Le rôle de la mosquée dans l’accueil des nouveaux musulmans

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L’absence d’objectivité des médias occidentaux à l’égard de l’Islam semble dresser des obstacles insurmontables entre les mondes musulmans et non-musulmans. Or pour un observateur impartial, il apparaît clairement que tous ces obstacles n’empêchent pas des hommes et des femmes, d’origines culturelles, religieuses, sociales différentes de faire, à un moment de leur vie, le choix de l’Islam.

Quel est le rôle de la mosquée dans l’accueil de ces nouveaux musulmans ? Il est crucial de se poser cette question, car la mosquée est, dans beaucoup de conversions, le premier contact que le nouveau musulman a avec la communauté des musulmans.

La mosquée comme visage de la communauté

L’Islam, on le sait, est indissociable de la notion de groupe, de communauté. Si le premier contact avec cet aspect du cheminement spirituel islamique est un échec, le nouveau musulman se voit automatiquement amputé de ce qui fait la saveur de l’Islam : la fraternité. Combien de nouveaux musulmans,  enthousiastes, heureux de leur premiers pas en Islam, s’en retournent, refroidis, dubitatifs, attristés, de l’accueil qu’ils ont eu dans les mosquées, ou qu’ils ont reçu au sein de la communauté. Ils finissent par s’isoler, vont chercher la « science » sur internet, cherchent à se retrouver entre eux, reconstituant une division de plus au sein de la communauté (les marocains, les turcs, les africains, les convertis…). L’Islam est une religion du groupe, il faut le rappeler sans cesse, et la mosquée est le lieu par excellence où vivre cette dimension sociale de l’Islam. La mosquée est le cœur spatial de la communauté. C’est la raison pour laquelle le Prophète, paix et salut sur lui,  a à ce point insisté sur l’importance de la prière, en congrégation, à la mosquée. On voit donc l’importance que la mosquée revête dans l’accueil des nouveaux musulmans.

Les fonctions de la mosquée

Pour mieux encore en prendre conscience, nous nous proposons de faire un rappel sur les fonctions que la mosquée remplit traditionnellement. Après cela, nous nous mettrons à la place d’un nouveau musulman, et nous identifierons les difficultés qu’il rencontre. Ceci nous permettra de suggérer quelques solutions simples à mettre en place afin de faire de la mosquée un lieu d’accueil, chaleureux et fraternel.

On sait que la mosquée est avant tout le lieu du rappel de Dieu, le lieu de la prière. Mais la mosquée est aussi un lieu privilégié pour l’acquisition de la connaissance.Les mosquées constituent, en effet, le premier lieu d’enseignement depuis le début de l’Islam jusqu’à nos jours. Les musulmans avaient fait de leurs mosquées des institutions publiques dans l’enceinte desquelles la gestion de la vie quotidienne était discutée ainsi que l’organisation de leur société, le développement de son niveau de vie et la sauvegarde de son entité.

A travers l’histoire, les mosquées ont servi :

–  de fort et de citadelle où l’on pouvait se réfugier en cas de besoin.

–  de pharmacie et de dispensaire.

–  des organes d’information. Les décrets, les communiqués et les décisions du gouvernement étaient lus publiquement dans les grandes mosquées du pays.

–  des centres d’étude. Dans certains pays musulmans, les grandes mosquées ont joué un rôle important dans le développement des sciences et la modernisation des sociétés.

