L’estime de soi

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Indissociable de la conscience de soi, on y est tous confronté et on ne peut y échapper. L’estime de soi est ce rapport intime à nous-mêmes qui est incontrôlable. Elle se manifeste à travers nos émotions, nos comportements et nos pensées : c’est ce que je pense de moi, comment je me sens avec mes pensées et ce que je fais de ma vie avec tout ça.

 

De ce fait, elle a un impact important sur notre cheminement spirituel car elle peut représenter une entrave à notre évolution, la fragiliser voire même la dévier vers ce qui n’est pas acceptable par Dieu. Elle devient donc pour le croyant un sujet essentiel sur lequel il s’efforcera de réfléchir et d’agir dans le seul but de Lui plaire.

Il existe deux formes d’estime de soi : la basse et la fausse. Dans la première, on a tendance à se sous-estimer, se mépriser, se dévaloriser et même se détester ! Celle-ci paralyse toute forme d’action, l’individu ne se sent pas compétent. Ici, le piège est de s’emprisonner dans un cercle vicieux : j’ai peur de l’échec et je ne suis pas capable donc je préfère ne pas agir ! Conséquence : cette inaction renforce encore plus le sentiment d’inaptitude et de mépris vis-à-vis de soi-même.

Quant à la seconde, c’est cette vision erronée de soi bien supérieure à ce que l’on est réellement. Ici, le mépris sera davantage dirigé vers les autres et l’orgueil prendra une place importante dans le cœur des concernés. Selon ‘Abdullah Ibn Mas’ud, que Dieu l’agrée, le Prophète, paix et salut sur lui, a dit : « N’entrera pas au Paradis celui qui a dans son cœur le poids d’un atome d’orgueil ». Quelqu’un dit : « On aime pourtant avoir un bel habit et de belles chaussures ». Il dit : « Dieu est beau et aime la beauté. L’orgueil c’est le fait de ne pas accepter une vérité venant des autres et de les mépriser ».

L’estime de soi est finalement une forme d’intelligence de soi. C’est la faculté de se connaître et de se comprendre, mais aussi la capacité à s’adapter à de nouvelles situations et à découvrir des solutions aux difficultés que l’on rencontre. C’est ce qui peut nous permettre de tirer le meilleur de ce que nous sommes.

Le défi est donc d’avoir une vision juste de nous-mêmes, savoir prendre du recul sur soi pour changer réellement, s’améliorer. Être à la hauteur pour Dieu, rechercher Sa satisfaction, viser Son amour ? N’est-ce pas le plus grand souhait du croyant ?

Les symptômes d’une souffrance de l’estime de soi 

Naturels tant qu’ils restent occasionnels, le problème ne se pose que s’ils deviennent fréquents. En voici quelques exemples :

  • L’obsession de soi : notre image, notre « moi social » devient un souci pour nous-mêmes.
  • Tension intérieure, sentiment d’insécurité dans les situations sociales avec peur du regard des autres.
  • Sentiment de solitude, impression d’être une personne différente des autres : plus fragile, moins compétente, plus vulnérable.
  • Comportements inadéquats, exemple en devenant désagréable voire agressif quand on se sent jugé.
  • Tendance à l’auto-aggravation quand on va mal, ne rien faire ou très peu pour que ça aille mieux.
  • Procéder à des choix de vie contraires à nos envies.
  • Difficulté à demander de l’aide.
  • Négativisme, ne voir que les mauvais cotés des choses.
  • L’intolérance : plus on doute de soi, moins on supporte ceux qui nous font douter comme les contradicteurs, les étrangers et tous ceux qui n’ont pas le même avis et la même vie que nous.
  • Problème avec la remise en question : injuste et rude pour les personnes à basse estime de soi, et difficile voire impossible chez les personnes à haute estime de soi.
  • Caractère excessif dans les émotions négatives (honte, colère, inquiétude, tristesse, envie…) par leur fréquence, leur intensité et leur durée.

Comment faire évoluer favorablement l’estime de soi ?

On dit généralement que les problèmes liés à soi résultent d’un mauvais héritage mais aussi de leur mauvais usage. L’exploration à l’infini de notre histoire personnelle n’est pas la solution. Le passé est passé, c’est contre son fantôme que nous devons nous battre.

