Une histoire de patience face aux épreuves

La sourate « Joseph » (Youssouf) est la 12e sourate du coran. L’histoire de ce prophète (paix sur lui) est la seule que l’on trouve dans un récit complet, non coupé, dans une sourate qui lui est dédiée. Ce récit est considéré par la tradition comme l’un des plus beaux, voire le plus beau, du Coran.

De nombreuses leçons peuvent en être tirées. Nous allons nous concentrer sur les leçons à tirer principalement des versets 33 et 34, dont une traduction-interprétation en français serait : « ‘’Seigneur, dit Joseph, je préfère la prison au crime auquel me convient ces femmes ; et si Tu ne me préserves pas de leurs stratagèmes, je finirai par céder à mon penchant pour elles et sombrerai dans le paganisme’’.  Son Seigneur l’exauça et le préserva de leurs ruses, car Il est Celui qui entend tout et sait tout »

Dans cet article, nous rappellerons l’enseignement clé que l’on évoque en général quant à ces versets et nous proposerons également une interprétation plus élargie et contextualisée.

Rappels historiques

Le prophète Joseph a passé le début de son enfance auprès de sa famille et notamment de son père, le prophète Jacob (que la paix de Dieu soit sur eux). Par jalousie, les frères du prophète Joseph se débarrassèrent de lui en le jetant dans un puits alors qu’il n’était qu’un enfant. Celui-ci fut alors récupéré par des commerçants qui le vendirent comme esclave en Egypte.

Le prophète Joseph passa sa jeunesse chez son maître, l’intendant d’Egypte, qui le traita avec bienveillance, espérant l’adopter par la suite. Lorsqu’il grandit, il devint un jeune homme beau et intelligent, si bien que la femme de l’intendant s’éprit de lui et tenta de le contraindre à céder à ses avances. C’est à ce moment que le noble prophète fit l’invocation rapportée plus haut, afin d’être sorti de cette situation dans laquelle il sentit que sa droiture était en danger. Par la volonté de Dieu le Sage, il fut jeté en prison, bien qu’innocent.

Il passa plusieurs années en prison, pendant lesquelles il prêcha auprès de ses codétenus et interpréta leurs rêves. Le roi d’Egypte, hanté par des rêves dont il ne trouvait pas l’explication, finit par être informé de la capacité de Joseph en la matière puis le libéra après que la vérité a été faite sur son cas. Impressionné par ses qualités, il en fit l’intendant du royaume d’Egypte.

Grâce aux qualités que Dieu lui avait données, le prophète Joseph déjoua une importante famine qui s’abattait sur toute la région. Ses frères se rendirent en Egypte afin de se ravitailler. Après de multiples péripéties, il dévoila enfin son identité à ses frères, puis fit venir sa famille en Egypte.

Rôle des différentes étapes de la vie du prophète Joseph

L’histoire du prophète Joseph se découpe en cinq grandes étapes : l’enfance auprès de son père, la vie d’esclave, la prison, l’intendance et la vie avec les siens de nouveau. Ces étapes sont articulées autour de quatre grandes épreuves qui ont permis la transition d’une étape à la suivante : le puits, les avances de la femme de son maître, la médiation avec le roi, et la venue de ses frères.

Dans cet article, nous allons nous concentrer sur la période qui va de son enfance auprès de son père à sa nomination en tant qu’intendant d’Egypte, et en particulier sur sa condition d’esclave, puis de prisonnier. Nous nous attacherons à définir le rôle de ces différentes phases dans l’éducation de ce prophète et sur la manière dont cela a considérablement impacté ses possibilités en matière d’appel à Dieu.

Enfance auprès de son père

Dieu enseigne à Son prophète les bases de la spiritualité de ses ancêtres, par l’intermédiaire du prophète Jacob, son père.

Epreuve du puits

Cette épreuve enseigne à Joseph de s’en remettre entièrement à Dieu.

La vie d’esclave

Bien qu’esclave, le prophète est bien traité durant cette période. Elle permet au prophète d’en apprendre plus sur la société égyptienne et d’acquérir des compétences techniques (ex : comptabilité, intendance). Ces atouts seront très utiles plus tard pour exercer en tant que gouverneur et asseoir sa légitimité, dans l’objectif de l’appel à Dieu. Notons que durant cette période, Dieu continue d’enseigner à Joseph la sagesse propre aux prophètes.