La mosquée n’était donc pas uniquement un lieu destiné à la prière ; elle remplissait de nombreuses autres fonctions : université, hôpital, espace de débat…. C’était également un lieu où l’on accueillait les voyageurs et les nécessiteux qui trouvaient la nourriture et l’hébergement dans un climat de parfaite fraternité

Abdullah ibn Amr ibn al-Âs, un jeune compagnon du Prophète, nous rapporte qu’un jour le Prophète, paix et salut sur lui, entra dans la mosquée et s’aperçut qu’il y avait deux catégories de personnes présentes : ceux qui priaient et ceux qui s’occupaient des études. Il remarqua : « Les deux font le bien ; seulement il y en a qui demandent quelque chose à Dieu, et il dépend entièrement de Lui de leur accorder leurs désirs ; tandis que les autres apprennent et chassent l’ignorance ; moi-même, j’ai été envoyé par Dieu comme un instituteur ». Disant cela, il prit une place dans le groupe qui s’occupait de l’enseignement. Par-là, le Prophète, paix et salut sur lui, voulait montrer qu’il fallait encourager la science, propager l’instruction, exalter le mérite des éducateur ou des éducatrices.

A Médine, le Prophète, paix et salut sur lui, aménagea une mosquée contiguë à sa maison pour y diriger les affaires de la communauté, et y prodiguer l’enseignement. Dans cette mosquée, il y avait trois parties distinctes : une grande salle pour les prières, une partie appelée (suffah) pour l’école, et quelques petites chambres pour la famille du Prophète. La (suffah) a été la première institution islamique. Elle occupait une place importante dans l’organisation et la diffusion de l’éducation musulmane. Le Prophète, paix et salut sur lui, s’adjoignait d’autres instituteurs pour enseigner aux débutants l’art de l’écriture, pour leur apprendre le Coran. C’est dans cette institution que s’est déroulée la première expérience fondatrice de l’éducation musulmane.

On voit donc, par ce retour dans l’histoire, que le rôle de la mosquée est beaucoup plus vaste que celui qu’on lui attribue généralement. En réalité, la mosquée est un lieu de rayonnement, le point central de la communauté. Nous sommes loin aujourd’hui de cette réalité, mais nous devons avoir à l’esprit que c’est cela le rôle complet de la mosquée, sans cela, nous ne pouvons comprendre le grand rôle qu’elle a à jouer dans l’accueil des nouveaux musulmans.

Rendre la mosquée attractive…

Le contexte actuel est caractérisé par une hypertrophie des apparences, fondée sur la séduction. L’Islam affirme d’autres valeurs mais il est difficile aujourd’hui de rentrer en concurrence avec les médias, la mode, le culte des apparences, mais aussi la professionnalisation des services offerts à la collectivité par l’Etat… La mosquée, aujourd’hui, en Europe, doit repenser sa manière de communiquer ainsi que le contenu de ses activités. Ceci est vrai pour tous les fidèles d’une communauté locale, et cela l’est encore plus pour les convertis. De nombreux projets peuvent être initiés au sein des mosquées pour répondre aux défis de la modernité et devenir à la fois un point de convergence ouvert à l’autre et un foyer de rayonnement : espace internet, salle de fitness, espace d’entraide sociale, bonnes pratiques en termes de développement durable, encadrement des demandeurs d’emploi précarisés par le problème de la langue ou de la méconnaissance des rouages administratif, etc.

L’accueil du nouveau musulman

Aujourd’hui le nouveau musulman, la nouvelle musulmane, lorsqu’il (ou elle) pousse la porte pour la première fois d’une mosquée découvre quoi ? Tout pour lui (ou elle) y est étrange,  intimidant : enlever ses chaussures, s’asseoir par terre, regarder dans une direction commune, l’arabe qu’il (ou elle) ne connait pas, les regards de certains fidèles à la mine sévère, le fait de devoir répondre à des salutations sans connaître les usages, l’empressement bien-intentionné du fidèle trop zélé qui veut tout changer dans la vie du nouveau musulman (de la nouvelle musulmane) : le prénom, l’habillement, le voile, la barbe, les fréquentations… Le nouveau musulman, la nouvelle musulmane, va être confronté à différents profils de musulman : l’indifférent, le zélé prohibitionniste, l’ancien dubitatif, le super compatissant, le responsable surchargé… Impressionné par ce nouveau monde dans lequel il (elle) rentre, il (elle) ne va repousser personne, essayer d’écouter tout le monde, craignant de blesser quelqu’un, de commettre une faute (qui pourrait être un pêché…), ânonner des invocations dont il (elle) ne comprend ni le sens, ni les mots ; il (elle) va accueillir maladroitement toutes ces sollicitations, réprimer (pas toujours très longtemps) les mauvaises impressions, les incompréhensions, faire bonne figure… Comme un enfant qui rentre dans une nouvelle école, une nouvelle classe… On ne dira jamais assez combien le premier contact est absolument déterminant. Quelque soit les causes par lesquelles, un homme ou une femme non-musulmans pousse la porte d’une mosquée, il est capital de mettre sur pied un cadre organisé où l’accueillir ; un cours d’initiation à l’islam, par exemple.

