La leçon d’Idriss – À la rencontre des cœurs

Cette chronique est née de la conviction qu’aucune rencontre n’est le fruit du hasard. Dieu place sur notre chemin des hommes, des femmes et des enfants qui deviennent, souvent sans le savoir, des enseignants de l’âme. Une parole, un sourire, une épreuve partagée ou un simple silence peuvent alors devenir une leçon de vie, de foi et de confiance en Dieu. Car certaines rencontres ne durent qu’un instant, mais leur écho accompagne le cœur pendant toute une vie.

Certaines leçons marquent un instant.

D’autres marquent une vie.

Celle-ci m’a été donnée un soir, dans la simplicité de mon salon.

Mon ami Driss habite Genève, mais travaille à Lausanne. Régulièrement, après sa journée de travail, au lieu de rentrer directement chez lui, il restait pour participer à nos assises spirituelles. Nous nous réunissions chez moi, assis par terre, pour parler de Dieu, apprendre et nourrir nos cœurs.

Malheureusement, les frères étaient souvent absents.

Les invitations étaient lancées, les rappels envoyés, mais plusieurs de ceux que nous espérions particulièrement voir étaient souvent les premiers à manquer à l’appel.

Et bien souvent, après tous ces efforts, nous nous retrouvions seulement à deux.

Idriss et moi.

Un soir, en regardant les places vides autour de nous, je ne pus retenir ma frustration.

Je lui dis : Driss, pourquoi te fatigues-tu autant ? Tu travailles déjà toute la journée. Pourquoi restes-tu après le travail alors que ceux qui en ont le plus besoin ne viennent même pas ?

Il me regarda avec son calme habituel.

Puis il prononça une phrase que je n’oublierai jamais : « Tu sais, à mon âge, je n’attends plus rien des honneurs de la vie ici-bas. Ce que je fais, j’essaie désormais de le faire pour la vie dernière. »

Le silence qui suivit fut plus éloquent qu’un long discours.

À cet instant, je reçus une véritable claque.

Moi, je regardais le nombre de participants.

Lui regardait ce que Dieu inscrivait dans son livre d’œuvres.

Moi, je voyais des absents.

Lui voyait une occasion de se rapprocher de son Seigneur.

Moi, je mesurais l’utilité d’une action à ses résultats visibles.

Lui la mesurait à sa sincérité.

Puis un verset me revint à l’esprit : « Fais preuve de patience en restant avec ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, recherchant Sa Face. Et que tes yeux ne se détachent point d’eux en recherchant les parures de la vie présente. » (Sourate Al-Kahf, verset 28)

Ce verset me rappela que la valeur d’une compagnie ne dépend pas de son prestige ni de son nombre, mais de ce que recherchent les cœurs qui la composent.

Ce soir-là, nous n’étions que deux, assis sur le sol de mon salon.

Aux yeux du monde, cela paraissait insignifiant.

Mais aux yeux de Dieu, qui sait quelle valeur avait ce rassemblement ?

Qui sait si ces quelques heures passées à L’évoquer n’étaient pas plus précieuses que des assemblées bien plus nombreuses, mais dans lesquelles la sincérité pouvait parfois se perdre ?

Je compris alors que la réussite ne se mesure pas toujours au nombre de personnes présentes.

Parfois, elle se mesure simplement à la qualité des cœurs présents.

Depuis ce jour, chaque fois que je suis tenté de compter les résultats, je repense à Idriss, assis simplement sur le sol de mon salon, après une longue journée de travail.

Et j’entends encore sa voix me rappeler une vérité que l’on passe parfois toute une vie à comprendre : « Je n’attends plus rien des honneurs de la vie ici-bas. Ce que je fais, j’essaie désormais de le faire pour la vie dernière. »

Parfois, une seule phrase suffit à remettre toute une existence en perspective.

Et parfois, une petite assemblée sincère peut avoir auprès de Dieu une valeur que le nombre, à lui seul, ne garantit jamais.

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