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Pèlerinage et santé : conseils et préventions

Chaque année des millions de musulmans se rendent à La Mecque pour accomplir le pèlerinage sacré. Ce voyage est une expérience unique, une opportunité pour les musulmans d’accomplir un des cinq piliers de l’islam, de visiter les villes saintes de leur religion et de vivre d’intenses moments de spiritualité, de fraternité et de communion dans un des lieux les plus fascinants au monde.

Ce voyage exceptionnel mérite d’être bien préparé, afin de profiter au mieux de chaque instant, et limiter au minimum le risque de problème de santé qui gâcherait tout ou partie du séjour…

Je livre ces conseils en tant que médecin généraliste habituée à voir les patients avant et après leur pèlerinage, mais également en tant qu’observatrice ayant effectué ce voyage plusieurs fois.

Nombre de jeunes adultes, a priori en bonne santé, passent une semaine alités au cours de leur pèlerinage.

Nombre de personnes âgées ou a priori polypathologiques (souffrant de maladies, prenant des médicaments) accomplissent tous les rituels en pleine forme, et parfois avec plus d’énergie et d’enthousiasme que les jeunes valides !

Ces conseils sont destinés aux futurs pèlerins pour les aider à préparer et à vivre leur voyage en bonne santé, ainsi qu’à leurs proches, parents ou enfants, qui pourraient leur transmettre ces recommandations, et, enfin, aux professionnels de santé qui seraient susceptibles d’être sollicités par les futurs pèlerins pour les conseiller et leur délivrer des ordonnances préventives.

Je détaillerai dans cet article les conseils de prévention et de traitement des maux les plus fréquemment rencontrés pendant le pèlerinage (hajj). Les problèmes de santé les plus classiques et qui n’épargnent que peu de pèlerins sont : la fatigue, les diarrhées et les infections ORL et broncho-pulmonaires. Cela est lié au climat et à la présence de climatiseurs dans tous les espaces clos (hôtels, mosquées, magasins, etc.).

L'épuisement

1. Le repos

Il faut au moins 48 heures pour s’adapter à la chaleur et au décalage horaire. Prenez donc le temps de vous acclimater.

On ne cesse de répéter aux pèlerins de se ménager au début du séjour, mais ils sont tous si excités et si impatients de profiter des Lieux saints qu’ils prient tous les offices à la mosquée, multiplient les déplacements, et ne prennent pas le temps de se remettre du voyage pourtant fatigant.

La conséquence malheureuse de cet empressement est qu’ils arrivent au début des rituels du hajj, moment le plus important du voyage, épuisés et las.

Mon conseil sera donc de prendre le temps de s’acclimater au début du voyage, de bien dormir, de faire des siestes aux heures les plus chaudes, au moins le temps de s’habituer et de prendre ses repères.

2. Faites des repas légers, hydratez-vous suffisamment !

2 litres d’eau par jour dans ce pays chaud, c’est le minimum, et cela peut aller jusqu’à 5 litres pour ceux qui transpirent beaucoup !

Le manque d’eau est une cause de fatigue non négligeable.

3. Évitez de circuler aux moments où les rues sont bondées, c'est-à-dire au moment des prières.

Le piétinement dans les rues encombrées est épuisant et agaçant. Aussi rendez-vous aux mosquées une demi-heure au minimum avant l’appel, et attendez une demi-heure après la prière pour quitter les lieux.

4. Le sommeil

Si vous ne connaissez pas vos futurs camarades de chambrée, prévoyez des boules Quies, car il peut se trouver parmi eux des ronfleurs, et vous pourriez beaucoup en souffrir.

Une nuit sans sommeil provoque irritabilité, fatigue et somnolence diurne.

La diarrhée

1. L’eau

Consommer l'eau en bouteille, ou bouillie 15 minutes, ou traitée (des comprimés se vendent en pharmacie, sinon on peut utiliser l’eau de Javel à raison de 3 gouttes à 12°chl par litre, et attendre une heure avant de consommer l’eau ainsi javellisée).

