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Cheminer par l'invocation

Dans le Coran, Dieu nous annonce le but de notre existence et nous fait savoir que l’univers qui nous entoure n’a pas été créé en vain : « Je n’ai créé les Djinns et les Hommes que pour qu’ils M’adorent, Je n’attends d’eux ni subsistance, ni nourriture. »[S 51, v 56-57]. Selon Ibn 'Abbas, le sens de l’adoration [‘Ibada] ici est celui de la connaissance de Dieu.

Le Prophète – Paix et bénédictions sur lui - nous explique comment traduire au quotidien cette adoration qui nous mène vers la connaissance de Dieu : « L’invocation [Dou’a] est l’adoration même. » (Abou Daoud – Tirmidhi). A ce propos, Dieu dit : Dis : « Mon Seigneur ne se souciera pas de vous sans vos invocations. » [S 25, v 77]

Ainsi, l’invocation est la chose la plus sublime par laquelle nous adorons notre Seigneur. Dieu est satisfait de nous lorsque nous Lui exprimons notre pauvreté et notre impuissance. Lorsque nous Lui demandons avec la conscience que nous ne sommes rien sans Lui, que nous n’avons en dehors de Lui personne d’autre à qui demander.

Aussi, Dieu est courroucé à l’égard de celui qui ne L’invoque pas car cela traduit un sentiment d’orgueil et d’autosuffisance vis-à-vis de Celui qui nous a donné l’existence : « Et votre Seigneur dit : « Invoquez-Moi, Je vous répondrai. Ceux qui, par orgueil, se refusent à M’adorer entreront bientôt dans l’enfer, humiliés. » [S40, v 60]. Le Prophète – Paix et bénédictions sur lui – dit : « Celui qui ne demande pas à Dieu, Dieu est courroucé à son égard. » (Tirmidhi)

L’essentiel pour nous est d’invoquer, de persister dans les demandes sans pour autant nous préoccuper de la réponse qui incombe à Dieu qui sait quand et comment répondre. Il sait tout et en particulier ce qui nous est bénéfique et ce qui nous est nuisible.

L'invocation de liaison (Dou'a ar-Râbitah)

Parmi les manières les plus nobles et les plus méritoires d’invoquer Dieu, c'est le fait d’invoquer en faveur de ses frères et sœurs dans la Foi. C’est une façon d’apprendre à s’effacer et à préférer ses frères et sœurs à soi-même lorsqu’on est dans le besoin, à l’image des Mouhajirines et des Ansars qui entouraient le Prophète – Paix et bénédictions sur lui.

Certains compagnons évoquaient dans leurs prosternations de la nuit jusqu’à soixante-dix de leurs frères en citant leurs noms. Cette manière d’invoquer qu’on appelle Dou’a Rabita (invocation qui relie les cœurs et les âmes) renforce les liens d’amour entre les croyants de toute époque, y compris l’élite parmi les élus de Dieu à savoir les prophètes et les saints depuis Adam jusqu’à la fin des temps. Elle renoue les liens de parenté au sein de cette grande famille spirituelle ici-bas et dans la vie dernière : « Les amis intimes [de ce bas-monde] seront ennemis les uns des autres ce jour-là à l’exception des pieux. » [S 43, v 67]

Cette manière d’invoquer trouve sa source dans la parole de Dieu : « Seigneur, pardonne-nous ainsi qu’à nos frères qui nous ont précédés dans la Foi» [S 59, v 10]. Ceux qui nous ont précédés dans la Foi concernent les générations antérieures, contemporaines mais aussi futures. Celles-ci nous ont précédés dans la Foi par le décret de Dieu : « En [l’enfer] seront écartés ceux pour qui le Bien, de Notre part, aura pris les devants. » [S 21, v 101]

En invoquant pour eux, c’est une façon d’exprimer à Dieu le souhait de vouloir être parmi ceux que Dieu a comblés de bienfaits comme nous l’exprimons dans la Fatiha et qui sont décrits dans la sourate Les Femmes: « En compagnie de ceux que Dieu a comblés de bienfaits parmi les prophètes, les véridiques, les martyrs et les vertueux. » [S 4, v 69]

