Une retraite spirituelle pour raviver les cœurs et la foi

Comment décrire avec des mots une rencontre des cœurs, des âmes ? Comment ces derniers peuvent-ils rendre état de ce que le croyant ressent lorsqu’il sacrifie, durant un temps, son confort, sa famille, son foyer, ses habitudes, ses passions pour se rendre au sein d’une retraite spirituelle (ribat) dont on ne ressort jamais indemne ?

Que Dieu, exalté soit-Il, nous permette que nos doigts glissent sur le clavier, inspirés par Dieu le Très-Haut, afin d’être fidèles aux enseignements et messages reçus durant ces quatre jours d’une intensité spirituelle si forte que l’on voudrait qu’elle ne s’éteigne jamais.

Ce sont donc quatre jours exceptionnels que nous avons vécus récemment dans le Nord-Est de la France. Le ribat prend sa source dans la tradition prophétique. En effet, notre bien-aimé Prophète, paix et salut de Dieu sur lui, a dit : « Voulez-vous que je vous indique ce par quoi Dieu, Exalté soit-Il, efface les fautes et élève les degrés ? » Ils dirent : « Oui, ô Messager de Dieu. » Il dit : « Parfaire les ablutions malgré les désagréments, multiplier les pas vers les mosquées, et et demeurer dans l’attente de la prière suivante après en avoir accompli une. Voilà le ribat, voilà le ribat. » [1]

Nous avons donc attendu les prières après la prière, mais le programme, riche, intense et divers, a jalonné nos jours et nos nuits d’autres stations spirituelles fortes, telles que les veillées au dernier tiers de la nuit, le jeûne, la lecture répétée et assidue de la noble Parole de notre Seigneur, l’évocation de Dieu, l’invocation, ainsi que les interventions et rappels venant secouer nos cœurs et emplir nos yeux de larmes impossibles à retenir.

Notre bien-aimé Prophète, paix et salut de Dieu sur lui, nous enseigne que les assises de la foi sont un jardin du Paradis et que quiconque y passe est invité à s’y asseoir. C’est là que la sérénité et la miséricorde de Dieu se ressentent. C’est là que les anges nous attendent et nous enveloppent de leurs ailes jusqu’au premier ciel. C’est là que la foi se ravive dans nos cœurs endormis, telle une lampe que l’on rallume, tel un feu que l’on nourrit pour qu’il ne s’éteigne pas, telle une lumière que l’on voit s’intensifier par le rappel de Dieu, Exalté soit-Il.

Dans un monde devenu si violent, si bruyant, si insouciant, si inconscient ; dans un monde fait d’hommes qui perdent leurs repères et défont les liens avec leur Seigneur, s’asseoir dans ces jardins du Paradis durant ces journées où plus rien n’existe que Lui, le Tout-Aimant, le Tout-Clément, le Tout-Rayonnant d’Amour, relève du miracle divin.

Assise auprès de ces hommes et femmes pieux, honteuse et consciente de ma condition de pécheresse, les larmes glissaient sur mes joues et mon cœur comme une pluie à la fois douloureuse et réparatrice. Quelle bonté de mon Seigneur et quelle générosité de permettre ce séjour spirituel. Lui, Exalté soit-Il, qui pardonne, veille sur nous et accepte notre repentir. Lui, Exalté soit-Il, qui est là quand les hommes nous auraient déjà condamnés. Lui, Exalté soit-Il, qui aime nous voir revenir et nous repentir.

Durant ces jours et ces nuits, nous avons entendu tant de choses, mais la première que nous pouvons citer est le silence : ce silence que nous n’entendons plus, que nous ne faisons plus. Ce silence qui amène à nous retrouver avec nous-mêmes et avec notre Seigneur. Faire silence en nous, au plus profond de nos âmes, faire silence autour de nous et nous éduquer au jeûne de la parole font partie des exercices du ribat, qui élèvent les croyants et recentrent l’essentiel au cœur de la foi.

Puis, nous avons entendu de multiples enseignements qui vinrent secouer nos poitrines. Les questions brûlantes, telles que nous l’a rappelé un intervenant : avons-nous un projet, avons-nous un vœu, avons-nous un désir auprès de Dieu ? Quel est notre état intérieur ? Où en suis-je dans ma relation avec mon Seigneur ?

Le ribat est aussi un temps pour faire l’état des lieux de notre cheminement, de notre condition, de notre relation avec le Maître des univers. Ces questions brûlantes que l’on étouffe si souvent, qui dérangent, nous ramènent à nos responsabilités. Ces questions qu’étouffe un quotidien parfois bien chargé, où la vie terrestre prend bien trop de place.