Tout commence par l’acceptation de soi, car on se change mieux en s’acceptant. Les personnes à bonne estime de soi sont capables de tolérer et d’accepter leurs imperfections. Accepter ce n’est pas seulement tolérer mais regarder le problème en face et agir. Les échecs les affectent mais ils savent qu’ils sont inévitables à partir du moment où l’on fait le choix de l’action.

« En agissant, on se trompe parfois. En ne faisant rien, on se trompe toujours » (Romain Rolland[1])

Les clés du changement sont donc ces incessants allers-retours entre l’action et la réflexion. Mais on ne change que dans l’action intelligente, celle qui est échelonnée, raisonnable et surtout régulière.

C’est bien connu, Dieu le Très-Haut préfère les « petites » actions régulières aux grandes actions occasionnelles. De plus, les répéter les rend à la longue plus faciles, plus évidentes.

Surtout ne pas sous-estimer l’action en elle-même. Ce qui peut paraître insignifiant à nos yeux peut avoir un réel effet sur notre évolution. L’important c’est de s’y tenir.

Raisonnables, car les objectifs doivent être à la hauteur de ce que nous sommes capables de faire pour ne pas se décourager, d’où l’intérêt de bien se connaître. C’est pour cela qu’elle doit être échelonnée. Pour obtenir son doctorat, il faut d’abord avoir son bac !

L’action est donc l’oxygène de l’estime de soi. Ce n’est qu’à travers elle et la confrontation à la réalité qu’on se révèle. Sinon ce n’est que du déclaratif car nous ne sommes pas forcément ce que nous disons ou pensons être.

Les personnes à basse estime de soi ont un rapport compliqué avec l’action. Elles la redoutent et la repoussent par peur de s’y révéler faibles ou la recherchent seulement comme moyen d’obtenir de l’admiration et de la reconnaissance et ne la supportent que victorieuse.

Ne plus se juger mais d’observer !

A force de s’auto-intoxiquer en étant abusivement sévère envers soi, on risque d’être notre propre ennemi. Cette autocritique aveugle obéit à une logique de perfectionnisme pathologique et inefficace. Pour l’individu, ce qui est raté l’est complètement et ce qui est réussi l’est partiellement et il y a constamment quelque chose à redire. Certes, le croyant se doit de vouloir faire toujours mieux mais s’il endosse une montagne de stress et se met trop la pression, le coût émotionnel serait trop important et cela risquerait de fragiliser l’estime de soi dans sa globalité. Parfois, il faut savoir lâcher-prise, apprendre à faire simple.

Invoquer Dieu et Lui demander Son aide, car ce n’est qu’avec Lui et grâce à Lui qu’on y arrive.

Il faut donc apprendre à se critiquer différemment, avec mesure. On l’a déjà vu, on ne change correctement que sur une base d’acceptation de soi, de ses erreurs et de ses limites. Se critiquer comme on le ferait avec un ami intime, avec justice et douceur.

Plus nos critiques seront précises et non globales, plus elles activeront la réflexion davantage que l’émotion. D’autre part, elle doit se montrer constructive chaque fois que cela est possible.

Voyez la différence entre « tu as été mauvais » et « la prochaine fois essaie de faire davantage comme ça ».

Pour arriver à cette sérénité du discours intérieur il faut du recul et de l’entraînement.

Le Prophète, paix et salut sur lui, a dit : « On acquiert le savoir par l’étude, le calme par le calme, et la patience par la patience ».

Il faut donc prendre le temps de méditer, ne pas louper ces rendez-vous où l’on se retrouve face à soi-même et face à Dieu. Et ainsi le cœur s’apaisera, et du cercle vicieux, par la Grâce de Dieu on se retrouvera dans un cercle vertueux où l’on sera en paix avec nous-mêmes. De ce fait, on pourra avoir plus de facilité à la bienveillance et c’est cette même bienveillance qui nous fera du bien. On pourra finalement s’affirmer, s’écouter et se respecter. On en ressortira plus fort, plus tolérant, plus généreux. On arrivera à extraire les bonnes choses de notre environnement, mais aussi à les provoquer. Et du citron, on fera du miel…

« En effet, vous avez dans le messager de Dieu un excellent modèle [à suivre] »[2]

« Dieu ne change l’état d’un peuple que s’ils changent ce qu’il y a en eux-mêmes »[3]

Bibliographie : imparfaits, libres et heureux de Christophe André

 


[1] Écrivain français qui a reçu le Prix Nobel de Littérature en 1915.

[2] Coran : Sourate 33, verset 21

[3] Coran : Sourate 13, verset 11 

 

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