Nous sommes indéfiniment redevables aux prophètes et plus particulièrement au Prophète Muhammad - Paix et bénédictions sur eux – à qui nous devons tout. Nous sommes également redevables aux générations de savants et de pieux qui nous ont transmis l’héritage des prophètes. Les mentionner dans nos invocations est une façon de leur exprimer notre gratitude. Le Prophète - Paix et bénédictions sur lui – dit : « Celui qui ne remercie pas les gens ne remercie pas Dieu. » (Bokhari). Il dit aussi : « Quiconque vous fait une faveur, récompensez-le. Si vous ne trouvez pas de quoi le faire, invoquez Dieu pour lui jusqu’à ce que vous estimiez l’avoir récompensé. » (Bokhari)

Cette invocation est une gratitude mais aussi une compagnie pieuse dans notre cheminement qui nous mène inéluctablement vers Dieu, lorsque nous mentionnons dans nos invocations les prophètes et les pieux, en ayant présent à l’esprit leurs œuvres, leur noblesse de caractère, leur persévérance, leur souci de Dieu, leur souci pour les gens...

Ceci fait naître en nous le sentiment d’appartenir à cette grande famille de pieux et suscite en nous le désir d’être comme eux et parmi eux.

Invoquer pour ses frères était une pratique de notre père Ibrahim - Paix et bénédictions sur lui – qui disait : « Seigneur, pardonne-moi, ainsi qu’à mes parents et aux croyants le jour où nous rendrons les comptes. » [S 14, v 41]

Quant au Prophète Muhammad - Paix et bénédictions sur lui –, Dieu lui enjoint de prier pour les croyants : « Et demande pardon pour toi ainsi que pour les croyants et les croyantes. » [S 47, v 19]

En méditant sur nos prières quotidiennes, on observe que cette invocation (Dou’a Rabita) y est présente notamment dans le Tachahoud lorsque nous disons : « Paix sur nous ainsi que sur les serviteurs pieux. »

Comment faire ?

L’invocation émane de notre for intérieur. Elle doit se faire avec la présence du cœur et la conscience de s’adresser à Dieu Le Créateur : « Invoquez votre Seigneur en toute humilité et recueillement et avec discrétion. » [S 7, v 55]

Cette invocation doit se faire de façon naturelle et ne doit en aucune circonstance se faire avec routine, de façon mécanique.

Comme toute invocation, il est recommandé de commencer par les louanges de Dieu. Dieu dit : « Assurément, si vous rendez grâce, Je vous donnerai encore plus. » [S 14, v 7]. A ce sujet, le Prophète – Paix et bénédictions sur lui - dit : « Toute œuvre importante qu’on ne commence pas en disant « Al hamdu li-Lah » [La louange est à Dieu] est une œuvre tronquée. » (Abou Daoud)

La plus belle manière de glorifier Dieu se trouve dans la Fatiha; la Fatiha , qui signifie l’ouverture, est une ouverture à toute porte de bien.

Après la Fatiha, on embellit son invocation par les demandes de bénédictions sur le Prophète – Paix et bénédictions sur lui. En effet, notre bien-aimé nous enseigne : « Lorsque l’un de vous prie, qu’il commence par la louange et la glorification de Dieu. Puis qu’il bénisse le Prophète – Paix et bénédictions sur lui – et qu’il invoque ensuite Dieu pour ce qu’il veut. » (Abou Daoud & Tirmidhi)

Après ces prérogatives, nous pouvons exprimer toutes nos demandes à Dieu Le Généreux en commençant par invoquer pour l’élite parmi les élus de Dieu à savoir les prophètes depuis notre père Adam jusqu’à notre bien-aimé Muhammad – Paix et bénédictions sur eux. Notre invocation doit embrasser tous les prophètes sans exception, parmi ceux que nous connaissons à travers le Coran et ceux que nous ne connaissons pas :

« Certes, Nous avons envoyé avant toi des Messagers. Il en est dont Nous t'avons raconté l'histoire ; et il en est dont Nous ne t'avons pas raconté l'histoire. » [S 40, v 78]

Sans oublier les femmes pieuses parmi lesquelles : Sarah et Hajar [épouses du prophète Ibrahim], Assia [épouse de Pharaon] et Marie mère de Jésus.

Ensuite nous invoquons pour les épouses du Prophète – Paix et bénédictions sur lui -, mères des croyants à propos desquelles Dieu dit : « Et celle d'entre vous qui est entièrement soumise à Dieu et à Son Messager et qui fait le bien, Nous lui accorderons deux fois sa récompense, et Nous avons préparé pour elle une généreuse attribution. » [S 33, v 31-32]. Nous invoquons également pour sa descendance au sein de laquelle on compte les plus grands hommes de cette communauté.

