Le Mondial de foot dans l’univers macronien

Avertissement : Ce qui suit n’est pas une charge contre le football et encore moins contre les amateurs d’une pratique sportive respectable mais contre les dérives d’un sport populaire transformé en spectacle et l’instrumentalisation qui en est faite par les médias et les pouvoirs en place.

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Ça y est, c’est parti, l’équipe de France de football a livré et remporté contre l’Australie son premier match de Coupe du monde, le Pérou est le prochain adversaire. L’espace sonore et visuel commence à être saturé par le Mondial. La France est saisie d’une frénésie de ballons ronds, submergée par le football, inondée de commentaires cocardiers, d’analyses stupides sur les avants et les après-matchs, d’interviews de personnalités amoureuses d’un sport si populaire. Les médias ont rallumé la flamme de 1998, il faut y croire, la France peut être à nouveau championne du monde ! Les drapeaux tricolores pendent aux balcons. Pendant un mois, la France va s’organiser autour du football, tout le reste est accessoire. Que peut donc souhaiter un honnête citoyen français, en cette période de catastrophes sociales et écologiques à répétition, sinon la victoire finale de son équipe ? Le foot est promu au rang de grande cause nationale et c’est un antalgique puissant pour toutes les autres douleurs et désagréments politiques du quotidien.

Chacun se doit de vibrer à l’unisson !

Pendant un mois, le foot va transcender, dépasser tous les clivages politiques. Le foot n’est ni de droite ni de gauche ; le foot est terriblement contemporain, terriblement macronien, le foot est une arme de destruction massive de la citoyenneté. Au royaume de Jupiter, le Mondial de foot occupe assurément une place de choix, c’est un spectacle animé par des milliardaires à crampons qui réussit à faire rêver les pauvres. Il brasse « un pognon de dingue » mais au moins ce n’est pas gaspillé inutilement en dispendieuses aides sociales. Le business du foot respecte le nouveau paradigme du quinquennat : il prend essentiellement aux pauvres pour alimenter les riches. C’est un secteur en pleine expansion, un marché au taux de croissance phénoménal, mais tous ces milliards – qui proviennent pour une bonne partie d’argent sale – ne profitent vraiment qu’à une petite minorité de footballeurs, d’entraineurs de grands clubs, d’intermédiaires véreux, de publicitaires et de chaînes de TV. Par les dépenses de tous ordres qu’il suscite auprès de classes sociales plutôt défavorisés (Combien d’abonnements tv, de nouveaux écrans plats géants et de crédits à la consommation pour cette Coupe du monde ?) et par les détournements d’argent de plus en plus importants qu’il génère, il participe activement à la paupérisation, à l’abrutissement et à l’asservissement de la société. A une telle échelle, cela tourne presque à la stratégie. Et sur cet océan de turpitudes et de trafics, sur cette rapacité, sur toute cette mafia, le spectacle réussit malgré tout à prendre des accents lyriques. Mais la foule devient-elle fraternelle parce qu’elle partage les émotions d’un spectacle ?

Sport de compétition pratiqué en équipe constituée de mercenaires recrutés à prix d’or, le foot est magnifiquement adapté à notre époque où l’important est de gagner quelque soit la manière. Il permet d’exalter les valeurs de partage, d’entraide, de solidarité, de générosité, mais qui ne dépassent pas les frontières d’une petite communauté cimentée avant tout par des intérêts financiers (Signalons à ce propos que chaque joueur de l’équipe de France touchera une prime d’environ 300.000 € en cas de victoire lors de la finale). Les grands groupes industriels et financiers ne s’y trompent pas : le foot et les victoires de l’équipe de France peuvent être un instrument d’émulation pour leurs salariés, les collaborateurs du siège du Crédit Agricole pourront ainsi, sur leur temps de travail, assister aux matches de l’équipe de France et se livrer à un concours de pronostics. Selon Denis Marquet, le directeur de la communication du groupe : « ça nous aide dans le bien-être au travail, dans la confiance, dans l’appréciation et la fierté qu’on a de son entreprise et, du coup, dans l’engagement ».

Le pouvoir en place espère évidemment une victoire finale des bleus pour répandre l’illusion d’un France solidaire, d’une France réconciliée, et bien sûr d’une France en Marche ! Après le mythe d’une France « Black, blanc, beur » de 1998, quel nouveau slogan mystificateur pourrait bien sortir cette année du chapeau de Jupiter? On en viendrait presque à espérer que cette grande distraction collective soit la plus éphémère possible !

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