Comment faire grandir l’amour de Dieu et de Son Prophète, paix et salut sur lui ? (2/2)

Dans la première partie de cet article, nous avons rappelé que l’amour de Dieu et de Son Prophète, paix et salut sur lui est au cœur de la foi et du cheminement spirituel. Cet amour donne sens à nos œuvres, oriente nos choix et nous rapproche de Dieu. À travers l’exemple de ‘Umar ibn al-Khattâb, nous avons également vu qu’il possède des degrés et que son accomplissement exige d’aimer Dieu et Son Messager plus que toute autre chose, jusqu’à notre propre personne.

Mais comment acquérir cet amour, le nourrir et le faire grandir dans notre cœur ?

Comment aimer notre cher Prophète, paix et salut sur lui ?

Nous aimons naturellement les personnes et les choses pour leur beauté, leurs qualités ou les bienfaits qu’elles nous procurent. Or, Dieu a réuni chez Son Prophète, paix et salut sur lui, les plus belles qualités physiques et morales et l’a paré des plus nobles vertus. L’aimer plus que tout, à l’exemple de ‘Umar, est une voie privilégiée vers la proximité de Dieu et une immense espérance pour notre vie dernière.

Cependant, l’amour du Prophète, paix et salut sur lui n’est pas un acquis figé. C’est un fruit qui se forme, mûrit et s’entretient tout au long de la vie, un amour intimement lié à celui que nous portons à Dieu.

Nous avons déjà cet attachement au Prophète, paix et salut sur lui, hérité de nos parents à travers l’éducation religieuse. Un attachement qui se développe par la lecture de sa vie, des récits des hommes et des femmes qui l’ont accompagné, et qui nous relie à sa grande communauté à travers la pratique de ses enseignements, pourvu que celle-ci soit accomplie avec les meilleures intentions.

Mais ce à quoi nous sommes invités, c’est à aimer le Prophète, paix et salut sur lui pour Dieu, conformément à cette parole divine : « Dis : “Si vous aimez réellement Dieu, suivez-moi ; Dieu vous aimera et vous pardonnera vos péchés.” » [1]

Et à cette parole prophétique : « Aimez Dieu pour les bienfaits dont Il vous comble, aimez-moi pour l’amour de Dieu et aimez les gens de ma famille pour mon amour. » [2]

Notre amour pour le Prophète, paix et salut sur lui doit ainsi découler de notre amour pour Dieu et devenir un tremplin, un ascenseur, une voie de cheminement vers Lui.

Les premiers fidèles se sont joints au Prophète, paix et salut sur lui parce qu’il était la source de la guidée qui leur venait de Dieu, celui que Dieu leur avait envoyé. Ils recherchaient Dieu et Mohammed était Son Messager. Ils n’appliquaient pas des textes en l’absence d’un modèle, mais aimaient, suivaient et obéissaient à cet illustre homme, élu de Dieu et envoyé comme miséricorde pour toute l’humanité.

Or, l’amour ne s’apprend pas dans les livres. C’est une aptitude spirituelle qui se loge dans le cœur, comme la volonté, la certitude ou la mansuétude, et qui se transmet aussi de cœur à cœur, à travers des relations humaines.

Où se vend l’amour de Dieu et de Son Prophète ? Combien coûte-t-il ? Quels sont les canaux du cœur qui y conduisent ?

L’invocation, une voie pour cultiver l’amour

Aimer Dieu et Son Prophète, paix et salut sur lui, c’est aussi aimer ceux qui les aiment. Le Prophète, paix et salut sur lui lui-même demandait avec humilité, dans une invocation sublime : « Ô Dieu ! Je T’implore de m’accorder Ton amour, l’amour de ceux qui T’aiment et l’œuvre qui me fait mériter Ton amour. » [3]

L’invocation est ainsi un moyen de cultiver l’amour de Dieu et de Son Messager. Elle établit un lien direct avec Celui qui accorde cet amour et vers qui nous aspirons à cheminer. Dieu dit : « Et quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi, alors Je suis tout proche : Je réponds à l’appel de celui qui Me prie quand il Me prie. » [4]

L’importance de la bonne compagnie

Le Prophète, paix et salut sur lui demandait donc à Dieu non seulement Son amour, mais aussi l’amour de ceux qui L’aiment.

