Egypte : la France a « participé à la sanglante répression » du régime de Sissi, accusent des ONG

Quatre associations de défense des droits de l'homme dénoncent lundi le rôle de la France ces dernières années dans "l'écrasement du peuple égyptien" par le régime d'Abdel Fattah Al-Sissi. Elles évoquent les ventes records d'armes de guerre mais aussi des logiciels et du matériel informatique.

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« Egypte, une répression made in France. » C’est le titre d’un rapport publié lundi et rédigé par quatre ONG de défense des droits de l’homme. Dans ce document de 64 pages, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), le Cairo Institute for Human rights studies (CIHRS), la Ligue des droits de l’homme (FDH) et l’Observatoire des armements (OBSARM) assurent que « l’État français et plusieurs entreprises françaises ont participé à la sanglante répression égyptienne des cinq dernières années ».

Ce soutien de Paris au régime d’Al Sissi, au pouvoir en Egypte depuis 2013 et le coup de force de son armée qui a chassé les Frères musulmans, s’est concrétisé « à travers une augmentation spectaculaire des ventes d’armes et de matériel de surveillance », est-il écrit. S’il était connu que la France vendait des armes au Caire, les associations en livrent un détail précis. Cela va de « l’arsenal militaire classique officiellement destiné à la lutte contre le terrorisme » – avions Rafale, navires Mistral, véhicules blindés, missiles… -, pour un montant d’1,3 milliard d’euros de ventes en 2016 selon le rapport (contre 39,6 millions en 2010), aux armes « légère et de petit calibre » en passant par les « technologies de surveillance individuelle », « d’interception de masse » et « de collecte des données individuelles ».

« La France participe aujourd’hui à l’écrasement de la génération » de la Révolution

« La plupart des armes et véhicules fournis à l’Égypte sont équipés et orientés vers la prévention et le contrôle des mouvements sociaux via une surveillance généralisée de la population. Ces équipements forment un canevas visant à mutuellement se compléter afin de prévenir ou de contrôler tout mouvement social ou mouvement de foule d’envergure », dénoncent encore les ONG qui tirent, comme bilan, « l’arrestation de dizaines de milliers d’opposants ou de militants ».

« Si la révolution égyptienne de 2011 avait été portée par une génération Facebook ultra-connectée ayant su mobiliser les foules, la France participe aujourd’hui à l’écrasement de cette génération via la mise en place d’un système de surveillance et de contrôle visant à écraser dans l’oeuf toute expression de contestation », accuse ainsi Bahey Eldin Hassan, directeur du CIHRS. Ce rapport intervient à la veille de la visite du ministre égyptien de la Défense à Paris, qui suit elle-même de quelques jours celle du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, au Caire.

Au moins « huit entreprises françaises ont profité de cette répression »

En 2015, sous François Hollande, Paris avait fait de l’Egypte un « partenaire stratégique » dans la lutte contre le terrorisme et justifie ces transactions par la nécessité d’assurer la stabilité du pays. A l’époque, la France – emmenée alors par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, aujourd’hui ministre des Affaires étrangères d’Emmanuel Macron – annonçait ainsi la vente de 24 avions militaires Rafale pour un prix de 5,2 milliards d’euros. Elle avait également vendu à l’Egypte les deux navires de guerre de type Mistral initialement destinés à la Russie. Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a poursuivi ce dialogue avec son homologue Abdel Fattah Al-Sissi, réélu pour un deuxième mandat en mars dernier avec 97% des voix validées. Lors de la venue en France de ce dernier en octobre 2017, le chef de l’Etat n’avait pas souhaité donner de leçon de droits de l’homme au président égyptien mais a plutôt insisté sur leur coopération économique.

Mais les ONG rappellent dans leur rapport qu’en 2013, le conseil des Affaires étrangères de l’Union européenne déclarait que les États membres avaient « décidé de suspendre les licences d’exportation vers l’Égypte de tous les équipements qui pourraient être utilisés à des fins de répression interne ». Or, « au moins huit entreprises françaises, encouragées par les gouvernements successifs, ont au contraire profité de cette répression pour engranger des profits records », accusent ces ONG. Qui réclament donc « aux entreprises et aux autorités françaises la cessation immédiate de ces exportations mortifères » et demandent « la mise en place d’une enquête parlementaire sur les livraisons d’armes à l’Égypte depuis 2013 ».

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