L’Amour au cœur du Coran

Bismillah ar-Rahman ar-Rahim.

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.

Cette phrase, avec laquelle l’article a été introduit, connue sous le nom de BasmAllah, est omniprésente dans le Coran. Une autre traduction classique en est « Au nom de Dieu, le Miséricordieux, le Très Miséricordieux ». Ces traductions, bien qu’acceptées, semblent porter l’empreinte d’un héritage biblique et d’une vision de Dieu qui n’est pas forcément la plus fidèle à l’esprit du Coran.

La miséricorde : un héritage biblique qui ne colle pas tout à fait

Dieu est Miséricordieux, certes, mais insister à ce point sur cette caractéristique dans le Coran devrait nous étonner. Dieu a en effet 99 noms en islam, et Ar-Rahman et Ar-Rahim en sont deux. Pourquoi les mettre en avant au détriment d’autres noms qui évoquent mieux (à priori) la grandeur, l’unicité, ou la transcendance divine ?

Par exemple, Al-Awwal (Le Premier), Al-Akhir (Le Dernier), Al-Qayyum (Le Subsistant), etc. Ces noms évoquent une dimension plus holistique et moins « morale » de Dieu. Alors, pourquoi ces deux noms en particulier ?

Cela est d’autant plus étonnant si on se rapporte aux traductions classiques telles que “Clément” et “Miséricordieux”. Cet effort de traduction semble plus se raccrocher à des concepts bibliques, où la miséricorde est souvent liée à la notion de pardon du fait du poids des péchés de l’humanité.

Les notions de péché originel, de rachat, et de sacrifice, sont en effet centrales dans la spiritualité chrétienne. Or, ces concepts n’ont pas la même centralité en islam.

Chère lectrice, cher lecteur, tu n’es pas sans savoir qu’en islam, Adam et Ève ont commis une erreur ensemble, et Dieu les a pardonnés. Pas de transmission de péché originel, pas de sacrifice nécessaire (dans la conception chrétienne, Jésus est mort pour racheter les péchés de l’humanité). La notion de repentir, bien qu’importante, est beaucoup plus individuelle en islam.

Alors, pourquoi cette insistance sur la miséricorde ? Et si la clé résidait dans une traduction plus fidèle à l’esprit du Coran, et à la spiritualité qui en est le cœur ?

Maurice Gloton : une traduction soufie qui interpelle

Maurice Gloton, dont la langue maternelle est le français, est un soufi qui a appris l’arabe. De ce fait, il possède 3 clés nécessaires pour entreprendre une traduction en français du Coran : la maîtrise des langues de départ et d’arrivée, ainsi qu’une éducation spirituelle profonde.

Pour la phrase qui nous intéresse, la fameuse basmAllah, il propose la traduction suivante : « Au nom du Rayonnant d’Amour, du Tout Rayonnant d’Amour ».

Ce changement de terminologie en français est loin d’être anecdotique car le message transmis n’a pas la même connotation.

En arabe, les noms Ar-Rahman et Ar-Rahim proviennent de la racine R-H-M, associée à la compassion, à la tendresse et même au mot rahim, qui signifie le ventre maternel. Certains penseurs spirituels y voient l’image d’un amour originel, nourricier et englobant. La traduction de Gloton cherche justement à mettre en lumière cette dimension.

En effet, même un dictateur peut faire preuve de miséricorde, par calcul politique. Mais l’amour véritable est désintéressé et sincère.

L’Amour est en effet une notion centrale de la spiritualité musulmane que les traductions plus classiques peinent à transmettre.

Dieu n’est pas seulement « bon » ou « indulgent », Il Aime Sa création. Cette idée est bien plus puissante et universelle, et traduit mieux la profondeur du lien qui unit Dieu à ses créatures.

Par ailleurs Dieu n’est pas le seul vecteur de cet amour, car en prenant en compte ce changement dans les termes, dans le Coran Dieu dit avoir envoyé le Prophète « comme une miséricorde pour les mondes » [1]

Avec la traduction de Gloton, cela devient « comme un amour rayonnant pour les mondes ». La nuance est immense : on passe d’une bonté passive à un amour actif, transformateur.

Cette traduction ne change pas seulement notre vision de Dieu. Elle change notre vision de l’islam lui-même.

L’islam : un système d’amour, pas seulement de morale

Présenter Dieu sous l’aune de la miséricorde (donc du pardon et de la morale) en premier lieu est louable, mais le risque est de donner raison aux systèmes qui réduisent l’islam à un code moral (halal/haram), ce qui revient à en oublier l’essence : une spiritualité centrée sur l’amour, qui transcende les règles et les interdits sans les nier.

Une bonne action dont l’intention ne relève pas de cet amour divin est coupée d’au moins une partie de sa substance. Un hadith célèbre dit : « Les actions ne valent que par leurs intentions. »

L’intention est ce qui précède l’action et elle est justement concrétisée dans la locution “Bismillah ar-Rahman ar-Rahim”.

L’islam n’est pas une liste de « bons points » et de « mauvais points ». C’est une invitation à cultiver l’amour en soi et autour de soi, comme un soleil qui éclaire tout sans distinction.

Face à l’injustice, à la dictature, ou à la froideur morale, l’amour est une force de transformation. Il ne s’agit pas de punir ou de récompenser, mais d’illuminer.

Conclusion : Rayonner d’amour

La traduction de Maurice Gloton nous rappelle que l’islam est avant tout une spiritualité de l’amour, qui doit se vivre dans chaque geste, chaque parole, chaque relation.

Sans remplacer les traductions classiques, cette lecture invite à redécouvrir la profondeur spirituelle de la rahma coranique, qui peut être comprise non seulement comme miséricorde mais aussi comme une forme d’amour enveloppant la création.

Cultiver l’amour, c’est résister à la haine, à l’indifférence, et aux systèmes oppressifs. C’est voir Dieu dans chaque créature, et agir avec bienveillance.

L’islam n’est pas une religion de la peur ou de la culpabilité, mais une voie d’amour et de lumière. C’est un message libérateur, surtout dans un monde sans cesse en proie aux divisions.

Avec cette clé de lecture, chaque verset prend une nouvelle dimension. Et si tu relisais le Coran en cherchant l’amour, plutôt que la morale binaire ?

La prochaine fois que tu diras “Bismillah ar-Rahman ar-Rahim”, lectrice, lecteur, souviens-toi : tu invoques un Dieu qui est avant tout là pour t’aimer, pas pour te juger.

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[1] Coran 21:107

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