Ensuite nous invoquons pour les compagnons du Prophète – Paix et bénédictions sur lui – parmi lesquels les quatre khalifes ainsi que les générations qui ont succédé parmi les rapporteurs de hadith, les jurisconsultes, l’ensemble des savants et les maîtres spirituels qui ont tout sacrifié pour que nous parvienne le message de l’Islam.

La miséricorde de Dieu est vaste ; elle embrasse toute chose. Aussi, nous devons élargir les horizons de nos invocations pour qu’elles puissent embrasser tous les gens de mérite et l’ensemble de la communauté du Prophète – Paix et bénédictions sur lui. Le Prophète – Paix et bénédictions sur lui – est venu nous enseigner la miséricorde. Il dit de lui-même : « Je suis la miséricorde offerte [à l’ensemble des créatures]. » (al Hakim)

Un jour, notre mère Aïcha, épouse du Prophète – Paix et bénédictions sur lui –, demanda à son mari de prier pour elle. Il invoqua alors Dieu en ces termes : « Seigneur, pardonne à Aïcha ses péchés antérieurs et futurs, apparents et cachés. » A ces mots, elle fut comblée de joie qu’elle lui exprima. Il lui annonça alors cette bonne nouvelle : « Cette invocation, je la fais à chaque prière pour l’ensemble de ma communauté. » (Ibn Hibban – Al Bazzar)

Telle est l’invocation du Prophète – Paix et bénédictions sur lui – pour nous dans la vie d’ici-bas. Son invocation continue dans le monde intermédiaire qui nous sépare du Jour du Jugement [Al Barzakh] : nos œuvres lui sont présentées. Si elles sont bonnes, il loue Dieu et si elles sont mauvaises, il demande pardon pour nous auprès de son Seigneur. (Al Bazzar)

Le Prophète – Paix et bénédictions sur lui – nous enseigne comment élargir les horizons de nos invocations de sorte à embrasser l’ensemble des musulmans, qui attestent qu’il n’y a de divinité que Dieu et que Muhammad – Paix et bénédictions sur lui – est Son Messager, et demander pour eux le pardon divin.

Chaque musulman, qui atteste qu’il n’y a de divinité que Dieu et que Muhammad – Paix et bénédictions sur lui – est Son Messager, a donc un droit sur nous à commencer par nos proches parmi nos pères et mères, frères, sœurs, voisins, amis, etc.

Nous clôturons nos invocations en citant ce verset de la sourate Al-Hashr afin d’être parmi ceux dont Dieu fait l’éloge : « Et ceux qui sont venus après eux en disant : « Seigneur, pardonne-nous, ainsi qu'à nos frères qui nous ont précédés dans la foi ; et ne mets dans nos coeurs aucune rancoeur pour ceux qui ont cru. » [S 59, v 10]

Après cela, nous pouvons réciter des versets ou sourates du Coran avec l’intention d’en offrir les bienfaits et la récompense à nos parents et à ceux pour qui nous invoquons et qui ne sont plus de ce monde.

Une fois notre invocation terminée, prier sur le Prophète - Paix et bénédictions sur lui - fait partie des recommandations et des bienséances de l’invocation. L’invocation qui remonte vers Dieu Le Très Haut, accompagnée au début et à la fin de la prière sur le Prophète - Paix et bénédictions sur lui -, reçoit un accueil très favorable.

L’imam Qortobi nous rapporte du Prophète – Paix et bénédictions sur lui : « Celui qui veut avoir une large récompense, qu’il clôture ses assises par : « Gloire à ton Seigneur, Le Seigneur de la puissance. Il est au-dessus de ce qu'ils décrivent ! Et paix sur les Messagers, et louange à Dieu, Seigneur de l'univers ! » [S 37, v 180-182]

Pour conclure, réjouissons-nous d’une bonne nouvelle annoncée par le Prophète – Paix et bénédictions sur lui – en faveur de celui qui invoque pour ses frères et sœurs. Selon Abou Darda, le Prophète – Paix et bénédictions sur lui – a dit : « L’invocation du musulman pour son frère en son absence est exaucée. Un ange se place au dessus de sa tête et chaque fois que celui-ci invoque pour son frère, l’ange dit : « Amine, et pour toi de même. » (Muslim)

La dou’a rabita est donc une grande porte de bien. Cette porte est d’autant plus vaste que nos invocations sont larges et embrassent le maximum de gens.

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