Concernant l’eau de zamzam, elle ne nécessite aucune précaution et peut être bue directement, au même titre que toute eau de source.

2. L’alimentation

Bien cuire viandes et poissons pour éviter les parasitoses, bien laver les légumes et fruits à l’eau traitée avant de les éplucher, éviter les crèmes glacées et salades du commerce car l’eau utilisée pour leur préparation n’est pas traitée.

Évitez d’ailleurs de manger des plats inhabituels dont vous ignorez la composition et la préparation.

Demandez à vos accompagnants de vous indiquer les restaurants réputés les plus attentifs à l’hygiène et à la qualité des aliments.

3. Se laver les mains avant chaque repas et en sortant des toilettes, après avoir manipulé les pièces et billets, etc.

4. En cas de diarrhée simple (sans fièvre, sans glaires ni sang dans les selles, sans altération importante de l’état général) : s’hydrater et prendre des anti-diarrhéiques tout en limitant l’alimentation (éviter laitages, jus, légumes et favoriser le riz blanc).

En cas de diarrhée prolongée plus de 3-4 jours ou avec fièvre, sang, ou altération de l’état général, il faudra consulter un médecin ou l’hôpital.

Les infections ORL et broncho-pulmonaires

1. Concernant le port de masque : Le port d'un masque est vivement conseillé, en particulier pour les personnes fragiles et exposées à ces maladies, en particulier à la ville de La Mecque, qui est une ville très polluée. Évitez aussi de circuler dans les rues bondées aux heures d’affluence.

2. Concernant la climatisation des chambres d’hôtel : Évitez de soumettre votre corps à des changements de température trop importants (de 40° à l’extérieur à 18° à l’intérieur par exemple). Si vous pouvez supporter la chaleur, il vaut mieux limiter l’utilisation du climatiseur, et préférer prendre plusieurs douches par jour pour vous rafraîchir et vous réhydrater si besoin. De même, évitez de prier à l’intérieur des mosquées car climatisées, et préférez l’extérieur autant que possible.

3. A la ville de Médine il fait chaud la journée et très frais la nuit, surtout lorsqu’on va prier fajr, il s’agit donc de bien se couvrir la nuit et au petit matin.

4. En cas d’affection du type nez qui coule, douleur de gorge, toux, et en l’absence de fièvre élevée (température inférieure à 38°5) : se reposer, prendre les traitements symptomatiques (antipyrétiques, petits sprays pour nez et gorge), miel.

En cas d’aggravation : fièvre élevée, toux grasse, etc., consultez un médecin ou prenez les antibiotiques prescrits avant le départ, et finissez la cure même si une guérison semble apparente. D’une manière générale, si votre état de santé ne s’améliore pas après 48 heures de traitement, il devient inévitable de consulter un médecin ou de vous rendre à l’hôpital. Il peut y avoir de graves infections digestives ou pulmonaires nécessitant une hospitalisation pour antibiothérapie, réhydratation ou oxygénation.

Pour conclure cet article consacré à la préparation médicale du pèlerinage, j’aborderai ci-dessous les conseils spécifiques aux personnes âgées et/ou malades, et le cas particulier des femmes enceintes et des enfants. En effet, en plus des conseils généraux abordés précédemment, il y a quelques précautions supplémentaires à prendre.

Le choix de l'agence

Pour ceux qui pourraient avoir besoin d’un suivi médical au cours du voyage, ou d’une aide humaine pour les déplacements, ou d’une hospitalisation, il convient de choisir une agence qui dispose d’un professionnel de santé parmi les accompagnants.

Celui-ci verra le futur pèlerin avant le départ, prendra connaissance de ses pathologies et de ses traitements, et pourra même prendre contact avec son médecin traitant pour aider aux prescriptions avant le départ, éventuellement se procurer le dossier médical en anglais, etc. Ce professionnel de santé connaît les Lieux saints, les moyens d’accès aux hôpitaux, il facilitera la prise en charge du pèlerin en cas de besoin.