En effet, mieux vaut faire attendre un peu la personne en lui proposant de venir au cours d’initiation plutôt que de vouloir répondre directement à ces questions. Ce cours, donné par différents professeurs, construit, de préférence, à partir des trois niveaux de l’Islam : islam, imâm et ihssane, doit, idéalement, mettre l’accent sur la dimension fraternelle de l’islam. Et c’est là une dimension qui doit être saisie pleinement. Il ne faut pas perdre de vue, en effet, que le nouveau musulman, ou la nouvelle musulmane, en faisant ce choix de l’Islam, s’est, qu’il le veuille ou non, coupé symboliquement de son milieu d’origine. Certes, cette coupure doit être relativisée. Il est ici extrêmement important d’insister, auprès du nouveau musulman, ou de la nouvelle musulmane, sur l’obligation du maintient des liens de parenté, du respect envers les parents ; il (elle) doit comprendre que l’islam n’est pas une rupture. Néanmoins, ce dernier, cette dernière, va se retrouver soudainement très seul(e) dans son milieu d’origine et, paradoxalement, dans son nouveau milieu aussi (cela est manifeste, notamment, lors des fêtes religieuses). Afin de réduire l’écart éventuel entre le nouveau musulman, la nouvelle musulmane, et sa famille, il est possible d’organiser un repas pour les parents de ces derniers. Cette rencontre peut se faire dans une maison, ou à la mosquée. Des expériences concluantes de ce type ont déjà été menées. Il suffit que quelques convertis se connaissant mutuellement invitent leurs parents à un repas avec la seule intention du rapprochement. Il faut bien sûr éviter tout prosélytisme. Les parents de convertis ont surtout besoin d’être rassurés, de connaître les nouveaux amis de leurs enfants, de ne pas se sentir, eux-mêmes, seuls dans cette expérience (puisqu’ils vont rencontrer d’autres parents qui vivent la même chose). Un repas est l’occasion idéale ; nul besoin de grand discours…

Il est donc important pour tous ceux et toutes celles qui accompagnent de nouveaux musulmans, ou de nouvelles musulmanes, de ne pas se contenter de l’accueil à la mosquée : inviter la personne à la maison (lors des fêtes religieuses), aller manger dans un snack, l’inviter à une activité de loisir… Toutes ces actions prouvent que la fraternité n’est pas un vain mot et permet de mettre la personne en lien avec sa communauté (plutôt qu’en lien avec internet…). C’est toute la question du suivi, de l’accompagnement qui se pose ici. Il est important d’intégrer au plus vite, une fois les fondements connus, le nouveau musulman, ou la nouvelle musulmane, dans des activités à caractère spirituel (des assises, des veillées, des ruptures de jeunes, la prière du vendredi…). Là, il rencontrera ses frères, ses sœurs. C’est dans le cadre de ces rencontres qu’un accompagnement plus personnalisé peut s’effectuer. C’est, en effet, dans ces moments bénis que la fraternité se renforce et se déploie, garantie de base d’un commencement en Islam serein et stable.

