Pourquoi aimer Dieu et Son Prophète ? (1/2)

Aimer Dieu est l’une des aspirations les plus nobles du croyant. Cet amour permet de gagner Sa proximité, de s’élever spirituellement et de parachever sa foi.
Le Prophète, paix et salut sur lui, nous enseigne ainsi : « L’anse la plus solide de la foi est d’aimer pour Dieu et de détester pour Dieu. » [1] Il dit également : « Celui qui aime pour Dieu, déteste pour Dieu, donne pour Dieu et refuse pour Dieu a parachevé la foi. » [2]
Mais que signifie concrètement aimer pour Dieu ?
Cela signifie que ce que nous faisons dans cette vie — nos œuvres, nos relations, nos engagements, nos choix — s’articule autour de Dieu et de Son amour. Nous aimons pour Dieu, nous donnons pour Dieu, nous agissons pour Dieu. Lorsque notre existence gravite ainsi autour de Lui, elle retrouve une harmonie et s’inscrit dans un mouvement ascendant qui nous rapproche de Lui.
À l’inverse, lorsque l’amour de la vie ici-bas devient notre préoccupation centrale, nos actes finissent eux aussi par graviter autour d’elle : nous aimons pour elle, nous donnons pour elle, nous nous opposons pour elle. Ce qui devait rester un moyen devient alors une finalité.
L’amour de Dieu est ainsi appelé à mettre de l’ordre et de l’harmonie dans notre existence. Il nous protège de ce qui est futile et de tout ce qui tire le cœur vers le bas. Il est la sève qui donne vie et sens à nos adorations, le lien qui irrigue nos œuvres et l’ascenseur de notre cheminement spirituel.
Des bienfaits au Bienfaiteur
Comment apprendre à aimer Dieu ?
Le Prophète, paix et salut sur lui, nous indique une première voie, accessible à chacun : « Aimez Dieu pour les bienfaits dont Il vous comble, aimez-moi pour l’amour de Dieu et aimez les gens de ma famille pour mon amour. » [3]
Dieu crée autour de nous un environnement fait d’innombrables bienfaits. Il nous entoure de personnes que nous aimons et qui participent à notre épanouissement. Il nous accorde des biens qui contribuent à notre bien-être et à notre sécurité. Autant de dons visibles et invisibles pour lesquels nous devons Lui être reconnaissants.
Mais ces bienfaits ne doivent pas nous arrêter à eux-mêmes. Ils sont aussi des rappels quotidiens du Bienfaiteur et des moyens d’encourager notre cheminement vers Lui.
Une invocation prophétique exprime admirablement cette attitude :
« Ô Dieu ! Ce que Tu m’as accordé de ce que j’aime, fais-en pour moi une force pour accomplir ce que Tu aimes ; et ce que Tu as éloigné de moi de ce que j’aime, fais-en pour moi un espace libre pour accomplir ce que Tu aimes. » [4]
Nous pouvons aimer des choses que Dieu ne nous a pas accordées : un enfant, un travail, une situation particulière, la réalisation d’un projet… Mais même cette privation ne doit pas nécessairement devenir un handicap dans notre cheminement. Elle peut elle-même être transformée en un espace disponible pour accomplir ce que Dieu aime.
Dans le don comme dans la privation, Dieu demeure ainsi au centre.
La générosité de Dieu à l’égard de Son serviteur constitue en ce sens une véritable pédagogie divine : à travers les bienfaits qu’Il lui accorde dans la vie ici-bas, Dieu l’accompagne progressivement afin qu’il passe de l’amour des bienfaits à l’amour du Bienfaiteur, qu’il apprenne à se détacher des dons pour s’attacher davantage à Celui qui donne.
Le Prophète, un bienfait qui conduit vers Dieu
Parmi les bienfaits sublimes que Dieu a octroyé aux croyants, à l’humanité tout entière, c’est Son prophète et Messager Mohammed, paix et salut sur lui.
