent leurs dossiers et attendent les réponses des établissements, qui peuvent les admettre, les placer sur liste d’attente ou refuser leur candidature lorsque la formation est sélective.

Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas un algorithme national qui sélectionne directement les étudiants. Les dossiers sont examinés par des commissions, qui peuvent utiliser des outils de classement fondés sur les notes, les spécialités et d’autres critères. Mais ce fonctionnement demeure difficile à comprendre pour de nombreux candidats. « On donne tout, tout ça pour qu’un logiciel détermine notre vie », témoignait une lycéenne auprès du Monde, résumant le sentiment d’impuissance d’une partie de la jeunesse.

Les résultats de la session 2026 illustrent l’ampleur du dispositif. Selon le ministère de l’Éducation nationale, 1 046 000 candidats ont utilisé Parcoursup, soit 66 000 de plus qu’en 2025. Parmi les lycéens ayant formulé des vœux, 603 910 ont reçu au moins une proposition (pas forcément celle espérée), soit 91,5 %. Derrière ce bilan, des milliers de jeunes ont pourtant traversé plusieurs semaines d’attente et d’incertitude. En juillet, environ 130 000 candidats étaient encore sans affectation.

Une sélection accusée de reproduire les inégalités sociales

La contestation dépasse largement les difficultés techniques de la plateforme. Les lycéens dénoncent un système dans lequel les chances d’admission peuvent varier selon l’établissement d’origine, les ressources familiales et la qualité de l’accompagnement à l’orientation. Le manque de transparence constitue l’une des principales critiques. Les formations peuvent recourir à des outils de classement internes dont les modalités précises restent difficiles à connaître.

« Il y a beaucoup de fantasmes et d’inquiétudes, par manque de compréhension du fonctionnement, qui reste en effet opaque », explique Julie Cheminaud, enseignante à Sorbonne Université et ancienne membre d’une commission d’examen des vœux. Cette opacité est également dénoncée par le Défenseur des droits, qui alerte sur les risques de discrimination et sur une intervention humaine parfois insuffisante dans les décisions assistées par des algorithmes.

Un rapport parlementaire de février 2026 qualifiait Parcoursup de « réussite sur le plan technique mais un échec sur le plan politique », soulignant qu’elle pouvait reproduire, voire aggraver, les inégalités socioculturelles préexistantes. La sociologue Agnès van Zanten pointe également l’absence d’une « politique ambitieuse d’accompagnement des lycéens sur leur orientation ». Pour elle, la multiplication des candidatures ne saurait compenser le manque de places dans certaines formations.

Suppression de Parcoursup : le gouvernement refuse

Face à cette colère, plusieurs responsables politiques réclament la disparition de Parcoursup. Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin et Dominique de Villepin figurent parmi les personnalités favorables à son abrogation, même si leurs propositions de remplacement diffèrent. Le gouvernement rejette cependant cette perspective. « Parcoursup mérite peut-être certaines améliorations […], mais c’est un système qui fonctionne », déclarait le 6 octobre la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon.

Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, estime également qu’une suppression sans dispositif de remplacement pourrait entraîner de nouvelles inégalités territoriales et sociales. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a néanmoins reconnu la nécessité de changements. « Est-ce qu’il y a besoin de davantage de transparence ? […] La réponse est oui », a-t-il déclaré devant les députés.

Dans une lettre adressée à ses ministres, il réclame avant fin octobre des « améliorations réelles pour la campagne 2027 », notamment concernant les critères de classement, le poids des notes et des spécialités, ainsi que la compréhension des décisions d’admission. Ces annonces restent toutefois éloignées de la suppression demandée par une partie des lycéens mobilisés.

Via
mizane.info

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