Quant à l’accompagnement, une autre donnée d’importance doit, enfin, être prise en compte : il s’agit de l’environnement du nouveau musulman, ou de la nouvelle musulmane. Nous entendons par environnement : son histoire personnelle, sa culture d’origine, son niveau d’éducation, sa classe sociale. Le Prophète, paix et salut sur lui, avait coutume de s’adapter à son interlocuteur. Cette tradition prophétique, qui est une clef pour l’ouverture à l’autre, est ici essentielle. Combien de malentendus, d’incompréhensions mutuelles ne trouvent pas leur source dans une perception inadéquate de l’autre… ?

Voilà quelques pistes pour optimaliser l’accueil des nouveaux musulmans afin qu’ils découvrent le foyer aimant de la communauté musulmane, cadre propice à l’approfondissement de l’amour du Prophète (SAWS), l’apprentissage et la méditation du Coran, et garantie d’un cheminement vers Dieu protégé des embûches de ce monde et de l’égo.

3 Commentaires

  1. Barak Allahou fiq pour cet article ! L’accompagnement des nouveaux venus à l’Islam ne s’improvise pas et nous pensons, en tant qu’association spécialisée, que les mosquées devraient disposer de personnes qui seraient formées tout spécialement. Il est souhaitable dans un premier temps que cet accompagnement soit effectué par ceux qui les ont précédés sur ce chemin et qui ont vécu les étapes du cheminement, avec ses écueils.
    Nous apportons également notre expérience aux mosquées et aux associations qui nous sollicitent, en les faisant bénéficier de notre propre savoir faire. L’accompagnement demande Savoir, patience, écoute, discrétion, disponibilité… et amour fraternel bien entendu.

