Le voyage nocturne et l’ascension céleste (El-Isra wal Mi’raj)

Le mois de Rajab, septième mois du calendrier lunaire, fait partie des quatre mois sacrés dans lesquels les œuvres sont hautement méritoires. Ce mois béni a accueilli un événement extraordinaire dans la vie de notre bien-aimé Prophète – Paix et Bénédictions sur lui.
Le mois de Rajab, septième mois du calendrier lunaire, fait partie des quatre mois sacrés dans lesquels les œuvres sont hautement méritoires. Ce mois béni a accueilli un événement extraordinaire dans la vie de notre bien-aimé Prophète – Paix et Bénédictions sur lui. Un événement dont les bienfaits et les enseignements pour la communauté du Prophète – Paix et Bénédictions sur lui – abondent et ce jusqu’au jour du jugement.
C’est durant la 27ème nuit de ce mois béni que le Prophète – Paix et Bénédictions sur lui – reçut la récompense divine. Le miracle le plus grand se produisit : Dieu le convia au ciel et l’honora en le recevant en audience.
Quels enseignements tire-t-on de cet événement extraordinaire dans un contexte difficile où l’ensemble de la communauté du Prophète est assaillie de tout côté comme nous pouvons l’observer, notamment au Liban, à Gaza, ou encore en Irak, où la réalité sur le terrain est bien pire que ce que peuvent nous montrer les images ?
Quel lien y a-t-il entre un événement spirituel de la vie du Prophète – Paix et Bénédictions sur lui – et le contexte dans lequel nous vivons ? Quel lien existe-t-il entre notre spiritualité et notre participation au sein de la société ? Parler de spiritualité serait-ce fuir nos responsabilités et notre réalité qui ne produit que tristesse et désespoir ?
Cet événement eut lieu lors de l’année de la tristesse, l’une des années les plus rudes et les plus éprouvantes pour notre bien-aimé Prophète – Paix et Bénédictions sur lui. Il venait de perdre son oncle Abou Taleb qui assurait sa protection à la Mecque et son épouse Khadija – que Dieu l’agrée – qui l’avait soutenu depuis le début de sa mission.
Alors qu’il cherchait un asile qui lui permettrait de poursuivre et transmettre son Message, car être musulman à la Mecque était devenu difficile, le Prophète – Paix et Bénédictions sur lui – s’en alla à Taïf, au nord, dans l’espoir de trouver un accueil favorable à son appel.
Accompagné de Zayd, son fils adoptif, tous deux furent reçus à Taïf par des jets de pierre des enfants et les moqueries des adultes. Affaibli et attristé, il frappa alors à la porte de Dieu. Il frappa à la porte du ciel qui reste toujours ouverte lorsque toutes celles de la terre sont fermées : « N’est-ce pas Lui qui répond à l’angoissé quand il L’invoque, et qui enlève le mal, et qui vous fait succéder sur la terre, génération après génération ? Y-a-t-il donc une divinité avec Dieu ? C’est rare que vous vous rappeliez ! » (S27, v62)
Il se réfugia dans le jardin d’un homme riche de Taïf, et dans un moment de détresse et d’intimité il invoqua son Seigneur : « Ô Dieu, à Toi je me plains de ma faiblesse, de mon impuissance et de ma misérable condition devant les hommes. Ô Le plus Miséricordieux des miséricordieux, Tu es Le Seigneur des faibles et Tu es mon Seigneur. Entre les mains de qui veux-Tu me remettre ? A quelque étranger lointain qui me maltraitera ? Ou un ennemi à qui Tu auras donné pouvoir contre moi ? Je ne me fais point de soucis, à condition que Tu ne sois pas courroucé contre moi. Mais Ton aide gracieuse m’ouvrirait un chemin plus vaste et un horizon plus large ! Je prends refuge dans la Lumière de Ta Face par laquelle toutes les ténèbres sont illuminées et les choses de ce monde et de l’autre sont justement ordonnées, afin que Tu ne fasses pas descendre sur moi Ta colère et que Ton courroux ne m’atteigne pas. Pourtant, il T’appartient de blâmer tant que Tu n’es pas satisfait. Il n’y a de puissance ni de force qu’en Toi. »
La force spirituelle que dégageait son invocation, la profonde sincérité de sa fidélité à Dieu et sa persévérance dans l’appel à Dieu malgré les difficultés sont des enseignements pour nous tous. Cette invocation émerveilla Addas, un jeune servant chrétien qui avait observé la scène et qui par la suite embrassa l’Islam.
