Agir, avec quelle vision ?

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Dans une première partie[1], nous avons traité le besoin d’être conscient de Dieu pour une vie sereine. Le message de l’Islam pour mieux le positionner par rapport aux autres prétendants au bien-être et au savoir-vivre a été présenté d’une manière succincte en deuxième partie[2].

L’ensemble des points abordés, nos références et repères, devraient servir comme un instrument de mesure pour jauger le comportement d’un musulman, et permettre de mieux situer nos démarches dans la vie quotidienne. En effet, beaucoup de gens situent souvent nos faits et gestes du côté de la contestation, revendication ou tout simplement politique. Les musulmans sont mal compris, d’où la méfiance.

Nos actions sont animées par la foi. Elles trouvent leur racine dans cette Parole de Dieu « Je n’ai crée les hommes et les djinns que pour M’adorer »[3]. Afin de ne pas être préoccupé par autres-que-Dieu, quatre décisions nous concernant nous ont été inscrites avant même notre naissance, à savoir : « Ce qui nous est imparti comme biens et nourriture, délai de vie, actes et condition heureuse ou malheureuse »[4]. Ainsi, rien ne doit nous distraire de l’adoration de Dieu. Notre souci est être au service de Dieu et au service de Ses créatures.

Voici le sens de notre engagement, exprimé en ces termes par le professeur Abdessalam Yassine : « Savoir que je suis une créature de Dieu, est le point de départ et la force d’ancrage de ma foi en un devenir après la mort, c’est aussi la source d’inspiration pour que mon passage ici bas et mon action dans le monde ne soient pas un tâtonnement aveugle »[5]. Il l’a reprécisé en d’autres termes au cours d’un entretien avec François Burgat : « Je n’avais pas d’ambition personnelle : j’avais cette ambition qui transgresse, qui transcende la mort, la vie et la mort : je voulais plaire à Dieu »[6] C’est l’un des sens à donner au verset « A ceux et celles qui ont la foi, Dieu a promis des jardins sous lesquels coulent les rivières, pour qu’ils y séjournent éternellement, et des demeures excellentes aux jardins d’Eden. Et la satisfaction de Dieu est plus grande encore, et c’est là l’énorme succès »[7].

Nous adorons donc Dieu pour Dieu et non pas pour ce que Dieu possède, afin de faire partie de ceux et celles concernés par cette Parole divine « Dieu est satisfait d’eux et ils sont satisfaits de Lui. Voilà l’énorme succès »[8] (

Tous les actes ne se valent pas. Ceci dépend de plusieurs facteurs. Nous nous limiterons à la présentation de quelques facteurs amplificateurs des œuvres. Ces facteurs sont l’intention, la bonne compagnie et le groupe. Ces thèmes ont été abordés à travers plusieurs articles sur ce site en tant que pré-requis du cheminement vers Dieu.

Intention

L’intention est le fondement même de toute action en Islam. Le Prophète Mohamed, paix et salut sur lui, a dit dans un hadith rapporté par ‘Umar ibn al-Khattâb : « Certes, les œuvres ne valent que par leurs intentions, et chaque homme n’obtient que ce qui est conforme à son intention »[9]. Si nous accomplissons l’acte après avoir eu l’intention de le faire, « Dieu inscrira cette bonne action de dix à sept cents fois sa valeur, et même plus encore »[10].

Ce qu’il nous incombe est de fournir l’effort, nous ne nous préoccupons pas du résultat car « qui a recherché le martyr avec la sincérité sera classé par Dieu parmi les martyrs même s’il est mort sur son lit »[11]  C’est l’un des sens de « l’homme n’obtient que [le fruit] de ses efforts (ou de ce qu’il lutte pour) »[12] L’intention est donc un facteur multiplicateur à surveiller avant, pendant et après l’accomplissement de l’œuvre afin de maintenir la pureté de l’intention.

La bonne compagnie

Le terme coranique as-sohba souvent rendu en langue française comme « le compagnonnage ou la bonne compagnie » est le facteur multiplicateur des œuvres qui suscite le plus de débat au sein de la communauté musulmane. Vu de nombreuses preuves du Coran et de la tradition prophétique, il ne devrait pas y avoir de bonnes objections valables. En effet, sans limiter la miséricorde de Dieu, c’est l’approche naturelle pour cheminer vers Dieu.

