La responsabilité personnelle : sortir de la victimisation

« Dieu ne change pas l’état d’un peuple tant qu’ils ne changent pas ce qu’il y a en eux-mêmes. » (1)
Ce verset est une loi. Une loi divine. Une loi exigeante. Et cette loi s’adresse à chacun de nous.
Il nous rappelle que le changement collectif — celui que nous appelons de nos vœux dans nos sociétés, nos familles, nos communautés — ne commence pas dans les discours, ni dans les revendications, ni même dans les critiques.
Il commence en nous. Le changement commence par soi-même.
Cesser d’accuser, commencer à agir
Il est facile d’expliquer nos difficultés par le contexte.
La société, les dirigeants, les injustices, l’époque.
Et il est vrai que l’injustice existe. Que les épreuves sont réelles. Que les déséquilibres sont nombreux.
Mais la question que ce verset nous pose est plus intime : Qu’as-tu changé en toi ?
Ramadan est un mois où les excuses tombent. Nous jeûnons. Nous veillons. Nous prions davantage. Pourquoi ?
Parce que nous savons que nous sommes capables de faire plus.
N’éprouves-tu pas de la facilité à te lever avant l’aube, à faire plus de prières à la mosquée, à lire plus de Coran ? Et ce durant tout le mois de ramadan.
Alors pourquoi, en dehors de ce mois béni, adoptons-nous parfois une posture de victime permanente ?
Le Prophète (paix et salut de Dieu sur lui) a dit : « Le croyant fort est meilleur et plus aimé de Dieu que le croyant faible, bien qu’il y ait du bien en chacun. Attache-toi à ce qui t’est utile, implore l’aide de Dieu et ne faiblis pas. » (2)
Le croyant ne se complaît pas dans la plainte. Il cherche ce qui lui est utile. Il agit, sans se lamenter sur son sort.
La mentalité d’excuse permanente
« Je n’ai pas le temps. » « Ce n’est pas le bon moment. » « Je suis comme ça. » « Les autres sont pires. » …
Ces phrases, nous les connaissons. Elles donnent l’impression de nous protéger… mais elles nous bloquent.
La responsabilité personnelle commence lorsque l’on cesse de dire : « Qui est responsable de ma situation ? »
Et que l’on commence à se demander : « Qu’est-ce que je peux corriger dès maintenant ? »
Un retard dans la prière ? Une promesse non tenue ? Une parole dure ? Un engagement abandonné ? …
Le changement commence souvent par des détails invisibles aux yeux des autres… mais parfaitement visibles pour Dieu.
Assumer ses engagements
Dieu dit : « Ô vous qui avez cru ! Remplissez fidèlement vos engagements. » (3)
La responsabilité, en islam, n’est pas un concept théorique.
C’est une éthique.
Être responsable, c’est : Tenir sa parole. Respecter ses horaires. Accomplir ses devoirs familiaux. Être honnête dans son travail. Reconnaître ses erreurs sans chercher de coupable.
Le Prophète (paix et salut de Dieu sur lui) a dit : « Chacun de vous est un berger, et chacun de vous est responsable de son troupeau. » (4)
Nous sommes responsables de nos cœurs. Responsables de nos familles. Responsables de notre temps. Responsables de nos choix.
À nous d’assumer ces responsabilités !
Se réformer avant de réformer le monde
Le professeur AbdessalamYassine (Dieu lui fasse miséricorde) insistait sur la nécessité du travail intérieur avant toute réforme extérieure. Il rappelait que la transformation de la Oumma commence par la purification des cœurs, la discipline personnelle et la sincérité dans l’engagement.
Il écrivait que la réforme véritable ne peut naître d’une conscience endormie, mais d’âmes éveillées, lucides sur leurs manquements et déterminées à s’élever.
Autrement dit : avant de vouloir redresser le monde, redressons-nous.
Ramadan : un laboratoire du changement
Ramadan est un entraînement intensif à la responsabilité.
Personne ne vérifie si nous jeûnons. Personne ne contrôle nos intentions. Personne ne nous oblige à veiller la nuit.
Et pourtant, nous le faisons.
Pourquoi ? Parce que nous savons que Dieu nous voit.
Alors posons-nous cette question : Si je suis capable de me discipliner pour Dieu pendant 30 jours… Pourquoi ne serais-je pas capable de corriger une habitude, une négligence, un défaut durablement ?
Le changement collectif que nous espérons — justice, droiture, fraternité — ne naîtra pas d’un miracle extérieur. Il naîtra de milliers de décisions intérieures. Comme des atomes œuvrant ensemble pour former une molécule qui, associée à ses sœurs, formera à son tour un organisme sain.
Une question pour aujourd’hui
Avant de demander : « Pourquoi la société ne change-t-elle pas ? »
Demandons-nous : Ai-je corrigé ma relation avec Dieu ? Ai-je purifié mes intentions ? Ai-je assumé mes responsabilités familiales et professionnelles ? Ai-je cessé de blâmer les autres pour ce qui dépend de moi ?
Le verset est clair : « Dieu ne change pas l’état d’un peuple tant qu’ils ne changent pas ce qu’il y a en eux-mêmes. »
La clé est en nous.
Et peut-être que le premier pas vers le redressement de la communauté… est une décision silencieuse prise ce soir, dans la solitude de notre cœur.
(1) (Coran, 13 : 11)
(2) (Rapporté par Muslim)
(3) (Coran, 5 : 1)
(4) (Rapporté par Al-Bukhari et Muslim)