Et nous saurons quel humain nous avons été…

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Chaque jour nous apporte de terribles nouvelles en provenance des frontières maritimes de notre Europe devenue forteresse. Encore et encore, les mêmes images de corps échoués, de bras impuissants à contenir tant de désolation. Dans le Coran toutes celles et tous ceux qui se retrouvent loin de chez eux sont désignés du terme de « fils du chemin ». Ils font partie de ceux à qui l’aumône légale doit être destinée. Cette solidarité islamique trouve sa source dans l’empathie que le Prophète (SAWS) a toujours conseillée à ses compagnons. Il disait en effet : « Aime pour les gens ce que tu aimes pour toi-même et tu seras croyant ». Ce qui se déroule à nos portes est un appel…

Si loin, si proches…

Il y a cent ans, la guerre jetait sur nos routes et sur celles de France, des Pays-Bas et, par-delà la manche, sur celles d’Angleterre, un million et demie de civils belges, fuyant les bombardements, les exécutions sommaires, les pillages, les brutalités sans limite. Vingt-cinq années plus tard, la même terrible tragédie de l’exil et de la peur s’abattait encore une fois sur les routes d’Europe. Qui n’a pas aujourd’hui, dans son entourage familial, ou dans ses amis, quelqu’un dont la grand-mère ou le grand-père, la mère ou le père, ou tout autre membre de sa famille, a connu ces routes de larmes et de sang ? Fuir ! Sans la promesse du retour, sans la perspective d’un asile, avec pour seul bagage son humanité mise à nue, mise à mal, fragile et douloureuse. A ceux qui fuient la mort et la désolation, la misère et l’humiliation, que restent-ils d’autre, en effet, sinon cette humanité qui nous constitue tous ?

Certes nous avons besoin, face à ce que les médias appellent aujourd’hui, la crise des migrants, de solutions pratiques, techniques. Certes aux inquiétudes compréhensibles nous devons apporter des réponses réalistes, pragmatiques, concrètes. Mais si ces réponses, ces solutions ne sont pas éclairées, guidées par une vision éthique, par ce faisceau des valeurs universelles que sont la Paix, la Justice, l’Amour, la Solidarité, alors ces mesures montreront très vite leurs limites. Elles ne seront jamais, aux yeux de celui que la peur ou l’individualisme habitent, assez satisfaisantes, assez efficaces, assez rassurantes. Si la réponse à la crise des migrants trouve sa formulation dans la peur de certains de nos concitoyens ou dans des objectifs électoraux, cette femme, cet homme, ces enfants qui viennent chercher refuge chez nous seront vite réduits à n’être qu’une catégorie de plus de la misère, des données abstraites, des chiffres sans âmes jetés dans la froideur des statistiques, des objets de marchandage politique.

Un appel lancinant à la revivification humaine

Ce à quoi nous invitent les réfugiés aujourd’hui, qui ne représentent, rappelons-le, qu’un infime pourcentage de la population européenne (à titre indicatif : 625.000 demandeurs d’asile sont arrivés en 2014 en Europe, soit 0,1 % de la population de l’UE)… Ce à quoi, donc, nous invitent aujourd’hui les réfugiés,c’est à un sursaut moral. Notre modernité, notre Europe a, certes, atteint de hauts niveaux de compétences scientifiques, technologiques (en spoliant une grande partie du monde, il ne faut pas minimiser cet aspect dans la tragédie actuelle des réfugiés…), mais n’a-t-on pas perdu, sur ce chemin du progrès, en compassion, en générosité, en empathie ?

Les drames qui frappent aujourd’hui à nos portes n’adviennent pas par hasard, et ils seront amenés à se rejouer sans fin, dans toujours plus de chaos, de peur et de misère, si nous ne nous engageons pas dans la voie d’une mutation éthique, profonde, sincère, afin de revivifier en nous, individuellement et collectivement, ces valeurs universelles qui, aujourd’hui, n’ont jamais été aussi proches de la rhétorique creuse et sans vie.

L’empathie, la compassion doivent guider notre action.

Certes c’est une voie difficile, car elle contrecarre nos habitudes, nos instincts égocentriques mais c’est la seule voie qui nous permet d’accomplir en nous notre humanité. Dieu dit dans le Coran, au sujet de ce choix éthique : « Et qui te dira ce qu’est la voie difficile ? C’est délier un joug [affranchir un esclave], ou nourrir, en un jour de famine, un orphelin proche parent ou un pauvre dans le dénuement. Et c’est être, en outre, de ceux qui croient et s’enjoignent mutuellement la persévérance, et s’enjoignent mutuellement la miséricorde ».

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