Marlène Schiappa, l’école et l’éducation sexuelle des enfants…

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Je ne sais pas combien de fois j’ai reçu, durant les derniers jours, des alertes toutes plus inquiétantes les unes que les autres promettant que nos enfants, dès 4 ans, “allaient être amenés à se masturber, se déshabiller, se toucher…” ou toute autre pratique que, pour des raisons d’un ennui confondant, je ne m’attendais pas à voir surgir à l’école, fut-elle occasionnellement prise de tiraillements sur ce que nous, parents, estimons relever de la bonne morale.

Comme il s’agit de nos enfants, de nos êtres les plus aimés, je comprends tout à fait que ce soit notre cœur qui réagisse et pour l’immense majorité d’entre nous, par pur instinct de préservation, déclenche une séquence d’anxiété et parfois de panique émotionnelle, à l’idée que nos petits garçons et petites filles, encore si innocents, soient forcés, pour satisfaire je ne sais quelle pulsion tordue de quelque pédagogue expérimental dans les sous-sols du ministère de l’éducation (?), de s’adonner à des actes que la morale et la pudeur réprouveraient, dans toute autre situation qu’entre adultes consentants.

Dans les lignes qui suivent, j’essaie de désamorcer la situation et de responsabiliser les parents, sans tourner en ridicule ceux qui sont inquiets, justement parce qu’en tant que papa, je comprends leur sentiment, mais pour de toutes autres raisons.

Si prendre un peu de recul semble au dessus de vos forces ou si toute tentative de comprendre et de revenir au réel vous apparait comme une trahison de nos enfants (ou de nos valeurs – morales, familiales, religieuses, culturelles…), alors au moins, s’il vous plait, prenez 7 minutes de votre temps pour visionner cette vidéo de Fatima Ouassak (https://www.facebook.com/christophelegrandforum/videos/518518388586676/), à laquelle je souscris, à la virgule près. Ca évitera peut être quelques drames et de nombreuses nuits blanches…

Maintenant pour ceux et celles qui sont encore là, je vais essayer d’être synthétique et très direct, même si ça peut vous secouer. Si j’aborde des questions avec une composante morale/religieuse, ça sera en tant que papa musulman, mais cela s’applique quelles que soient vos croyances et vos valeurs. En tant que parents, on veut tous réussir l’éducation de nos enfants et les protéger.

Donc, dans l’ordre:

1) La totalité des messages d’alarme qu’on m’a envoyés ces derniers jours sont faux. Ils sont soit tirés d’autres pays, soit cités hors contexte, soit totalement mensongers. Il n’y a pas d’éducation sexuelle prévue pour les enfants de maternelle et ce qui est prévu (déjà depuis 2001), inclut aujourd’hui des modules éducatifs sur le consentement (apprendre à dire “non” et refuser que quelqu’un touche à notre intimité, ce qui peut être utile…).

2) Ça ne veut pas dire que “tout va bien”. Il y a de nombreuses raisons d’être inquiets quant à l’évolution de notre système éducatif. Les professeurs et enseignants sont justement en première ligne et alertent, depuis des années, sur le manque de moyens et la difficulté grandissante à offrir une instruction de qualité, humaine et bienveillante, en direction d’enfants tous différents les uns des autres.

3) Je suis en désaccord total avec un certain nombre de choix, de renoncements et de décisions de Marlène Schiappa, mais il y a suffisamment à dire sur ce qu’elle a effectivement dit et fait pour ne pas mentir à son propos ni lui faire porter des actes qui ne sont pas les siens. Son projet de loi n’apporte rien de nouveau sur ces questions. Si vous ne me croyez pas, imprimez-le et lisez-le avec un juriste de votre entourage.

4) Il y a effectivement lieu de s’inquiéter de dérives qui ont parfois lieu au sein de l’éducation nationale. Comme d’autres services publics, elle est hélas le lieu d’importation de conflits idéologiques et politiques qui s’expriment au détriment des enfants. Les nombreux cas de pressions et de discriminations racistes et islamophobes sur lesquels des associations comme le CCIF ou la LDH ont dû intervenir en sont hélas une preuve. Mais de la même manière qu’il existe des profs indignes de leur fonction (comme dans n’importe quelle autre profession), il existe surtout des enseignants formidables qui donnent toute leur énergie, leur talent, leur bienveillance à nos enfants pour en faire les héros, anonymes ou non, de demain, avec nous.

Il y a de quoi s’inquiéter, quand le ministère de l’éducation veut appliquer des techniques de sciences cognitives à nos enfants, comme s’ils étaient des machines à rationaliser pour en faire les dociles consommateurs et employés dévoués de demain. Il y a également de quoi s’inquiéter quand, plutôt que de soutenir des professeurs à la limite de la rupture par manque de moyens, on ne trouve rien d’autre à faire que de nommer, au “conseil des sages de la laïcité” (sic) des personnes au racisme de moins en moins caché, dont le soucis existentiel est de stigmatiser toute femme musulmane participant à la société (qu’il s’agisse d’une jeune élève ou d’une maman). Donc pas besoin d’inventer de nouveaux sujets de stress, il y a déjà largement de quoi faire…

5) Si cette affaire vous inquiète, super. Transformons cela en énergie positive: vous êtes soucieux de l’éducation de vos enfants et du bon fonctionnement de l’école? Génial: impliquez vous dans les associations de parents d’élèves. Mme Ouassak (dans la vidéo postée plus haut) organise avec son association, le Front des Mères, des rencontres, des ateliers, justement pour cela. Ce modèle est adaptable à vos situations respectives et, plutôt que de vous désengager, prenez les enseignants comme des partenaires et entraidez-vous dans votre mission commune.

