Raconte-moi ce voyage qu’est la mort…

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Elle ouvrit les yeux. Et comme si elle ne les avait jamais ouverts, le noir recouvrait tout. Un brouillard épais refroidissait l’espace. Où était-elle ? Elle n’en savait rien mais elle sentait une odeur de terre rosée… Elle connaissait cette odeur, quand étant jeune, elle voyait son grand-père retourner la terre le matin très tôt. Elle en écrasait un peu au creux de sa main et emplissait ses poumons de sa fraîcheur. Quelle création… la terre ! De celle-ci sortait l’humain et vers elle, il retournait. Tel le ventre de la mère, ses entrailles enveloppent les corps et les réchauffent.

 

Le silence était bruyant autour d’elle. Où étaient les autres ? Le monde avait changé, comme le reflet de la vie, elle voyait les êtres et les reconnaissait. Elle recevait même des personnes qui lui rendaient visite sans qu’elle puisse leur expliquer tout ce qui s’était passé.

Elle s’était éteinte, un jour, en quelques secondes, au tournant d’une route. Seule avec ses amies. Toutes ont rencontré l’Ange à ce moment précis. Elles riaient et se remémoraient leurs souvenirs. « Demain nous fêterons l’aïd avec nos familles… » Se disaient-elles. Leur voyage allait être court et, soudain, plus un bruit. Un choc violent, au milieu de la nuit, sur une route déserte. Leurs feuilles manuscrites témoignent de la raison de leur déplacement, éparpillées autour de leurs corps inertes comme pour donner vie à leur dévouement au savoir. Telle une œuvre artistique vue du ciel, l’accident était le théâtre de la belle union que donne la rencontre entre le savoir et l’au-delà. Dieu l’avait appelée ce soir là.

 Ne pleure pas ! « Toute âme goûtera à la mort »[1]. Ne pleure pas. Chacun sait et avec certitude qu’un jour, il ne verra pas le soleil se coucher. Un jour, tout s’éteindra et ne restera que la lueur des œuvres. Non. Elle refuse. Mais il n’y a point de refus face à la volonté du Créateur car depuis le départ, le marché était conclu. De la terre elle était et vers celle-ci, elle finira par retourner. Noooooon ! Cela lui était inconcevable. Pourquoi l’égo refuse la mort alors qu’il est persuadé que celle-ci est une vérité ?

La justice de Dieu s’incarne dans son verset : « Béni soit Celui qui détient la royauté et qui est capable de toute chose. Celui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver (et de savoir) qui parmi vous agira le mieux. Il est Puissant et Miséricordieux. »[2] La vie nous est offerte afin d’œuvrer du mieux que nous pouvons et afin de témoigner à Dieu notre reconnaissance et notre adoration. La mort est une clémence pour les âmes et les corps, elle est l’aboutissement de tant d’épreuves dans le rapprochement et la recherche de la face de Dieu. Tel un examen, la vie nous donne l’occasion de rendre le jour de la mort, une copie bien correcte, ou du moins les traces de beaucoup d’efforts vers la réussite. Les stations offertes par la vie d’ici-bas ne sont que des haltes qui rappellent à l’humain sa condition de soumission au Créateur. Des stations où le cœur puise ses forces pour endurer les tumultes ô combien purificateurs afin de se préparer au jour J de la fin et de voir sa dernière demeure, soit un jardin parmi ceux du paradis ou un simple trou parmi ceux de l’enfer. Nous creusons nous-mêmes notre tombe et nous préparons nous-mêmes son décor et sa condition avant même de la voir.

La mort de nos proches et de nos amis n’est qu’un rappel pour nous et une station d’introspection et de recul. Que représente cette vie d’ici-bas et quels adorateurs sommes-nous ?

Le Prophète (paix et salue sur lui) a dit : « Évoquer souvent le destructeur des plaisirs ». Cette évocation est en elle-même une éducation et une station de purification du cœur qui est ramené à une vision réaliste de la vie et de ses plaisirs. Se recentrer sur l’essentiel, tel est le souci du croyant, œuvrer et corriger doivent être les sentiers battus pour le bonheur éternel, dans cette vie et auprès de Dieu dans l’au-delà.

Quand elle fut terrée de ses souvenirs terrestres, elle sentit un apaisement des intentions bonnes et des œuvres pieuses qui la caractérisaient. Elle ressentait une attention divine à son égard : les visites de ses proches et les invocations qu’ils lui envoyaient, la rassuraient. Les larmes séchées, elle méditait sur sa vie. Maintenant c’est l’heure de vérité, chacun aura sa rétribution selon le degré de son amour. Un paysage paradisiaque se dessina autour d’elle, au milieu d’un cercle de lumière, une assise de Coran où s’invitait toute créature, elle vit la félicité et le salut éternel.

 


[1]         Sourate 3, verset 185.

[2]         Sourate 67, versets 1-2.

 

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