La première voie, par excellence, pour acquérir cet amour de Dieu et de Son Prophète, paix et salut sur lui est de fréquenter et d’aimer ceux qui les aiment, ceux dont l’objectif majeur est de cheminer vers Dieu. L’amour devient alors un pont par lequel passe la foi.

Le Prophète, paix et salut sur lui, nous enseigne : « L’homme suit la religion de son ami intime. Que chacun de vous considère donc qui il prend pour ami. » [5]

Ainsi, les habitants de Médine aimaient les Muhâjirûn, les Émigrés, parce qu’ils avaient été les précurseurs dans la foi, qu’ils aimaient le Prophète, paix et salut sur lui et s’attachaient à suivre son modèle. Les Tâbi‘ûn, la génération suivante, aimaient les Compagnons du Prophète, paix et salut sur lui parce qu’ils avaient été imprégnés de son amour et de son éducation.

Le lien qui les unissait n’était pas une simple affection destinée à réaliser un objectif terrestre, mais un lien privilégié, un lien du cœur qui les reliait à Dieu.

La bonne compagnie des croyants contribue ainsi à restituer l’environnement prophétique : un environnement spirituel, affectif et relationnel, semblable à celui qui entourait le Prophète, paix et salut sur lui.

Elle nous plonge dans une atmosphère de foi. La Sohba, la compagnie spirituelle, devient un moyen de transmission des valeurs prophétiques en l’absence physique du Prophète, paix et salut sur lui, grâce à des modèles vivants et à un environnement qui favorise l’éducation du cœur.

C’est en compagnie de personnes pieuses, qui aiment le Prophète, paix et salut sur lui et s’efforcent de suivre fidèlement son modèle, non seulement dans ses gestes, mais aussi dans son éthique, sa morale, que nous pouvons nous comparer, découvrir nos défauts et nos qualités, et mesurer notre évolution sur le chemin.

Le Prophète, paix et salut sur lui nous enseigne : « Le croyant est le miroir de son frère. » [6]

Cultiver l’amour entre nous

La seconde étape consiste à cultiver cet amour entre nous, à apprendre à nous aimer en Dieu.

Car tant que nous ne sommes pas capables de nous aimer les uns les autres, comment pouvons-nous prétendre aspirer pleinement à l’amour de Dieu et de Son Prophète, paix et salut sur lui ?

Le Prophète, paix et salut sur lui, dit : « Par Celui qui détient mon âme entre Ses mains, vous n’entrerez pas au Paradis tant que vous n’aurez pas la foi, et vous n’aurez pas la foi tant que vous ne vous aimerez pas les uns les autres. » [7]

S’aimer en Dieu ne se limite donc pas au plaisir d’être ensemble : il contribue à faire grandir la foi et à la parachever !

L’histoire des musulmans nous montre combien cette compagnie spirituelle, cette Sohba, a été, au fil des générations, une source de guidance et d’apprentissage de la foi, depuis les Compagnons du Prophète, paix et salut sur lui jusqu’à nos jours. La foi ne s’est pas transmise essentiellement par les textes et les enseignements, mais surtout par la fréquentation, l’exemple, l’affection et l’amour.

Cet amour a un prix !

Les Compagnons n’ont pas seulement affirmé qu’ils aimaient le Prophète, paix et salut sur lui. Ils ont investi leurs biens, leur temps et leur personne. Ils ont participé à son projet d’appel et l’ont accompagné dans les épreuves.

À notre mesure, nous devons nous aussi rechercher les preuves de notre amour.

Si j’aime une sœur ou un frère parce que cette personne m’aide dans mon cheminement, participe à mon éducation et à mon élévation spirituelle, cet amour doit produire des effets.

Car aimer quelqu’un, c’est aussi désirer lui ressembler dans ce qu’il possède de meilleur.

Cela demande une certaine éthique, de l’effort et de l’investissement afin de bénéficier pleinement de cette bonne compagnie qui nous relie à Dieu et à Son Messager.