6) Si, comme moi, vos enfants ont besoin d’un suivi particulier, ou que vous n’êtes pas satisfaits de l’école publique près de chez vous, sans pour autant en faire une généralité, vous avez l’option de choisir une école privée, même si cela a un coût. Encore une fois, il y a des écoles publiques où tout se passe bien, mais le message, c’est que chaque famille fait en fonction de ses besoins, de ses moyens et de ses choix éducatifs, y compris religieux. Si après dialogue et réflexion, vous n’êtes pas satisfaits du projet pédagogique ni ne pouvez l’influencer positivement, ça peut être une solution. Il y a aussi des familles qui font, avec méthode et succès, l’école à la maison, lorsqu’ils en ont les capacités et les moyens.

7) Si vous sentez un danger éducatif s’agissant des questions liées à la sexualité, prenez le temps d’en parler avec les enseignants. Vous les voyez tous les jours, abordez la question au calme avec eux et, si vous souhaitez transmettre à vos enfants des valeurs familiales ou une éthique religieuse, assumez-le de manière totalement décomplexée, en étant conscients qu’ils grandiront dans un monde ouvert et pas dans une bulle (dixit le papa hyper protecteur…), même s’ils ont besoin d’un espace de sécurité pour prendre le temps de grandir, là où tant d’entre nous sont passés de l’enfance à l’âge adulte sans transition…

8) Je vois des gens, ces derniers jours, qui sont prêts à retirer leurs enfants de l’école et à les prendre en charge à la maison, qui citent des articles de loi avec des alinéas dans des courriers formels, qui communiquent et scrutent tous les forums et les sites à la recherche de la moindre bribe d’information… C’est EXACTEMENT ce qu’il faut faire (sauf de retirer les enfants)… mais sur des vrais trucs, si possible. Si on s’investissait autant sur l’enseignement de l’histoire, sur la participation à la vie scolaire, sur la résistance au dévoiement vers une mission civilisatrice de l’école, sur fond de néo-républicanisme, sur l’éducation et la responsabilisation de chacun (à commencer par nous-mêmes, en tant qu’adultes), je suis certain qu’on ferait des progrès.

9) Au delà de l’aspect (encore une fois) légitimement émotionnel de tout cela, il y a un contexte politique bien précis: l’ensemble de ces rumeurs et fake news sont initiées par des groupes et des associations d’extrême droite, dont beaucoup se servent des quartier populaires et des familles musulmanes qu’ils prennent pour des moutons (hors période de l’Aïd), qu’il s’agit de faire paniquer parce qu’ils savent à quel point ont est attachés à l’éducation, y compris morale, de nos enfants… tout ça pour faire avancer leurs pions politiques. La dernière fois qu’il y a eu un mouvement de ce genre, c’était il y a quelques années au moment des “ABCD de l’égalité”… Des mamans musulmanes, totalement paniquées, se sont faites manipuler pour retirer leurs enfants de l’école et, lorsque celles-ci ont été poursuivies en justice, lesdits groupuscules d’extrême droite, si prompts à crier au dévoiement des enfants, étaient aux abonnés absents. Elles ont été lourdement condamnées.

Parce que si on retire nos enfants de l’école, ce ne sont pas eux qui vont en pâtir. Ce ne sont pas leurs enfants qui auront un déficit d’instruction qui sera par la suite si difficile à rattraper. Et ce ne sont pas eux qui devront en subir les conséquences, alors même que, au sein de l’école publique, des groupes (fort heureusement minoritaires), tentent de traiter nos enfants comme une population à discipliner, à civiliser, envers et contre leur culture, leur couleur, leur foi, leur héritage familial.

Donc avec toutes ses failles et toutes ses limites, l’école demeure un lieu de vie, un lieu d’instruction, un lieu de socialisation… même dans ses conflictualités. Et les enseignants vivent avec nous, ils ne sont pas là pour soustraire nos enfants à notre autorité, mais pour travailler avec nous à leur éducation. Donnons-leur une chance de faire précisément cela et mobilisons tout l’amour et le souci que nous avons pour nos enfants, en le transformant en une constante implication dans ce projet commun.

Qui sait? Il se pourrait qu’on produise une génération d’être humains capables de vivre ensemble et de réussir partout où nous aurions échoué.

1 commentaire

  1. Bravo ! Voilà un message clair et pertinent. Malheureusement les réseaux sociaux sont devenus une source d’information authentique pour beaucoup. Pourquoi faire l’effort de lire et d’approfondir les choses quand une rumeur ou une idée reçue est tellement plus simple à accueillir. Ne reproduisons pas ce que nous reprochons aux autres. Finissons-en avec la navigation émotionnelle et transformons cela en énergie positive, comme tu le dis si bien Marwan pour avancer dans le bon sens dans un rythme que nous aurons choisi pour nous et non pas au rythme des manipulations qui nous viennent de toute part.

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