  2. Merci pour se partage, que Dieu vous en Bénisse et vous en Récompense. Pour revenir sur la solitude du « nouveau venu » voire de « l’ancien nouveau venu », je pense qu’il faut mettre en évidence plusieurs facteurs. Concernant l’entourage d’où celui-ci provient, la « peur » voire la « terreur » que peut inspirer une telle démarche (l’adhésion à l’Islam) sont à mon sens les plus déterminants. Pour l’expliquer, on a coutume de pointer régulièrement et macroscopiquement la faute de « l’appareil médiatique » ou encore la méconnaissance d’autrui concernant cette religion. Pour moi ce ne sont que des symptômes. Certains « médias » jouent certes un rôle malsain en relayant des peurs sans toujours prendre le temps de les expliquer etc.. Mais est ce vraiment leur rôle ? Certaines lignes editoriales sont plus que douteuses et surfent sur ce sentiment (bah oui, ça capte l’audimat, ça hypnotise et donc l’espace publicitaire se vend bien) mais pour autant considère t-on et réduit on réellement l’autre à n’être qu’un « homo-mediaticus »? Pour le connaître un peu cet « autre », qui, je n’ai pas peur de le dire, est un peu parfois « moi » aussi, je dirais que non. On met aussi en avant sa méconnaissance, sa perception faussée etc, etc, etc… mais sur quoi reposent t-elles ? (je sais que je risque de soulever ici quelques tabous, pour ne pas dire fantasmes, accrédités par certaines lectures littéralistes, simplicistes et erronées, d’après moi, mais j’en prends le risque) Personnellement, je pense que, malheureusement, ce problème est plus complexe et plus subtile qu’il n’y paraît (et oui n’en déplaise à certains, l’être humain est un être complexe !). Je pense que cette « peur », cette « phobie » qui peut parfois faire perdre tous ses moyens, son objectivité à l’autre prend racine au travers de son vécu propre et personnel. Et non, il n’y a pas de « grande recette miracle » valant remède pour tous ! Si seulement cette peur reposait sur les motifs evoqués précédemment, je pense que le problème serait déjà largement résolu depuis le temps. Ce n’est malheureusement pas le cas et à ce sujet je m’estime très bien placé pour en parler parce qu’elle me touche au plus profond de moi au quotidien. Peut-être est-ce là mon épreuve ? Dieu Sait Mieux et Dieu Voit. Louange à Lui Seigneur de l’Univers. Je pense que le problème est tout autre. Parfois, c’est triste à dire, mais certains se plaisent vraiment à véhiculer cette peur au quotidien. Je parle fort, je regarde l’autre méchamment, je hurle sur mes enfants quand ils font un écart ou au contraire je les laisse tout faire et prends systématiquement leur défense même lorsqu’il comettent le pire etc, etc, etc… Je ne parle de cette tendance qui existe désormais à s’affirmer par le cynisme ou l’opposition systématique, je ne parle pas des femmes qu’on planque derrière une porte ou dans une autre pièce lorsqu’ un « étranger » pénètre dans la maison (eh oui ce n’est pas une caricature, c’est du vécu), je ne parle pas de certains discours tenus en privé ou en public humiliant l’autre, le disqualifiant systématiquement, le désignant comme « l’ennemi », le maudissant, lui souhaitant le pire y compris dans La Vie Dernière (il serait peut être intéressant ici de se rappeler certains propos que tenait le Prophète (P. S. A. L) à ce sujet et s’interroger un peu sur sa crainte réelle du châtiment de celle-ci) etc, etc, etc… Nul besoin qu’un acte terroriste barbare ne survienne dans l’actualité ici ou là pour que l’autre soit terrorisé, il l’est déjà suffisamment, croyez moi, et il l’est de manière foncière et durable. C’est peut être là le pire. Que Dieu nous Aide ! On adore fustiger « l’Islamophobie », quelle belle passion ! Qui s’interroge sur ses causes profondes ? Qui est prêt à s’interroger sur lui-même, sur l’histoire, l’inconscient, individuels et collectifs, dont il hérite, sur son agir, sur ses pensées voire même sur les considérations malveillantes qu’il porte à l’autre? Je ne nie pas du tout les traumatismes que les histoires personnelles et collectives ont pu occasionné et qu’ils occasionnent encore malheureusement ajourd’hui. Je ne le nie pas du tout. Cependant, « Est ce que celui qui sait est égal à celui qui ne sait pas ? »
    Je ne parle ici que du rapport à l’autre. Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur le rapport à soi, individuel et collectif, qui, lui aussi, influence certainement de manière encore plus déterminante, consciemment ou pas, le rapport à l’autre. C’est un autre sujet. Personnellement, je pense que tant qu’on remettra en cause « l’autre » (les medias, le système, son ignorance, son indisposition etc… bref tous ces alibis derrière lesquels il est souvent plus facile de se cacher), tout en faisant l’economie dans le même temps de l’introspection, La Grande Confusion et Le Grand Malentendu perdureront. On ne peut pas agir réellement sur l’autre, on ne peut agir réellement que sur soi. On ne peut pas garantir absolument la compréhension par l’autre mais on peut essayer, tout au moins, d’en limiter les dégâts. La situation est déjà assez compliquée comme ça pour ne pas avoir à en rajouter d’avantage.