Dès lors, plusieurs questions méritent d’être posées : Combien sommes-nous prêts à investir dans cet amour, sachant qu’il nous fera nécessairement subir des transformations ? Quelles sont les œuvres quotidiennes qui peuvent cultiver et alimenter cet amour ? Et quels en sont les signes ?

Lorsque l’amour devient visible

Les récits des premières générations montrent combien l’amour du Prophète, paix et salut sur lui pouvait habiter profondément les cœurs.

Des hommes pieux pouvaient être bouleversés lorsque le Prophète, paix et salut sur lui était simplement évoqué dans une assemblée. Certains pleuraient lorsqu’un hadith était rapporté ; d’autres changeaient de teint lorsque son nom était prononcé.

Un récit transmis par Mus‘ab ibn ‘Abd Allâh rapporte ainsi que certains savants et hommes pieux qu’il avait fréquentés étaient profondément affectés à l’évocation du Prophète, paix et salut sur lui. Muhammad ibn al-Munkadir pouvait se mettre à pleurer lorsqu’on l’interrogeait sur un hadith. Ja‘far ibn Muhammad, pourtant connu pour son sourire et son caractère agréable, changeait d’attitude lorsque le Prophète, paix et salut sur lui était mentionné.

Ces manifestations ne sont pas recherchées pour elles-mêmes. Elles témoignent d’un cœur habité par le respect, l’amour et la nostalgie du Prophète, paix et salut sur lui.

Et elles nous rappellent une réalité importante : au contact de ceux qui aiment, nous apprenons nous-mêmes à aimer.

La fréquentation de personnes dont le cœur est attaché au Prophète, paix et salut sur lui peut réveiller notre propre cœur.

La finalité ultime : être aimé de Dieu

Mais l’ultime bienfait de toute cette quête — aimer Dieu, aimer Son Prophète, paix et salut sur lui, aimer ceux qui les aiment, apprendre à s’aimer en Dieu — dépasse encore l’amour que nous pouvons éprouver.

Sa grande finalité est que Dieu nous aime.

Il existe une immense différence entre aimer Dieu et être aimé de Dieu.

Le célèbre hadith qudsî nous ouvre sur cette perspective. Dieu, exalté soit Son Nom, dit : « Mon serviteur ne cesse de se rapprocher de Moi par les œuvres surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime. Lorsque Je l’aime, Je suis son ouïe par laquelle il entend, sa vue par laquelle il voit, sa main par laquelle il saisit et son pied avec lequel il marche. S’il Me demande quelque chose, Je le lui donnerai certainement ; et s’il cherche refuge auprès de Moi, Je lui accorderai certainement refuge. » [8]

Voilà la grande finalité du cheminement.

Nous commençons par reconnaître les bienfaits de Dieu et apprendre à aimer le Bienfaiteur. Cet amour nous conduit vers Son Prophète, paix et salut sur lui. L’amour du Prophète, paix et salut sur lui nous conduit vers ceux qui l’aiment et s’efforcent de suivre son modèle. Cette bonne compagnie nous apprend à aimer en Dieu, à corriger notre cœur et à transformer nos comportements.

Et, au terme de cette ascension, se trouve une espérance plus grande encore : aimer Dieu jusqu’à être aimé de Lui.

L’amour de Dieu et de Son Prophète, paix et salut sur lui n’est donc pas seulement un sentiment à préserver au fond du cœur. Il est une force qui transforme progressivement notre manière d’aimer, de vivre, d’agir et de cheminer. Il donne une direction à toute l’existence : celle d’un cœur tourné vers Dieu.

Références

[1] Coran, sourate Âl ‘Imrân (3), verset 31.

[2] Hadith rapporté d’après Ibn ‘Abbâs par at-Tirmidhî

[3] Invocation rapportée par at-Tirmidhî, d’après Mu‘âdh ibn Jabal

[4] Coran, sourate Al-Baqara (2), verset 186 (extrait).

[5] Hadith rapporté par Abû Dâwûd et at-Tirmidhî, d’après Abû Hurayra.

[6] Hadith rapporté par Abû Dâwûd

[7] Hadith rapporté par Muslim, d’après Abû Hurayra.

[8] Hadith qudsî rapporté par al-Bukhârî, d’après Abû Hurayra.

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