Pourquoi apprendre peut changer ta vie ?
Lors de ma dernière visite chez ma sœur, j’ai passé quelques heures à jouer avec Adam, son fils de deux ans. Adam sait maintenant marcher et il en profite : il ouvre les tiroirs et approche tout objet de sa bouche. Chaque chose, pour Adam, est une inconnue et un mystère. Sa nature, sa curiosité enfantine, le poussent vers l’exploration, au point de le faire pleurer lorsqu’un obstacle l’empêche de découvrir ce qu’il ne connaît pas encore.
Nous sommes tous nés curieux. Enfant, nous voulions toucher, voir, comprendre. Mais en grandissant, cette curiosité peut parfois s’endormir sous le poids des habitudes, des écrans, du découragement ou de la peur de ne pas être à la hauteur. Pourtant, cette curiosité reste l’un des moteurs les plus puissants de notre progression.
Les êtres humains naissent tous avec les ingrédients du succès : la liberté, l’initiative et cette curiosité enfantine. Ce sont des outils indispensables dans la progression de chaque individu. Cependant, ce besoin naturel de savoir se transforme chez l’adolescent ou l’adulte. Il est parfois caché, non assumé, et surtout brouillé par notre environnement et ses nombreux facteurs de dispersion.
De nombreux penseurs, anciens comme contemporains, ont souligné que l’envie de savoir est naturelle. Mais, au-delà des références philosophiques, chacun peut en faire l’expérience dans sa propre vie : nous avons besoin de comprendre pour avancer, choisir, nous orienter et donner du sens à ce que nous vivons.
Dieu nous rappelle aussi cette ignorance naturelle et, en même temps, Il nous interpelle sur les moyens mis à notre disposition pour la dépasser : « Et Dieu vous a fait sortir des entrailles de vos mères ignorants de tout et vous a accordé l’ouïe, la vue et le cœur afin que vous soyez reconnaissants. » (1)
Cette soif de savoir, cette envie d’apprendre et de comprendre sont donc à la fois un besoin et un devoir.
Apprendre et s’instruire sont un devoir pour toute personne douée d’intelligence. Dans la tradition musulmane, ce devoir accompagne toute la vie du croyant et nourrit son cheminement spirituel. Dans une tradition prophétique, le Prophète, paix et bénédiction sur lui, nous rappelle que « la sagesse est la propriété perdue du croyant, il la récupère là où il la retrouve. » (2)
Cette quête de sagesse permanente est encore plus nécessaire aujourd’hui, dans un monde où l’information est partout, mais où la vraie compréhension devient parfois rare. Nous vivons dans une époque d’images, de contenus rapides, de vidéos courtes, de réseaux sociaux, d’intelligence artificielle et de sollicitations permanentes. Le vrai défi n’est donc plus seulement d’avoir accès au savoir, mais d’apprendre à le trier, à le comprendre et à l’utiliser avec sagesse.
Le grand savant Ach-Chafi’i nous résume ce chemin d’apprentissage, qui demande de l’effort et de la constance : « Mon frère, tu n’auras la science qu’à six conditions. Je te donnerai leurs détails avec clarté : l’intelligence, la persévérance et la patience, la maîtrise de la langue, le compagnonnage d’un professeur et la longue durée. »
Autrement dit, apprendre ne se résume pas à regarder une vidéo, lire quelques lignes ou accumuler des informations. Apprendre demande du temps, de la patience, de l’accompagnement, de l’effort et une intention sincère.
Aujourd’hui, avec la transformation digitale, l’accélération de l’information et la place grandissante de la technologie, nous sommes invités à développer une manière plus responsable d’apprendre. Il ne suffit pas de consommer du contenu : il faut apprendre à chercher, vérifier, comprendre, pratiquer, puis transmettre.
La première étape consiste à maîtriser ce qui existe déjà. Pour cela, nous lisons, nous cherchons, nous interrogeons des personnes compétentes, puis nous essayons d’appliquer ce que nous avons appris. Ensuite, nous progressons en tirant des leçons de nos propres expériences, mais aussi des réussites et des erreurs des autres.
Apprendre des autres permet d’éviter de refaire les mêmes erreurs et de gagner en maturité. C’est aussi une forme d’humilité : reconnaître que nous n’avons pas tout à découvrir seuls, et que d’autres peuvent nous éclairer sur le chemin.
Ce processus d’apprentissage ne peut se développer pleinement s’il n’est pas complété par le partage. Transmettre ce que l’on apprend n’est pas seulement un devoir, comme nous le rappelle l’ordonnance prophétique : « Transmettez de moi ne serait-ce qu’un verset » (3). C’est aussi une élévation dans notre quête du savoir.
Le meilleur des enseignants, paix et bénédiction sur lui, nous l’explique également à propos de la parole de Dieu : « Le meilleur d’entre vous est celui qui apprend le Coran et qui l’enseigne ensuite. » (4) Cette parole nous rappelle qu’un savoir vivant est un savoir qui transforme celui qui l’apprend, puis qui profite aux autres.
Enfin, cette quête de savoir doit avoir comme moteur et comme objectif le changement de l’individu et de la société. Cependant, le changement n’a pas lieu uniquement grâce aux connaissances. On peut savoir beaucoup de choses sans réellement changer. Le savoir ne devient utile que lorsqu’il est accompagné d’une intention, d’un sens et d’un travail du cœur.
Ce sens ne peut être trouvé sans une transformation intérieure qui accompagne notre quête. Dieu nous rappelle : « Dieu ne change pas l’état d’un peuple jusqu’à ce que ses membres changent ce qui est en eux-mêmes. » (5)
Apprendre, ce n’est donc pas seulement remplir sa mémoire. C’est réveiller sa curiosité, éduquer son regard, nourrir son cœur et mettre ce que l’on sait au service d’un changement réel. Le savoir devient alors un chemin de foi, de responsabilité et de transformation.
(1) Coran, 16 : 78
(2) Hadith rapporté par Tirmidhi
(3) Hadith rapporté par Boukhari
(4) Hadith rapporté par Boukhari
(5) Coran, 8 : 53
Cher paix, merci pour ce message plein de sagesse. Il est évident que le changement interne est le préalable à toute chose. Et le conseil avisé à travers le commentaire ci dessus d’assurer la pérennité d’un changement à travers l’adhésion du plus grand nombre a une réforme interne serait presque irréprochable si l’environnement intellectuel dans lequel nous nous trouvons était neutre et sans danger. Malheureusement la réalité est toute autre et le changement qui viendra avec ou sans nous ne se fera pas sans cause. C’est toute la subtilité dans la parole de sidi Abdelkader El jilani : tu n’es rien mais tu dois être, le sentiment humble que ce n’est pas nous qui apportons le changement mais être le serviteur de la cause divine pour porter un message aux hommes qui leur permettent de savoir qui ils sont et ce qu’il adviendra après la mort. Pour en arriver à cet objectif sublime encore faut-il lui apprendre dans quelle mesure on se joue de lui avec des postulats philosophiques qui ont altérer son humanité et sa représentation de lui-même. Une fois cette injustice réparée, le dialogue peut avoir lieu sereinement. Quelle ironie de chercher à trouver un espace serein sans à priori dans le pays des « lumières ». Dieu sait que ce n’est pas simple mais l’effort de toutes les bonnes âmes saura surmonter ces difficultés 🙂