Il est le bienfait suprême : « Dieu a très certainement accordé une grâce aux croyants lorsqu’Il leur a envoyé un Messager pris parmi eux, qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse, bien qu’ils fussent auparavant dans un égarement manifeste. » [5]
Il est le moyen sublime pour acquérir l’amour de Dieu : « Dis : “Si vous aimez réellement Dieu, suivez-moi ; Dieu vous aimera et vous pardonnera vos péchés. Dieu est infiniment Absoluteur et Miséricordieux.” » [6]
« Aimez Dieu pour les bienfaits dont Il vous comble et aimez-moi pour l’amour de Dieu ». Nous aimons donc le Prophète parce que nous aimons Dieu, parce qu’il est Son Messager, parce que Dieu l’a choisi, honoré et élevé. Le Coran associe à plusieurs reprises l’obéissance au Messager à l’obéissance à Dieu.
Mais il y a plus extraordinaire encore : cet amour a une incidence sur notre devenir.
Un homme interrogea un jour le Prophète, paix et salut sur lui, au sujet de l’Heure. Celui-ci lui demanda ce qu’il avait préparé pour elle. L’homme répondit qu’il n’avait pas préparé beaucoup de prières, de jeûnes ou d’aumônes, mais qu’il aimait Dieu et Son Messager. Le Prophète lui annonça alors : « Tu seras avec ceux que tu aimes. » [7]
L’amour devient ainsi lui-même une voie d’élévation.
Aimer, oui… mais combien ?
Si l’on demande aujourd’hui à un musulman : « Aimes-tu Dieu et Son Messager ? », il répondra naturellement oui. Et cette réponse est juste et sincère : tout musulman possède au moins une part de cet amour. Mais cette réponse nous renseigne encore peu sur notre cheminement.
La vraie question, plus exigeante : Combien aimons-nous Dieu et Son Messager ?
Cette question est-elle légitime ? Le Coran lui-même nous invite à nous la poser : « Dis : “Si vos pères, vos fils, vos frères, vos épouses, vos proches, les biens que vous avez acquis, le commerce dont vous craignez le déclin et les demeures qui vous sont agréables vous sont plus chers que Dieu, Son Messager et l’effort dans Son chemin, alors attendez que Dieu fasse venir Son ordre.” » [8]
Dieu nous entoure de personnes que nous aimons et de biens auxquels nous sommes attachés. Ces attachements sont naturels et permis. Mais ils ne doivent pas entrer en concurrence avec l’amour de Dieu et de Son Prophète au point de prendre leur place dans le cœur.
C’est précisément ce que nous enseigne le célèbre dialogue entre le Prophète, paix et salut sur lui, et Umar ibn al-Khattâb, que Dieu l’agrée.
Un jour, alors que le Prophète tenait ‘Umar par la main, celui-ci lui dit avec une franchise étonnante : « Ô Messager de Dieu ! Tu m’es plus cher que toute chose, sauf ma propre personne. » Le Prophète lui répondit : « Non, par Celui qui détient mon âme entre Ses mains, jusqu’à ce que je te sois plus cher que ta propre personne. » Umar lui dit alors : « Maintenant, par Dieu, tu m’es plus cher que moi-même. » Et le Prophète répondit : « Maintenant, ô Umar. »
[9]
Ce dialogue contient plusieurs enseignements essentiels.
Tout d’abord, Umar se souciait du degré de son amour pour le Prophète, paix et salut sur lui, et lui a fait part de son état, auprès de celui qui est le médecin des cœurs. Il avait conscience qu’il ne l’aimait pas encore plus que lui-même. Il est donc légitime, et même recommandé, de se soucier de la qualité et du degré de cet amour. Nous sommes-nous déjà interrogés sur l’amour que nous portons au Prophète ?
Ensuite, un autre aspect de l’amour, plus difficile à démasquer, apparaît ici : l’amour de soi. Umar ne s’est pas leurré. Il sait combien le nafs, l’ego, peut être puissant et exercer une influence déterminante sur notre cheminement. Pour lui, aimer le Prophète plus que lui-même constituait le cap à franchir.