Epreuve des avances

Cette épreuve pousse le prophète Joseph à mettre en application ce qu’il a appris dans le puits en s’en remettant à Dieu, en préférant la prison à la liberté dans l’adultère et l’immoralité.

Années de prison

Cette période permet à Joseph de s’adonner aux adorations et de prêcher aux prisonniers de manière directe. Il met ainsi en application les qualités que Dieu lui a données à une échelle réduite. Elle l’oblige également à côtoyer les degrés les plus « bas » de la société. Cette expérience lui a sans nul doute permis d’être proche des plus « misérables » et de bien comprendre leur condition et leurs besoins.

Libération et nomination en tant qu’intendant

Cet événement constitue une grande ouverture sans précédent parmi les prophètes cités dans le Coran, qui permet à Joseph de faire l’appel à Dieu pour un pays tout entier, toutes classes sociales confondues et d’être au service d’un maximum de personnes, sans crainte d’être persécuté.

Les leçons que l’on peut en tirer

Au-delà de leur contexte bien précis dans la vie de Joseph, les verset 33 et 34 de la sourate ont une portée bien plus large. Cette portée s’étend évidemment à la vie tout entière du prophète Joseph, puisque les épreuves du puits et des avances ont été le déclencheur de son accession au poste d’intendant qui lui permit de réaliser de grandes choses.

Comme ce prophète l’avait bien compris, c’est Dieu qui lui imposa ces épreuves, alors qu’Il aurait pu lui donner une vie de prophète similaire à celle de son père. Il aurait pu prendre sa suite et faire un appel dans le cadre d’une vie simple, en tant que maître spirituel au milieu des agriculteurs de Palestine. Mais Dieu, à travers ces épreuves successives, lui a permis de faire un appel beaucoup plus impactant puisque celui-ci concerna un pays entier, qui plus est un pays économiquement puissant.

En un sens, on peut dire que Dieu a fortement limité les possibilités de Joseph en termes d’appel puisqu’il était privé de sa liberté, d’abord en tant qu’esclave, puis en tant que prisonnier. Mais ces étapes étaient autant d’occasions d’apprentissages qui avaient pour but de le préparer à une mission d’une portée sans précédent dans sa famille.

Dans notre contexte, cela nous rappelle aussi que l’appel à Dieu peut prendre de multiples formes. En un sens, on peut dire qu’il y a autant de façons de faire l’appel à Dieu que de croyants. Cela va de l’entretien de la mosquée du quartier à l’administration d’un pays entier, en passant par les savants, les techniciens, les services d’aumônerie, en bref toutes les composantes de la société qui sont nécessaires pour qu’un travail global avance.

Une autre leçon que l’on peut en tirer est que dans notre vie, il convient de penser sur le long terme et de ne pas négliger le temps dépensé dans l’apprentissage et la préparation.  Il me semble opportun d’émettre une mise en garde : évitons de tomber dans le piège du « productivisme participatif ». Bien entendu, il ne faut pas négliger l’importance des actes spirituels, mais je veux ici surtout parler de l’importance de tout ce qui permet au travail participatif de se faire dans de bonnes conditions et d’être le plus impactant et durable possible. J’ai évoqué plus haut l’importance de l’apprentissage, mais il ne faut pas oublier celle de la maintenance des liens fraternels, à travers des visites, un suivi de proximité, des stations spécifiques permettant aux membres d’une organisation de s’exprimer sur leurs frustrations, de faire en sorte que vraiment tout le monde sente qu’il a sa place dans les instances autour desquelles s’organise un travail d’appel.

Conclusion

L’histoire du prophète Joseph comporte de nombreux enseignements. Nous avons tenté d’en tirer quelques-uns : tout d’abord s’en remettre entièrement à Dieu en toutes circonstances, puis considérer les multiples façons complémentaires de faire l’appel à Dieu en donnant toute leur importance aux étapes de préparation, sans tomber dans le piège du « productivisme participatif ».

Donnons toute leur importance aux phases d’étude, de préparation, à la préservation des liens sociaux, d’éducation, car celles-ci ouvrent la voie à un appel à Dieu qui s’inscrit sur la durée et dont l’impact est d’un ordre de grandeur supérieur à celui que l’on aurait si on négligeait l’investissement dans ces moyens.

Remercions Dieu pour les qualités qu’Il nous a données en les mettant à Son service de la façon la plus intelligente qui soit.

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