Dieu nous enseigne que c’est en fréquentant les véridiques que nous aurons l’espoir d’en faire partie à travers cet appel « Ô vous qui avez la foi ! Craignez Dieu et soyez avec les véridiques »[13]. La bonne compagnie est la voie idéale pour accomplir cet enseignement prophétique. Dès le jeune âge les parents et les proches orientent l’enfant spirituellement par l’amour et l’exemple. Puis, Dieu, à travers les paroles de Louqmâne le sage nous recommande de suivre le chemin de celui/ceux qui se retournent vers Lui. « Et suis le sentier de celui qui se tourne vers Moi. Vers Moi ».[14]. Avoir un guide qui nous accompagne et nous sert d’exemple est une condition sine qua none pour accomplir notre voyage vers Dieu.

Reste la question du choix. Ne se proclame pas guide qui veut, et surtout avoir en tête ce que nous pouvons considérer comme le principe de l’inégalité naturelle exprimé à travers la Parole divine «Ton Seigneur crée ce qu’Il veut et Il choisit »[15]. C’est conformément à ce principe que « Dieu suscitera pour cette communauté à la fin de chaque siècle celui qui rénovera le dine (la religion)»[16]. Placer la barre très haute et rechercher le(s) rénovateur(s) de notre génération pour cheminer avec lui/eux devraient être notre intention suprême. Au cours de cette recherche, nous ne devons rien négliger, toute rencontre est importante. Tout signe mérite notre attention.

L’amour en Dieu est le ciment entre l’aspirant et le guide sans oublier les autres membres qui cheminent avec lui. Le fruit de cet amour est explicitement exprimé par le hadith rapporté par Anas et recueilli par Al-Bukhâri : «Tu seras avec ceux que tu aimes ». Anas (qu’il soit agréé) ajouta « Nous n’avons jamais été aussi heureux, qu’en entendant ces paroles de l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction sur lui). Moi, poursuit Anas, j’aime le Prophète ainsi qu’Abû Bakr et ‘Umar Bin Al-Khattab et j’espère être avec eux pour l’affection que je leur porte, même si je n’ai pas réalisé ce qu’ils ont accompli (de bonnes œuvres) ». Ô mon Dieu, je Te demande Ton amour et l’amour de celui dont l’amour me serait profitable auprès de Toi, amine.

Le groupe

Le « nous » est privilégié par rapport au « je » en Islam. L’illustration éclatante de ceci est le contenu de la première sourate, tout est au pluriel. En effet, la démarche solitaire est très fortement déconseillée à travers de nombreux versets coraniques et les hadiths. Le dicton « l’union fait la force » retrouve toutes ses significations en Islam.

Parmi les bienfaits du groupe est le fait de bénéficier et de capitaliser sur les efforts de mes frères et sœurs. C’est l’une des leçons à tirer de « Nous avons laissé derrière nous des hommes à Médine. Or nous n’avons pas emprunté un chemin, ni traversé une vallée sans qu’ils n’aient été avec nous. Ils ont été retenus [là-bas] pour des motifs valables »[17]. Ainsi, même si je ne peux pas participer à une action, j’en profiterai tout de même ; à condition bien sûr d’avoir une raison valable (sans que je cherche des excuses de confort).

Dans un hadith rapporté par Abû Sa’id al-Khudrî et recueilli par al-Bukhâri, un compagnon a guéri un chef de tribu en récitant le premier chapitre du Coran. A travers ce geste une tribu hostile auparavant est devenue hospitalier à tout le groupe. Analysant ce récit, Muhammad Al-Ghazali[18] (que Dieu lui fasse miséricorde) précisait que ceci n’est pas donné à tout le monde et conclu que « toute personne sachant réciter une formule n’est pas forcément un guérisseur et toute incantation n’est pas un remède. Pourtant il y a des serviteurs de Dieu qui quand ils émettent un vœu, il se réalise, et quand ils invoquent Dieu, Sa miséricorde descend ». Aussi ma présence dans un groupe me permet d’augmenter la probabilité d’être en compagnie des frères et sœurs qui aiment Dieu et que Dieu aime, car nous savons tous qu’il faut mieux fréquenter un vendeur de musc qu’un forgeron. Je bénéficierai alors de leur invocation en ma faveur.

