Vie du Prophète : l’ancêtre Abraham

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Cet homme que Dieu prit pour ami intime (al khalil), très avancé dans l’âge, accueillant à peine sa progéniture tant attendue, doit subir l’épreuve de la séparation et de l’abandon. La souffrance est terrible mais le cœur s’incline. Abraham, affecté au plus profond de son être, communique avec Dieu, il L’implore dans son affliction.

Deux fils, deux nations

« Lève les yeux au ciel et compte les étoiles si tu peux les dénombrer. Telle sera ta postérité. » 1 Abraham et son épouse, âgés respectivement de 85 et 73 ans, n’avaient point eu d’enfant et ne nourrissaient plus l’espoir d’en avoir jusqu’à cette annonce divine. Sarah donna alors sa servante Hagar, une égyptienne, à son époux afin qu’il la prenne comme seconde compagne. Les rapports se détériorèrent rapidement entre celles-ci, la servante fuyant face à la colère de sa maîtresse et implorant son Seigneur dans sa détresse. Dieu lui envoya un ange lui annonçant : « Je multiplierai ta postérité et elle sera si nombreuse qu’on ne pourra la dénombrer. Voici, tu es enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom d’Ismaël 2 car le Seigneur t’a entendu dans ta détresse. » 3 

Quelques temps s’écoulèrent avant que le Créateur ne s’adressa à nouveau à Abraham en vue de lui annoncer la grossesse à venir de Sarah. Craignant que son fils bien-aimé ne perde la faveur de Dieu, il formula cette demande : « Puisse Ismaël vivre devant Toi ! » Dieu répondit en ces termes : « En faveur d’Ismaël, Je t’ai entendu. Vois, Je l’ai béni… et Je ferai de lui une grande nation. Mais mon alliance, Je l’établirai avec Isaac que va enfanter Sarah l’an prochain à cette même saison. » 4

Ainsi, deux grandes nations devaient voir le jour, deux mondes appelant à Dieu et, par conséquent, deux centres. Le premier était le pays de résidence d’Abraham, la Palestine. Le second, encore inconnu, sera l’endroit vers lequel Hagar et son enfant seront conduits, la Mecque.

Les tribulations d’Abraham

Sarah, devenue à son tour mère, pria son époux d’éloigner sa servante et son enfant. Grands étaient le désemparement d’Hagar et la tristesse d’Abraham mais l’épreuve fut vécue avec espoir en la sagesse divine. Celui-ci les déposa dans une vallée déserte d’Arabie nommée Bacca 5 et, après leur avoir tourné le dos, la mère d’Ismaël l’interpella : « Ô Abraham ! Où vas-tu ainsi en nous laissant dans cette vallée où il n’y a aucune âme vivante ? » Elle répéta ce questionnement plusieurs fois sans qu’il ne se tournât vers elle. Elle dit finalement : « Est-ce Dieu qui t’ordonne d’agir ainsi ? » Il répondit : « Oui. » Elle répliqua alors : « Dans ce cas, Dieu ne nous abandonnera pas à nous-mêmes. » et elle retourna à sa place 6. Abraham continua alors son chemin et, arrivé à un col, à l’abri des regards de sa famille, il fit face à la Maison et s’adressa à son Seigneur, les mains levées : « Notre Seigneur ! J’ai établi une partie de ma descendance dans une vallée stérile auprès de la Maison sacrée – Ô notre Seigneur ! Afin qu’ils s’acquittent de la prière. Fais en sorte que les cœurs de certains hommes s’inclinent vers eux, accorde-leur des fruits en nourriture(…) » 7

Egarée, seule dans un désert, apeurée pour la vie de son fils assoiffé, Hagar monta sur un rocher, puis sur un autre, mais n’aperçut aucune âme vivante, aucune nourriture ni boisson. Elle parcourut ainsi par sept fois la distance séparant les deux monticules, Safa et Marwa. Puis, s’étant assise pour se reposer, elle entendit la voix de l’Ange : « Qu’as-tu Hagar ? Ne crains pas car Dieu a entendu la voix de l’enfant dans le lieu où il est. Lève-toi ! Relève l’enfant et prends-le par la main car Je ferai de lui une grande nation. » Dieu lui ouvrit alors les yeux et elle vit un puits d’eau 8. L’eau était celle d’une source jaillissant du sable au contact du talon d’Ismaël et le puits fut nommé Zemzem 9. Par la suite, et conformément au vœu d’Abraham, la vallée devint un lieu de halte pour les caravanes et fut rapidement peuplée. 

Quelques années après l’abandon dans le désert, Abraham dû vivre une nouvelle épreuve ; Dieu lui demanda de sacrifier son fils Ismaël, l’enfant tant chéri. « Lorsqu’il fut en âge d’accompagner son père, celui-ci dit : «  Ô mon fils ! Je me suis vu en songe, je t’immolais ; qu’y vois-tu donc ? »  Il dit : «  Ô mon père ! Fais ce qui t’est ordonné. Tu me trouveras patient, si Dieu le veut ! » Après que tous deux se furent soumis et qu’Abraham eut placé son fils, le front à terre, Nous l’appelâmes : «  Ô Abraham ! Tu as cru en cette vision et tu l’as réalisée ; c’est ainsi que Nous récompensons ceux qui font le bien : voilà l’épreuve concluante. » Nous avons racheté son fils par un sacrifice solennel. » 10

Le sens de l’épreuve

Cet homme que Dieu prit pour ami intime (al khalil), très avancé dans l’âge, accueillant à peine sa progéniture tant attendue, doit subir l’épreuve de la séparation et de l’abandon. La souffrance est terrible mais le cœur s’incline. Abraham, affecté au plus profond de son être, communique avec Dieu, il l’implore dans son affliction. Dieu l’éprouve mais Il ne cesse de lui parler, de jalonner sa route de signes qui l’apaisent. Son entourage devient alors pour lui un soutien dissipant ses craintes, ses doutes. Sa compagne, elle-même éprouvée, le questionne, comprend et enfin se soumet. Puis, au nom de son amour pour Dieu, il doit immoler son fils qui, pourtant objet de sacrifice, le rassure et l’incite à exécuter l’ordre divin.

L’épreuve de la foi est une école dans le cheminement vers Dieu qui tend à nous inculquer l’humilité et la reconnaissance du Créateur. Les récits des prophètes dans la révélation coranique témoigne de la présence de Dieu au cœur de l’épreuve. Celle-ci se manifeste par une permanente communication par l’intermédiaire de paroles, d’inspirations, de songes ou de signes. Le verset suivant  témoigne de l’intime proximité de notre Seigneur : « Si Mon serviteur te questionne à Mon sujet : certes, Je suis proche. Je réponds à l’appel de celui qui M’appelle quand il M’appelle. » 11


1 La Genèse, 15, 5.

2 Qui signifie Dieu entend

3 La Genèse, 16, 10-11.

4 La Genèse, 17, 20-21.

5 Ce nom aurait plusieurs significations : il qualifierait l’étroitesse ou la stérilité de la vallée ; ou encore, les larmes, d’où le nom de « vallée de larmes » dans certaines versions des Psaumes.

6 Parole prophétique rapportée par Al-Boukhari, d’après Ibn Abbas.

7 Coran, 14, 37.

8 La Genèse, 21, 17-20.

9 L’eau ne cessant de couler, Hagar s’écria « Zem zem ! » (« Arrête toi, arrête toi ! »).

10 Coran, 37, 102-107

11 Coran, 2, 186.

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