N’oubliez pas de prendre vos papiers d’assurance « Assistance rapatriement », et renseignez-vous auprès de votre assurance sur la procédure à suivre si besoin.

Les médicaments

Il faut vous faire prescrire vos médicaments pour toute la durée du séjour, et ajouter une réserve de 10 jours en cas de prolongement imprévu du séjour ou de perte de médicaments.

Répartissez-les ensuite en deux endroits différents, car il n’est pas rare que des bagages s’égarent pendant le voyage.

Prenez toujours votre ordonnance avec vous, afin de justifier la présence d’aiguilles ou de seringues pour les diabétiques par exemple, ou de médicaments opiacés. Et ne les placez pas en soute s’ils peuvent être altérés par la congélation (l’insuline, par exemple, ne résisterait pas).

Quant aux médicaments d’urgence, du type Ventoline pour les asthmatiques, Trinitrine pour les insuffisants coronariens, sucre rapide pour les diabétiques, antiépileptiques pour les épileptiques, etc., il faut toujours les avoir sur soi à portée de main.

Quelques conseils spécifiques par pathologie

1. Les diabétiques

Ceux qui sont sous insuline multiplieront les contrôles glycémiques en début de voyage, afin de surveiller l’évolution de leur glycémie dans les nouvelles conditions climatiques et alimentaires et de procéder aux ajustements nécessaires.

Surveillez également très fréquemment vos pieds, vous êtes davantage sensibles aux mycoses et lésions plantaires, et la chaleur (transpiration, macération) ainsi que la marche (piétinement, longues distances pendant les rituels) pourraient blesser vos plantes de pied sans que vous vous en aperceviez.

De même, pendant la période des rituels, les hommes portent l’ihram qui est un pagne sans pantalon ni sous vêtements, et du fait de longues marches au soleil, le frottement des cuisses peut provoquer des lésions cutanées, mycoses et surinfections. Pensez donc à appliquer de la Biafine ou autre sur les cuisses pour éviter ces désagréments.

2. Les cardiaques

Ceux qui ont des médicaments diurétiques, laxatifs, ou anti-arythmiques devront être particulièrement vigilants en cas de diarrhée ou déshydratation : la perte de potassium peut être fatale.

Les porteurs de pace-maker prendront leur fiche technique (en cas de dysfonctionnement) et signaleront la présence de cet équipement à l’aéroport.

3. Les épileptiques

Attention au manque de sommeil qui peut favoriser la survenue de crises.

Prenez des boules Quies en cas de nuisances sonores nocturnes insomniantes, et pensez à faire des siestes aux heures les plus chaudes de la journée.

Les cas particuliers

1. Les enfants : Ils sont encore plus sensibles à la déshydratation. Surveillez bien leur ration de boisson quotidienne.En cas de diarrhée, veillez à leur proposer des SRO (solutés de réhydratation) à volonté ; et, en l’absence de ces sachets, vous pouvez le composer vous-même : 1 litre d’eau avec 6 cuillères à café rases de sucre et ½ cuillère à café de sel.

2. Les femmes enceintes : Évitez ce voyage après la 28e semaine de grossesse du fait du risque élevé de phlébite en avion, et aussi du fait de la fatigue, de la chaleur et de la marche. Il y aura de nombreux déplacements pendant ce voyage. Certaines ont insisté pour le faire mais n’ont pas pu accomplir les rituels du fait de leur fatigue, il vaut donc peut- être mieux reporter le pèlerinage plutôt que de le vivre à moitié. De plus, la plupart des vaccins sont contre-indiqués pendant la grossesse…

Ces conseils sont destinés aux futurs pèlerins pour les aider à préparer et à vivre leur voyage en bonne santé, ainsi qu’à leurs proches, parents ou enfants, qui pourraient leur transmettre ces recommandations et, enfin, aux professionnels de santé qui seraient susceptibles d’être sollicités par les futurs pèlerins pour les conseiller et leur délivrer des ordonnances préventives.

Je souhaite à tous les futurs pèlerins un voyage enrichissant, serein et en bonne santé

 

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