Avec le Monde…Mon cœur

« Dieu ne change pas l’état d’un peuple tant qu’ils ne changent pas ce qu’il y a en eux-mêmes » [1]

Ce verset ne désigne pas un ailleurs à conquérir, mais un dedans à habiter. Il rappelle que toute transformation authentique procède d’un retournement intérieur. Pour le musulman sincère, le monde n’est jamais séparé du cœur : ce qui se manifeste à l’extérieur n’est que l’écho de ce qui se joue dans le secret de son esprit et la pureté de son âme.

Le cœur, lieu du retournement

Le Prophète, paix et salut sur lui, a dit : « Il y a dans le corps un morceau de chair : s’il est sain, tout le corps est sain ; s’il est corrompu, tout le corps est corrompu. Il s’agit du cœur. » [2]

Le cœur (qalb) est appelé ainsi parce qu’il se retourne sans cesse. Le chemin spirituel consiste à l’orienter, encore et encore, vers sa source. Tant que le cœur demeure encombré par la plainte, la peur ou l’orgueil, le changement ne reste qu’un discours insipide. Lorsqu’il s’épure, le monde commence déjà à se transformer autour de lui, pour lui…

Le cœur ne s’épure pas par le désir, mais par la discipline : par le rappel fréquent de Dieu, par la demande de pardon répétée, par la fréquentation de ceux dont la présence apaise et élève.

Du tumulte à la vigilance

Face aux désordres du monde et à ce que nous vivons en ces temps, la plainte semble naturelle et presque désirée. Mais, prolongée, elle devient un voile opaque, ne laissant pas au croyant la possibilité d’attendre sa panacée ultime. Le Coran nous avertit : « Allah n’est point injuste envers les hommes ; ce sont les hommes qui sont injustes envers eux-mêmes » [3]

La sagesse nous invite ainsi à une vigilance douce (murâqaba), un regard lucide posé sur ses propres mouvements intérieurs. Il ne s’agit pas de nier l’injustice, mais de ne pas lui offrir notre cœur comme demeure.

Le grand combat intérieur

Le Prophète, paix et salut sur lui, a dit : « Le plus fort n’est pas celui qui terrasse les autres, mais celui qui se maîtrise dans la colère. » [4]

Malheureusement, force est de constater que c’est le contraire qui s’opère dans nos sociétés. La loi de la jungle se mondialise et devient une réalité amère. Or, le véritable changement se crée dans ce combat invisible contre l’ego (nafs). Se corriger soi-même, purifier son intention, agir sans chercher à être vu : telle est la voie. Dieu dit : « A réussi, certes, celui qui purifie son âme » [5] Chaque effort intérieur, même silencieux, rétablit un ordre plus vaste.

L’intention comme clé

Une autre parole sage du Bien-Aimé, que l’on doit appliquer dans tous nos faits et gestes : « Les actes ne valent que par leurs intentions » [6]

Changer, ce n’est donc pas multiplier les actions, mais habiter chaque mouvement avec conscience. Une parole juste, un silence respecté, une retenue acceptée peuvent transformer plus sûrement que de grands discours. Ce serait comme dire : montre-moi ce que tu es réellement, sois un Coran ambulant ! La spiritualité devient alors une présence, non une performance.

Ramadan : l’école du dépouillement

« Ô vous qui croyez, le jeûne vous a été prescrit afin que vous atteigniez la piété » [7]

Le jeûne affaiblit l’ego pour réveiller le cœur. En réduisant le bruit du corps, il rend audible la voix intérieure. Il nous apprend que le changement ne passe pas par l’accumulation, mais par le retrait, par ce consentement à la simplicité qui libère l’âme de ses lourdeurs. En se dépouillant, l’être retrouve son axe, réapprend la mesure et laisse tomber l’illusion du contrôle. Le jeûne ne cherche pas à transformer le monde, mais à transformer le regard posé sur lui. Alors seulement, l’homme consent à être changé plutôt qu’à vouloir changer et, dans cet abandon discret, une autre manière d’habiter le monde commence.

En somme,

Dans le silence du cœur purifié, le monde cesse d’être un adversaire.

Il devient un signe.

Et lorsque l’homme commence à se changer lui-même,

Ce n’est pas le monde qui s’incline,

C’est le voile qui se lève.


[1] Coran, 13 :11

[2] Rapporté par al-Bukhârî, Muslim

[3] Coran, 10 : 44

[4] Rapporté par al-Bukhârî, Muslim

[5] Coran, 91 : 9

[6] Rapporté par al-Bukhârî, Muslim

[7] Coran, 2 : 183

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