Se visiter en Dieu, maison de prières, maisons de lumière

Assise de Nassiha – Un rassemblement béni en Île-de-France
Le samedi 16 novembre 2025 restera dans les cœurs comme un moment de grâce. Porté par PSM, un rassemblement chaleureux a réuni plusieurs dizaines de familles autour d’une grande assise spirituelle et d’un dîner fraternel. Placée sous la lumière du thème « Se Visiter en Dieu », cette soirée a tenu toutes ses promesses : retrouvailles joyeuses, partages authentiques et une convivialité qui a embaumé les cœurs.
Au-delà de l’instant présent de bonheur, une question essentielle émerge constamment de ces moments bénis : comment transformer ce moment de communion et de douceur en un ressourcement durable pour ma foi ? En effet, le cheminement spirituel qui aspire à l’amour et à la proximité de Dieu sur les pas du bien-aimé Muhammad – paix et bénédictions sur lui – ne connaît ni temps mort ni monotonie.
Se visiter, s’asseoir et s’aimer en Dieu
Le premier postulat est que je ne peux faire cavalier seul pour aborder avec courage la question de mon propre devenir après la mort dans un monde qui happe tout notre temps et nous noie émotionnellement sans nous laisser le moindre répit. J’ai donc besoin d’une bonne compagnie !
Une compagnie affective, bienveillante et sincère, qui puisse m’aider par le bon conseil, l’écoute, le soutien et l’encouragement à être dans l’authenticité et la bonté. Une compagnie avec laquelle je vais apprendre à travailler mon intention et ma sincérité. Une compagnie qui me pousse à l’élévation (Ihsane), qui est à la fois spirituelle (amour), morale (sagesse et beau caractère), intellectuelle (science utile), et qui me stimule pour être acteur au service des autres plutôt que d’être replié sur moi-même. C’est dans ce don désintéressé, cet engagement par amour pour Dieu, que se cache le secret : plus nous donnons, plus nous recevons ! La générosité devient alors la source miraculeuse qui nous enrichit.
Qu’est-ce qui peut bien caractériser la bonne compagnie dont il est question ? Le Maître par excellence qu’était Muhammad – paix et bénédictions sur lui – a lui-même reçu à travers la révélation du Coran l’injonction divine d’aller à la quête de cette bonne compagnie :
وَٱصْبِرْ نَفْسَكَ مَعَ ٱلَّذِينَ يَدْعُونَ رَبَّهُم بِٱلْغَدَوٰةِ وَٱلْعَشِىِّ يُرِيدُونَ وَجْهَهُۥ ۖ وَلَا تَعْدُ عَيْنَاكَ عَنْهُمْ تُرِيدُ زِينَةَ ٱلْحَيَوٰةِ ٱلدُّنْيَا ۖ وَلَا تُطِعْ مَنْ أَغْفَلْنَا قَلْبَهُۥ عَن ذِكْرِنَا وَٱتَّبَعَ هَوَىٰهُ وَكَانَ أَمْرُهُۥ فُرُطًۭا
« Fais preuve de patience [en restant] avec ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, désirant Sa Face. Et que tes yeux ne se détachent point d’eux, en cherchant (le faux) brillant de la vie sur terre. Et n’obéis pas à celui dont Nous avons rendu le cœur inattentif à Notre Rappel, qui poursuit sa passion et dont le comportement est outrancier ». [1]
Des gens habités par le désir ardent de voir la Face de Dieu dans la vie dernière et qui invoquent leur Seigneur avec abondance. Le Prophète, après la révélation du verset, est sorti pour chercher ces gens et les trouva. Il s’assit auprès d’eux et exprima sa gratitude en disant :
ٱلْـحَمْدُ لِلَّهِ ٱلَّذِي جَعَلَ لِي فِي أُمَّتِي مَنْ أَمَرَنِي أَنْ أُصْبِرَ نَفْسِي مَعَهُ
« Louange à Dieu qui a placé dans ma communauté ceux avec qui Il m’a ordonné de patienter ». [1]
Cette injonction divine relève de la sublime pédagogie divine à l’adresse des croyants où Son Messager – paix et bénédictions sur lui – nous montre l’exemple pour aller à la recherche de cet amour en Dieu, de la visite en Lui pour nous élever ensemble vers Lui. S’aimer et se visiter en Dieu nous offre une contrepartie divine sans précédent, que nous rapporte le compagnon Muʿādh ibn Jabbal :
« وَجَبَتْ مَحَبَّتِي لِلْمُتَحَابِّينَ فِيَّ، وَالْمُتَجَالِسِينَ فِيَّ، وَالْمُتَزَاوِرِينَ فِيَّ، وَالْمُتَبَاذِلِينَ فِيَّ »
« Mon amour est garanti à ceux qui s’aiment en Moi, à ceux qui s’assoient en Moi, à ceux qui se visitent en Moi et à ceux qui s’échangent des biens en Moi. » [3]
Résister spirituellement : Maison de prières, maison de lumières
Pour aborder ce sujet, qui a permis de susciter un débat riche sur les difficultés, les défis et les bonnes pratiques en matière de gestion du temps et des priorités, l’assise spirituelle a proposé de revisiter un passage de la sourate Yunus et de tirer des enseignements de l’histoire édifiante de Moïse et de son frère Haroun, où la psychologie de la peur fait rage dans le combat entre la vérité et le mensonge, le message puissant de la Révélation (Wahy) et les effets illusoires de la magie. Cette narration place le décor d’un combat inégal entre une minorité croyante et vulnérable face à un pouvoir despotique et écrasant qui sème la division sociale.
