Comme un écho

0
122

A l’aube du 6ème siècle, il y a comme un étrange silence dans le monde. L’Europe se noie dans l’anarchie des guerres où les peuples se cherchent encore. L’Empire perse s’étend sur les incertitudes de l’Empire Byzantin qui peine à asseoir sa stabilité et il y a cette peste qui ravage l’ensemble du Bassin méditerranéen, comme si le monde entamait sa mutation pour renouveler son humanité. Mais au milieu de ce tumulte de sang, face aux tremblements des ambitions incontrôlées de l’Homme et dans le vacarme des conflits, il y a toujours ce silence, comme une attente, comme une espérance, comme un écho dans un monde en sursis, une multitude qui finit peu à peu par se perdre.

Dans ce désordre, il y a certainement des hommes et des femmes qui lancent leurs appels et qui envoient leurs prières aux limites du ciel, pour une délivrance, pour un signe, pour un peu de paix et un peu de répit. Ils n’espèrent même plus en l’amour. Ils ne souhaitent que la paix, pour continuer de vivre à l’abri de la folie des hommes. Certains diront que Dieu a abandonné le monde et qu’Il aurait abdiqué. Impatients dans l’épreuve, ils devraient savoir que l’Amour que Dieu offre à Ses créatures prend toujours naissance dans les endroits les plus inattendus et dans les scénarios que Lui Seul écrit pour surprendre notre cœur.

Ainsi, à l’aube du 6ème siècle, le centre de gravité du monde se déplace pour arriver dans une région où le soleil est assommant, où l’herbe est rare et l’eau une ressource précieuse ; une région où des tribus sont en proie à des luttes incessantes, un peuple qui peine à trouver un équilibre pour faire régner la justice. Rien de bien différent de ce qui se passe dans la planète : le chaos est roi et le faible s’y soumet. Alors, le désert d’Arabie devient l’enjeu de l’amour et de l’espérance, une goutte d’eau est tombée et l’aridité des cœurs va faire place à la verdure de la foi.

Un homme, du haut d’une montagne, observe sa ville et son peuple. Il essaie de s’isoler pour tenter de comprendre. Il cherche une voie et il trouve ce silence pour se parler à lui-même, pour entendre les émotions les plus imperceptibles. Il ne fuit pas. Il fait une pause pour se retrouver et toucher de son âme les signes de l’Être Suprême. Et du haut de cette montagne, du fond de cette caverne secrète, le temps s’arrête. Seules ses prières sont audibles, tellement audibles dans ce silence, qu’un écho répond enfin à l’écho de ses doutes et de ses angoisses. Il entend soudain comme un doux murmure qui lui caresse les sens, un murmure qui s’approche de plus en plus et qui devient lourd et très fort. Il a mal. Il a peur. Il est paralysé par une paix qui l’étouffe et par une chaleur qui l’emprisonne. Il aimerait parler. Il n’y arrive pas. Il aimerait comprendre.

Il entend soudain une voix qui n’est pas humaine. Ce ne sont pas ses oreilles qui la perçoivent mais son cœur et son être tout entier. Il ne comprend pas. Comment peut-il entendre au-delà de ses sens ? Le temps s’est arrêté, comme si un autre langage s’imposait à lui. Et cette voix sortie tout droit de la beauté des cieux lui dit : « Lis… » Il a encore peur. Il ne sait pas. Il se sent étouffé. Il se voit mourir. Et cela recommence encore et encore. Il dit qu’il ne sait pas. Il crie qu’il n’a jamais appris à lire. Et cette voix douce et puissante à la fois, guide son cœur : « Lis… Au Nom de ton Seigneur qui a créé… Qui a créé l’Homme à partir d’un caillot sang… Lis car ton Seigneur est le Plus Généreux… Il a enseigné à travers la plume… Il a enseigné à l’Homme ce qu’il ne savait pas. »

Il est effrayé. Il s’enfuit de cette grotte et n’a qu’une seule envie : retrouver l’être aimé, son épouse… Il arrive auprès d’elle en tremblant de tout son corps. Il lui confie qu’il ne sait pas ce qu’il lui arrive. Il lui raconte son rêve éveillé. Il parle tout seul et pense devenir fou. Son épouse pose délicatement la main sur lui. Il est allongé et ses tremblements intérieurs sont douloureux. Elle lui parle d’une voix aimante, douce et calme. Elle le rassure. Elle l’écoute avec amour. Elle se met à prendre soin de la faiblesse de son époux à ce moment-là. Il se rapproche d’elle pour s’apaiser et elle lui fait la liste de toutes les qualités pour lesquelles elle éprouve autant d’amour pour lui. Elle lui dit que ce ne peut pas être quelque chose de mal qui l’a atteint et sa bonté ne saurait avoir peur de cela.

Mohammad, paix et salut de Dieu sur lui, vient d’être choisi pour être le prophète dont chaque pas allait apporter un peu plus de paix et d’amour en ce monde. Il est la réalité de l’Amour de Dieu aux hommes. Comment ne pas aimer un homme qui nous rapporte que le pardon de Dieu précède Sa colère ? Et si Dieu est capable de te pardonner avant de t’éprouver c’est qu’Il te dit qu’Il préfère t’offrir Son amour au lieu de Son châtiment. Si tu oublies ta quête de paix vers Son Amour, Il t’oubliera le temps de ton insouciance en t’offrant des épreuves pour comprendre Ses signes. Il se peut que tu comprennes, que tu t’isoles aussi dans le silence, et qu’à l’écho de tes prières ultimes, Il t’offre de nouveau Son Amour.

Laisser un commentaire

Merci de saisir votre commentaire
Merci de saisir votre nom

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.