Conclusion générale

La question du sens de la vie ne date pas d’aujourd’hui. Des philosophes, des scientifiques, sans oublier les religieux, ont essayé d’apporter des réponses. Selon la capacité de chacun et les données en sa possession, des réponses plus ou moins surprenantes voire ridicules ont été alors avancées.

C’est pour compléter notre connaissance concernant l’existence que les prophètes ont été envoyés. Par l’intermédiaire du dernier des prophètes, Mohammad (que la paix, la bénédiction et le salut soient sur lui), Dieu nous donne une réponse claire et nette, « Il ne leur a été commandé, cependant, que d’adorer Dieu, Lui vouant un culte exclusif »; sourate « la preuve », qui donne la preuve et la raison de l’existence de l’Homme. Pour ceux et celles que la révélation, le livre révélé ne suffit pas, Dieu les incite à méditer sur la création et la nature, le livre déployé. Beaucoup de connaisseurs de la nature (biologistes, chimistes, anthropologues, astrophysiciens, cosmologistes, etc.) sont émerveillés en observant ce livre déployé. Malheureusement, ils concluent souvent que c’est le fruit du hasard. L’Homme ne connaîtra jamais le bonheur sans reconnaître le vrai but de son existence. C’est le début de la sérénité, de la plénitude.

« Je ne veux que la réforme, autant que je le puis. Et ma réussite ne dépend que de Dieu. En Lui je place ma confiance, et c’est vers Lui que je reviens repentant »[19]


[1] Voir l’article « Donner un sens à sa vie » : http://www.psm-enligne.org/index.php/2012-01-23-12-01-59/articles/1746-donner-un-sens-a-sa-vie-12

[2] Voir l’article « Ceci est notre voie » : http://www.psm-enligne.org/index.php/2012-01-23-12-01-59/articles/1802-ceci-est-notre-voie-les-fondements-de-la-foi-12

[3] Coran : Sûrat Adh-Dhâriyât (Qui éparpillent) n° 51, verset 56

[4] Hadith rapporté par Abdullah ibn Mas’ûd recueilli par al-Bukhâri et Muslim

[5] « Islamiser la modernité » de A.Yassine. Al Ofok impressions – 1998. Page 169

[6] Entretien avec François Burgat, directeur de recherche au CNRS. Rabat, octobre 1987.

[7] Coran : Sûrat At-Tawbah (Le repentir) n° 9, verset 72

[8] Coran : Sûrat Al-Ma’idah (La table servie) n°59, verset 119).

[9] Hadith recueilli par al-Bukhâri et Muslim

[10] Hadith rapporté par Abdullâh ibn ‘Abbâs, recueilli par al-Bukhâri et Muslim

[11] Hadith rapporté par Sahl ibn Abu Umama ibn Sahl ibn Hunaif, recueilli par Muslim

[12] Coran : Sûrat An-Najm (L’étoile) n° 53, verset 39).

[13] Coran : (Sûrat At-Tawbah (Le repentir) n° 9, verset 119)

[14] Coran : (Sûrat Lûqman n° 31, verset 15)

[15] Coran : Sûrat Al-Qasas (Les récits) n° 28, verset 68

[16] Hadith rapporté par Abu Hurayrah, recueilli par Abû Dawûd

[17] Hadith rapporté par Anas, recueilli par al-Bukhâri

[18] Muhammad Al-Ghazali (1917-1996). Prédicateur et enseignant. Auteur de plusieurs ouvrages.

« Remembrance and Prayer: The way of the Prophet Muhammad (PBSL) ». Traduit de l’arabe par Yusuf Talal De Lorenzo. The Islamic Foundation, Leicester – 1986. Page 115.

[19] Coran : Sûrat Hûd n°11, verset 88.

 

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