Après le confinement : Faire le tri

Nous sommes passés par une épreuve assez ardue ces derniers temps. Cette pandémie mondiale a touché plus de trois milliards de citoyens dans le monde. Limitation des libertés individuelles, scènes traumatisantes de moribonds sur des brancards dans des hôpitaux bondés, des cimetières saturés, des larmes, des pertes d’êtres chers, ont fait partie de notre quotidien depuis des semaines. Le mois sacré du Ramadan est arrivé pour panser nos blessures, nos peines et pour nous inciter à penser notre relation avec notre Créateur.

Va-t-on prendre une leçon de vie de tout ceci ? Allons-nous changer enfin ? Comment ne pas chuter encore une fois ?

L’Homme est un « oublieur » potentiel. C’est dans sa nature. Certes, l’oubli est un bienfait de Dieu, parfois, car si l’on venait à se souvenir de tout, on deviendrait fous : la femme, après un premier accouchement, ne voudrait jamais enfanter une autre fois après ses douleurs insupportables, la perte d’une mère ou d’un père, nous ferait perdre le sens de notre propre existence, si Dieu ne nous donnait pas cette faculté d’oublier pour poursuivre le chemin de notre petite vie…

Mais il faudrait faire la part des choses, car quand cet oubli devient pathologique ou volontaire, il devient dangereux pour l’Homme.

Des exemples figés dans le temps et dans le Saint Coran nous montrent qu’il ne sait pas se souvenir. Le valet de Moussa (Moîse) a oublié le poisson qu’il a vu, de ses propres yeux, revenir à la vie dans un miracle pourtant flagrant. « Et ce n’est que Satan qui m’a fait oublier de le dire ». Son maître, lui, qui est pourtant prophète, dit avoir oublié les recommandations du Sage, Elkhidr, et demande des explications à des gestes choquants devant lui. « Ne me réprimande pas de ce que j’ai oublié… » (1)

Bref, une pléthore d’exemples qui montrent la fatalité de ces oublis qui nous ont fait descendre du paradis après celui de notre Père, Adam, qui mangea avec son épouse le fruit pourtant défendu…

Oui, nous allons sûrement oublier, nous aussi tout cet épisode pourtant si douloureux. Pourquoi ? Allez-vous me demander.

Parce que nous avons oublié Hiroshima, Nagasaki et les guerres sont encore plus meurtrières dans le monde.

 Parce que nous avons oublié les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima (2011) et que le nucléaire est encore là.

 Parce que nous savons que le capitalisme et le consumérisme nous dévorent mais nous continuons à nous battre dans les supermarchés pour du nutella.

Parce que nous voyons la terre dépérir mais nous ne faisons rien pour la préserver…

La liste est longue, mais elle peut l’être encore plus, si nous calquons tout ceci sur nos comportements après le Ramadan. Nous allons oublier aussi la douceur de la prière de la nuit, le bienfait d’un repas après le jeûne et la joie qu’il procure, l’élan de générosité qui naît en nous pendant cette période si fugace. Toute la légèreté de l’âme, l’élévation du corps, vont s’estomper au fil des mois à venir et la lourdeur de nos péchés se fera ressentir bientôt avec l’été et ses plaisirs terrestres…

 Mais à ceci, il y a une panacée qui peut guérir tous les maux que je viens de citer. Nous POUVONS changer. Comment ?

En étant unis contre l’adversité de la vie et de notre égo (Nafs), car l’union fait la force comme dit l’adage.

Être ensemble, pour un nouveau départ, ou une continuité dans l’adoration, est possible grâce à l’héritage prophétique si précieux mais oublié au fil du temps.

Se prendre la main dans la main (mais avec précaution), pour avancer plus loin ! Seul, on va plus vite, certes, mais pas pour longtemps.

Oui, nous sommes des oublieurs, mais nous sommes là pour nous rappeler, les uns les autres, notre mission terrestre et la présence du Divin : « Rappelle, car le rappel, profite aux croyants ! » (2).

Alors, faisons le tri de nos oublis, gardons l’essentiel, car c’est ce qui nous anoblit !

(1)   Coran : Al-Kahf, 73

(2)   Coran : Ath-Thariyat, 55

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