Les intervenants nous ont rappelé à de très nombreuses reprises la considération, le respect et l’amour qui doivent exister entre nos cœurs et ceux de nos frères et sœurs dans la foi et en humanité.

Que personne ne se sente jamais supérieur à un autre : qui sait quelle valeur cette personne a auprès de son Créateur ? Voir les autres comme des élus de Dieu, être exigent envers soi-même et doux avec les gens. Nous ne pouvons apprendre des autres si nous sommes pas prêts à nous rendre humbles. Et gare au chemin le plus court vers l’orgueil, que l’on emprunte lorsque l’on pense que nous n’avons rien à apprendre des autres.

Un récit nous a été rapporté dans ce sens : Abu al‑Hajjâj al‑Aqsarî, célèbre saint soufi de Haute-Égypte (VIᵉ s. H / XIIᵉ s. apr. J.-C.), fut interrogé un jour par des savants ou des notables qui l’entouraient.

L’un d’eux lui demanda : « Qui est ton maître spirituel (Chaykh) ? »

La question appelait une réponse conventionnelle : le nom d’un maître reconnu, d’un savant ou d’un grand soufi. Mais Abū al-Ḥajjāj répondit de façon inattendue : « Mon maître est Abû Juʿrân, dit-il. » Or Abū Juʿrān signifie littéralement : « le père du scarabée », c’est-à-dire le bousier / scarabée de fumier.

Les personnes présentes furent surprises, certaines choquées, et lui dirent en substance : « Comment un homme de ta stature peut-il dire qu’un insecte est son maître ? » Abū al-Ḥajjāj expliqua alors son propos.

Il dit qu’il avait longuement observé le scarabée et qu’il y avait appris des leçons spirituelles que beaucoup d’hommes ignorent :

  • il se contente de ce qui lui est donné, sans convoitise ;
  • il travaille sans relâche, sans se plaindre ;
  • il n’accorde aucune importance au regard des créatures ;
  • il accomplit ce pour quoi il a été créé, sans discussion ni orgueil.

Puis il conclut, selon le sens rapporté : « J’ai appris de lui la sincérité, la patience et la soumission à l’ordre de Dieu. Il fut mon maître par l’état spirituel, non par la parole. »

Un homme que Dieu l’ait en Sa sainte miséricorde, reconnu pour sa piété, sa science, sa sagesse, son amour pour autrui… cet homme au cœur empli de foi, de modestie et d’humilité voit, dans le scarabé, une occasion d’apprendre et un enseignant. Quel cœur, quelle éducation et quelle leçon transmises à travers cette phrase.

Les heures passées dans ce ribat, au sein d’une pièce où les téléphones portables et les discussions futiles n’étaient plus, ont une valeur inestimable. Nos cœurs se reconnectaient à Dieu et la juste place de chaque chose était redonnée. Nous buvions les enseignements de nos frères et sœurs ; nos cœurs, parfois secs et arides, s’abreuvaient et se nourrissaient des délices paradisiaques terrestres, en espérant goûter ceux de la vie dernière.

Chaque seconde qui nous rapprochait de la fin inéluctable de cette station spirituelle bénie venait douloureusement nous toucher en plein cœur. Nous ne voulions pas que cela s’arrête, au point que même nos cœurs de parents ayant laissé leurs enfants derrière eux ne pouvaient se résoudre à quitter les lieux. Quitter ce paradis sur terre pour aller où, revenir à qui, à quoi ? Si les départs de ces stations bénies sont toujours difficiles, nous nous rappelons que le cheminement spirituel du croyant ne se fait pas en étant cloisonné dans un lieu. Il nous faut vivre auprès des Hommes, dans la société qui est la nôtre, dans ce monde que Dieu, Exalté soit-Il, a décidé pour nous, au milieu des défis, et porter le souci de l’humanité avec nos frères et sœurs.

Un temps pour le recueillement, la prière, l’adoration et le silence, puis un temps pour l’action, les projets, l’appel à ce qui est meilleur, le bruit, le travail et la course terrestre, avec pour nobles intentions de rechercher le Seigneur des cieux et de la terre, Exalté soit-Il, dans chacun de nos pas, chaque battement de nos cœurs, chaque centime dépensé, chaque geste accompli, chaque projet mené, chaque parole prononcée.

Seigneur Dieu, ne nous prive pas de la compagnie des pieux et garde-nous de nous égarer après nous avoir guidés.

[1] Rapporté par Muslim

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