Enfin, on s’aperçoit qu’aimer Dieu et Son Prophète plus que tout est indispensable pour parachever sa foi. C’est un seuil de maturité spirituelle à partir duquel le croyant peut goûter à la douceur de la foi. Le Prophète, paix et salut sur lui, dit : « Trois choses, lorsqu’elles sont présentes chez une personne, lui font goûter à la douceur de la foi : que Dieu et Son Messager lui soient plus chers que toute autre chose ; qu’elle n’aime une personne que pour Dieu ; et qu’elle déteste retourner dans l’incroyance comme elle détesterait être jetée dans le Feu. » [10]
L’amour possède donc des degrés.
Ainsi, il est légitime, et même recommandé, de nous poser cette question : « Est-ce que j’aime le Prophète plus que tout, plus que moi-même ? » Où en est réellement mon amour de Dieu et de Son Prophète ?
L’enjeu est de passer d’un amour que l’on affirme à un amour qui pénètre profondément le cœur et transforme progressivement notre manière de vivre. Le Coran nous rappelle cette exigence à travers la parole adressée aux Bédouins : « Les Bédouins ont dit : “Nous avons la foi.” Dis : “Vous n’avez pas encore la foi. Dites plutôt : ‘Nous nous sommes soumis’, car la foi n’a pas encore pénétré dans vos cœurs…” » [11]
Cet amour est donc appelé à grandir et à être cultivé tout au long de notre cheminement. Comment, alors, faire grandir l’amour de Dieu et de Son Prophète dans notre cœur ?
À suivre …
[1] Hadith : « L’anse la plus solide de la foi est d’aimer pour Dieu et de détester pour Dieu. » Rapporté notamment par Ahmad dans Al-Musnad, n° 18524, d’après al-Barâ’ ibn ‘Âzib. La tradition possède plusieurs voies de transmission ; son degré d’authenticité fait l’objet d’appréciations différentes selon les spécialistes.
[2] « Celui qui aime pour Dieu, déteste pour Dieu, donne pour Dieu et refuse pour Dieu a parachevé la foi. » Rapporté d’après Abû Umâma par Abû Dâwûd, Sunan, n° 4681. La chaîne a notamment été jugée authentique par Shu‘ayb al-Arna’ût.
[3] « Aimez Dieu pour les bienfaits dont Il vous comble… » Rapporté d’après Ibn ‘Abbâs par at-Tirmidhî, Sunan, n° 3789. At-Tirmidhî le qualifie de hasan gharîb ; d’autres spécialistes postérieurs ont considéré sa chaîne comme faible.
[4] Invocation : « Ô Dieu ! Ce que Tu m’as accordé de ce que j’aime, fais-en une force pour moi dans ce que Tu aimes… » Rapportée par at-Tirmidhî, Sunan, n° 3491, d’après ‘Abd Allâh ibn Yazîd al-Khatmî. At-Tirmidhî la qualifie de hasan gharîb ; sa chaîne a été jugée faible par al-Albânî.
[5] Coran, sourate Âl ‘Imrân (3), verset 164.
[6] Coran, sourate Âl ‘Imrân (3), verset 31.
[7] Hadith « Tu seras avec ceux que tu aimes », rapporté d’après Anas ibn Mâlik par al-Bukhârî, notamment n° 3688 et 6171, et Muslim, n° 2639.
[8] Coran, sourate At-Tawba (9), verset 24.
[9] Dialogue entre ‘Umar ibn al-Khattâb et le Prophète ﷺ : al-Bukhârî, Sahîh, n° 6632, d’après ‘Abd Allâh ibn Hishâm.
[10] Hadith des trois qualités permettant de goûter « la douceur de la foi », rapporté d’après Anas par al-Bukhârî,
Sahîh, n° 16, et Muslim, Sahîh, n° 43a.
[11] Coran, sourate Al-Hujurât (49), verset 14.