« NAZA » : le documentaire israélien sur Gaza fait salle comble en France

Avec 40 000 entrées dès sa première journée de projection, ce lundi, le documentaire israélien « NAZA » s’est hissé à la première place du box-office français. Réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, le film recueille les témoignages de militaires israéliens sur les mécanismes de bombardement sur les civiles à Gaza. Un succès qui contraste avec la violente campagne menée contre les réalisateurs en Israël.

Accusés de trahison, menacés de perdre leur nationalité et victimes de harcèlement, les deux cinéastes sont désormais confrontés aux attaques du gouvernement Netanyahou. Un contre-documentaire israélien a même été lancé pour discréditer leur travail, tandis que les spectateurs français sortent bouleversés des salles de cinéma.

En France, 40 000 spectateurs dès le premier jour

Le succès de « NAZA » dépasse les attentes de son distributeur. Projeté exceptionnellement les 12 et 13 octobre dans les cinémas français, avec une autorisation limitée à 500 séances, le documentaire a réalisé 40 000 entrées dès lundi, selon les chiffres communiqués par MK2. Avec une moyenne de 200 spectateurs par projection, le film a pris la tête du box-office français sur cette journée, devant les productions de fiction. Face à l’engouement, le distributeur a ajouté plusieurs séances.

À la sortie, les réactions témoignent de la violence émotionnelle du documentaire, rapporte Le Parisien, Léonie Cusset, étudiante, raconte avoir entendu plusieurs personnes pleurer dans la salle. Un autre spectateur, Alain Smery, établit un parallèle avec les violences de l’armée française durant la guerre d’Algérie : « Les témoignages sont effarants ». L’accueil français prolonge le retentissement international du film.

Présenté en septembre à la Mostra de Venise, « NAZA » avait reçu une ovation de 25 minutes et remporté le Prix spécial du jury. Le documentaire avait également réalisé une performance remarquée au box-office italien, devançant une ressortie du blockbuster Avengers: Endgame. Après cette exploitation exceptionnelle en salles, « NAZA » doit être disponible gratuitement en streaming à partir de novembre.

Benyamin Netanyahou veut poursuivre les témoins du documentaire

La réception du film est radicalement différente en Israël, où les réalisateurs sont la cible d’une campagne hostile et virulente. Le documentaire repose sur les déclarations anonymisées de 24 militaires et agents du renseignement israéliens, décrivant les procédures utilisées pour sélectionner des cibles dans la bande de Gaza. Ils évoquent notamment le recours à l’intelligence artificielle, à la surveillance de masse et à des calculs anticipant le nombre de civils susceptibles d’être tués lors des bombardements.

Ces révélations ont provoqué la fureur du gouvernement israélien. Le ministre de la Culture, Miki Zohar, a dénoncé un « film méprisable » et une « trahison envers l’État », réclamant que ses deux réalisateurs soient déchus de leur nationalité israélienne. Benyamin Netanyahou a lui-même engagé une offensive contre le film. Après avoir évoqué un durcissement législatif contre les personnes accusant les soldats israéliens de crimes, le Premier ministre a ordonné, hier, l’identification des militaires ayant témoigné et demandé que des poursuites soient envisagées.

L’armée israélienne a publié une réfutation de dix pages, accusant les réalisateurs d’erreurs factuelles. Dans un entretien accordé au Parisien le 12 octobre, l’un des co-réalisateurs, Abraham affirme : « Nous faisons face à des milliers de menaces de mort ». Le cinéaste explique être contraint de vivre caché. Des inscriptions accusant les réalisateurs d’être des traîtres sont apparues sur leurs lieux d’habitations.

Un contre-film israélien pour discréditer « NAZA »

L’offensive contre le documentaire a également pris une dimension audiovisuelle. Début octobre, un groupe de réalisateurs israéliens a diffusé « NAZA: The Real Story », présenté comme une réponse directe aux accusations portées contre l’armée israélienne. Conçu notamment par Ariel Averbuch, avocat et réserviste de l’armée, ce contre-documentaire reprend les codes visuels et le titre du film original pour défendre l’action de Tsahal.

Cette bataille des images intervient dans un contexte où les révélations sur les bombardements de Gaza fragilisent la communication officielle israélienne. Déjà récompensés d’un Oscar pour No Other Land, consacré à la colonisation en Cisjordanie, Yuval Abraham et Rachel Szor poursuivent avec « NAZA » leur travail de documentation des violences infligées aux Palestiniens. Pendant que le gouvernement Netanyahou cherche à discréditer le film et à poursuivre ses témoins, son succès international contribue à diffuser largement les révélations sur la conduite du génocide à Gaza.

Via
mizane.info

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