    En ce qui concerne cette fois-ci l’isolement vis à vis de la communauté d’accueil, je pense que d’autres facteurs peuvent l’expliquer. Certains facteurs comportementaux semblent facilement corrigibles avec une certaine sensibilisation et conscientisation quant aux conditions d’accueil à réserver aux nouveaux arrivants. En revanche, je pense qu’il existe également un isolement beaucoup plus profond. Un isolement qui, malgré une présence physique et chaleureuse parmi ses coreligionnaires, perdure au plus profond de l’être. Cet isolement, à mon sens, provient de la dimension, non pas « religieuse » à proprement parler, mais plutôt « religiositaire ». Je constate que ce sujet, encore abordé de manière très marginale et très superficielle (envisagé et réduit trop souvent à sa dimension purement quantitativo-rituelle), n’a pas l’air d’interroger grand monde. Peut-être parce que, quelque part, une grande partie de la communauté partage une dimension d’héritage quant à celle-ci et que, de fait, cette dimension, ce rapport à la religion, fait l’objet d’un consensus tacite entre ses différents membres qui, bien que provenant d’horizons divers, partagent cette même caractéristique de leur religiosite. En effet, ici, en France, l’Islam est une religion majoritairement importée par ses parents, par ses grands parents, ou par soi-même. Ainsi, bien que l’on puisse partager une « vision » très proche en matière religieuse, les démarches personnelles et individuelles ainsi que les rapports avec celle-ci different totalement entre le nouveau venu et l’héritier. Comment se « retrouver » alors dans celui qui, bien qu’il partage la même foi, et qu’il se montre bienveillant à son égard, ignore tout du nouveau venu? Il ignore d’où il vient avec qui il vit, ou pire, il se représente tout cela de façon complètement erroné et contraire à la réalité propre. Comment expliquer à l’héritier que le nouveau venu chérit des êtres qui se trouvent encore dans l’ignorance de Dieu, de l’Islam, de Son Message et qui subissent jour après jour un peu plus le parasitage et les méfaits de La Grande Confusion et du Grand Malentendu qui en résulte ? Comment peut il le comprendre, lui, « Musulman » depuis des générations et des générations, lui, dont « papa », « maman », la soeur, le frère, les cousins, les cousines, les oncles, les tantes, les grands parents et que sais-je encore… partagent déjà tous, et depuis longtemps, la même foi ? Comment le nouveau venu peut-il se retrouver dans des discours, des pensées ou des visions dans lesquelles l’autre est parfois décrit par ses coreligionnaires, ses « frères de foi », ses  » frères en Dieu » comme étant « l’ennemi malveillant et malfaisant », le « maudit », « l’impur » le « condamné à l’enfer » etc, etc, etc…Comment peut il se retrouver dans tout ça, lui, à qui on invite souvent à choisir, explicitement ou implicitement, « son camps » entre sa nouvelle communauté de foi et le milieu d’où il vient ?
    Personnellement, je considère que le Pacte Personnel et Individuel fait devant Dieu prévaut sur le pacte social communautaire. Mon parti à moi c’est la justice et la sincérité. A mes yeux aucun pacte social ne peut primer sur cet engagement. C’est mon point de vue et il n’engage que moi.
    La sincérité recquise au prétendant cheminant à Dieu autorise t-elle réellement une telle compromission, un tel partage finalement injuste et totalement illégitime? Je ne le pense pas.
    En fait, bien que non apparant, tabou, nié, tu, tenté d’être oublié, voire même refoulé parfois au plus profond de soi, cette douleur, cette souffrance, ce fossé entre les coeurs est immense et bien enraciné.
    Comment y remédier ? Peut être en essayant de mieux se connaître, de mieux se présenter, de se fréquenter d’avantage au quotidien, d’essayer d’être soi, d’être vrai au risque parfois même de mettre « son ego sur la table » et de décevoir l’autre quant aux attentes qu’il se faisait de la démarche entreprise etc, etc, etc… et d’échanger. Je pense qu’il faut revendiquer toute sa place et porter pleinement son altérité y compris si ça ne plaît pas à certains. C’est le risque mais on ne peut plaire à tout le monde c’est ainsi et il faut l’accepter y compris si on partage la même foi. D’autre part, je suis profondément convaincu qu’il n’y a qu’au contact de la différence, de l’altérité qu’on puisse réellement prendre conscience de certains aspects se concernant soi et le concernant lui, l’autre, également. Dieu Sait Mieux. J’espère n’avoir indisposer personne lors de mon intervention, si tel était pourtant le cas, sachez que ce n’en n’était pas pas le but. Paix à vous et apaisement. Votre frère en Dieu.

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