Personne ne crut (au message) de Mussa (Moïse), sauf un groupe de jeunes gens de son peuple, par crainte de représailles de Fir’awn (Pharaon) et de leurs notables. En vérité, Fir’awn (Pharaon) fut certes superbe sur terre et il fut du nombre des extravagants.
Et Musa (Moïse) dit : « Ô mon peuple, si vous croyez en Dieu, placez votre confiance en Lui si vous (Lui) êtes soumis. » Ils dirent : « En Dieu nous plaçons notre confiance. Ô notre Seigneur, ne fais pas de nous une cible pour les persécutions des injustes. Et délivre-nous, par Ta miséricorde, des gens mécréants. » Et Nous révélâmes à Musa (Moïse) et à son frère : « Prenez pour votre peuple des maisons en Égypte, faites de vos maisons un lieu de prière et soyez assidus dans la prière. Et fais la bonne annonce aux croyants. » [4]
Dans un contexte de peur généralisée, l’injonction divine adressée aux croyants reste la même à toute époque :
- Le messager invite sa communauté à placer sa confiance en Dieu (Tawakkul) face à l’épreuve et montre lui-même l’exemple. Les croyants aujourd’hui, comme à toute époque, doivent tisser un lien intime avec les prophètes pour que leur histoire et leur exemple restent vivants et inspirants dans notre quotidien. D’un point de vue pratique, ce lien se tisse de manière naturelle à travers l’invocation au quotidien qui nous lie à leur chaîne lumineuse (duʿā’ Râbita).
- Prier pour une foi inébranlable qui se consolide au quotidien. L’invocation est le cœur de l’adoration. Dans l’invocation, il est important de commencer par les priorités spirituelles pour ensuite exprimer ses demandes relatives aux besoins matériels : demander le salut de notre foi face à la persécution (fitna), ne pas donner l’occasion à l’oppresseur d’une victoire sur notre foi…
- S’organiser et résister spirituellement en édifiant des maisons et des lieux orientés vers Dieu et dédiés à la prière. Dieu dit à Son Messager d’annoncer la bonne nouvelle (de protection et de victoire) aux croyants qui organisent leur lieu de vie dans la dévotion et l’obéissance aux commandements divins, qui se visitent et s’assoient en Dieu pour prier et L’invoquer. Cette orientation nous invite à reconsidérer l’agencement de nos foyers et de nos espaces privés, la façon de nous visiter et d’organiser nos moments de convivialité pour y consacrer des instants spirituels qui vont souder les liens. Il ne s’agit pas ici de lieux pour fuir, mais plutôt d’espaces qui nous préparent à l’ouverture et à l’engagement.
Aller prier à la mosquée est aussi une occasion de visiter la maison de Dieu en compagnie des fidèles, pourvu que cette adoration quotidienne ne devienne pas une habitude routinière.
L’esprit de visite ne se limite pas au cercle des croyants qui cheminent ensemble dans la foi. C’est avant tout un cœur qui s’ouvre pour faire accueil et une vision qui s’élargit pour offrir un souffle nouveau vers un monde plus fraternel : s’ouvrir aux voisins, visiter un malade, aider une personne… Ainsi, le changement commence chez soi !
Puissions-nous chérir et cultiver ces liens bénis, véritables tremplins sur le chemin qui mène à Lui.
[1] Coran : Sourate Al-Kahf – V. 28 [2] Tafsir Tabari [3] Musnad Ahmad, n° 22030 [4] Coran : Sourate Yunus – V. 83 à 87