Malgré les difficultés, le message du Prophète – Paix et Bénédictions sur lui – rayonna. Après la conversion de Addas, c’est au tour d’un groupe de djinns qui, sur le retour vers la Mecque, l’entendirent réciter le Coran et embrassèrent l’Islam.
Après ces dures épreuves, Dieu manifesta Son soutien par cette invitation céleste connue sous le nom de El-Isra wal Mi’raj (le voyage Nocturne du Prophète – Paix et Bénédictions sur lui). Durant ce voyage céleste, il vit des gens dans les délices du paradis, d’autres dans les supplices de l’enfer. Il fut convié au plus haut degré de proximité de Dieu qu’aucun ange ni prophète n’a pu franchir.
C’est durant ce voyage nocturne que furent prescrites les cinq prières quotidiennes qui, sans l’intercession du prophète Moïse, auraient été au nombre de cinquante.
Cet événement nous permet de tirer de multiples enseignements. Il nous rappelle que le soutien de Dieu et la récompense divine viennent toujours succéder aux épreuves difficiles. Le Coran ne nous rappelle-t-il pas à deux reprises dans une même sourate : « A côté de la difficulté est, certes, une facilité ! A côté de la difficulté est, certes, une facilité ! » (S.94, v5-6)
Le Prophète – Paix et Bénédictions sur lui – s’est retrouvé démuni et dépourvu de tout soutien humain. Dieu lui enseigna, ainsi qu’à nous tous, que le seul soutien vient de Dieu. A ce titre, Dieu nous enseigne dans le Coran que très souvent une partie peu nombreuse a eu le dessus sur une partie nombreuse : « Ceux qui étaient convaincus qu’ils auront à rencontrer Dieu dirent : " Combien de fois une troupe peu nombreuse a, par la grâce de Dieu, vaincu une troupe très nombreuse ! " Et Dieu est avec les endurants. » (S.2, v249)
Le prophète David – paix sur lui – face à Goliath en est l’exemple le plus éloquent !
Une question subsiste néanmoins. Sommes-nous en mesure de mériter le soutien de Dieu ? Sommes-nous de « Ceux qui sont convaincus qu’ils auront à rencontrer Dieu. » Quel est notre degré de certitude [Imane] en Dieu, Ses prophètes, Ses livres, Ses anges, le jour dernier, le destin qu’il soit en bien ou en mal ? Avons-nous la certitude que le destin qui, aujourd’hui, présente de lourdes injustices promet un retour proche de la Foi et de l’équité entre les hommes ?
Cet événement met en lumière la question centrale de la foi qui doit se traduire par une profonde spiritualité qui n’est autre que la recherche de l’Ihsane et un engagement sur le terrain.
La recherche de l’Ihsane se manifeste de plusieurs manières : adorer Dieu comme si nous Le voyions car si nous ne Le voyons pas, Lui nous voit ; être bienfaisant envers autrui et perfectionner nos œuvres. C’est cette incessante quête qui nous permet de garder le cap lorsque tout s’ébranle autour de nous, à l’image de cet arbre dont parle Dieu dans le Coran : « N’as-tu pas vu comment Dieu propose en parabole une bonne parole pareille à un bel arbre dont la racine est ferme et la ramure s’élançe dans le ciel ? Il donne à tout instant ses fruits, par la grâce de son Seigneur. Dieu propose Ses paraboles à l’intention des gens afin qu’ils s’exhortent. » (S.14, v24-25)
Si cet évènement est un miracle accordé au Prophète – Paix et Bénédictions sur lui, le miracle que nous devons rechercher et demander à Dieu dans nos prières est cette droiture et persévérance dans la voie du Prophète – Paix et Bénédictions sur lui – [istiqama] comme nous le rappelle le savant Abdessalam Yassine.
On ne peut néanmoins parler de renouvellement de l’Imane et d’istiqama sans parler de cheminement vers Dieu sur la voie prophétique. Comment emprunter cette voie ?
Les plus grands de cette communauté, à commencer par les compagnons ainsi que les grands savants et connaisseurs de Dieu qui se succédèrent, ont tous emprunté cette voie par le biais de trois vertus principales : la compagnie des pieux et des véridiques – Sohba, la présence à Dieu – Dhikr, et être vrai – Cidq.
Rappelons, en conclusion, la parole de l’imam Malik qui disait : « Les générations qui succèderont dans l’avenir ne trouverons leur succès qu’en empruntant la voie des premières générations de pieux qui nous ont précédés. »
Et Dieu est Le plus Savant.