Et si l’amour se laissait envahir par la haine ?

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Le retour de l’assise après un mois de trêve fut marqué par un événement singulier auquel nous participions juste avant. La mosquée, près de notre lieu de rencontre, organisa une remise publique des certificats de conversions d’une trentaine de nouveaux venus. Chacun leur tour, ils montèrent sur le podium prononcer le témoignage et recevoir leur si précieuse attestation. Très émus, après la cérémonie, nous allâmes  auprès de nos frères les féliciter et leur souhaiter la bienvenue et bonne route vers Dieu. La meilleure des provisions est la piété.

Dans ces jardins du paradis où chaque plante est le résultat d’une dévotion (tasbih), d’une bonne parole (kalima tayba), d’un sourire (basma), d’un savoir (‘ilm), nous prenons un moment pour l’inventaire botanique.

Il y a celles qui attendent la maturité avant de délivrer leurs plus succulents fruits. Les oliviers, les vignes, les palmiers sont de ce genre. Il y a les autres qui, dès leur plantation, se montrent fertiles en distribution, en grains, notamment le blé et les céréales. Et puis les vergers qui, chaque année offrent davantage que l’année précédente.

Lorsqu’on évolue dans ce jardin, on peut s’y promener, s’y oublier, s’y blottir auprès du Puissant. On peut aussi s’en inspirer, se servir des fruits présents, voire des graines pour les redistribuer, les planter ailleurs.

Dans mon assise, certains membres sont de ce type. En ayant puisé dans leur sac d’expérience et leur volonté d’agir, ils ont fondé des projets innovants.

« Quiconque désire jardiner le champ de l’au-delà, Nous augmenterons pour lui sa récolte. Quiconque désire jardiner le champ de ce bas-monde, Nous lui accordons de ses fruits, mais il n’en tirera aucun dans l’au-delà »[1]

Ainsi fut notre minute de sens.

Méditons quelques versets : sourate « le temps »

Nous retournons à notre compréhension par une sourate éloquente, considérée comme la synthèse du message coranique.

« Par le Temps ! L’homme est inévitablement, en perdition »

Par le sermon divin, nous nous préparons à une vérité, qui, de plus, est une généralité. Aussi vrai que le temps conduit nos vies et rythme notre existence, l’homme se dirige vers sa propre perte. Sa nature instable, conduite par ses passions et son attachement au bas-monde, l’égare, l’aveugle et l’amène à une destinée tristement prévisible.

« Sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres, se conseillent mutuellement la vérité et se conseillent mutuellement l’endurance »

Immédiatement après cette vérité, Dieu, dans Sa clémence infinie, nous apporte sur un plateau la voie du salut. Une voie intime, mais intégrée dans un collectif. Intime de par l’ancrage de la foi dans les cœurs. Cette foi se nourrit par une proximité à Dieu, une confiance en Sa présence, un amour simplement grandiose. Cette foi se prouve à chaque instant dans les bonnes actions. En effet, le croyant est un chasseur de prime, de « hassanats », toujours à l’affut d’une aide à apporter, d’une belle parole à prononcer, d’un engagement à honorer. Et puis cette relation de vigilance affective quant à la voie que prend mon frère, le choix que fait ma sœur. L’écoute de ce conseil donné par ma petite sœur, cette critique si fraternelle de mon petit frère. Que Dieu nous permette de tendre vers cet idéal collectif, qui est la base du salut de chacun.

Et si l’amour se laissait envahir par la haine ?

Nous avions précédemment planté les graines d’amour envers les épouses. Un amour qui se cultive, qui se prouve et qui offre de la part des bien-aimées de remarquables bienfaits. Seulement, de par les tensions inévitables entre deux personnalités, l’incompréhension, voire le mépris, les mauvaises herbes de la haine peuvent envahir le jardin pourtant paradisiaque du couple.

Cette haine peut se manifester par de l’humiliation, de la brutalité, voire des violences, à l’antithèse de la méthode prophétique. Et pourtant, le Prophète, paix et salut sur lui, nous enseigne : « Qu’un croyant ne déteste pas une croyante. Si l’un de ses traits de caractère lui déplaît, elle lui plaira par un autre.»[2]

L’amour conjugal est une pluie bienfaisante pour une vie conjugale heureuse. Il atténue les tensions et réactive les passions, comme au premier jour dira-t-on. Mais les attentes de chacun des conjoints peut-être discordantes, incomprises, voire invisibles. « Je veux qu’il m’accorde son attention… J’aimerai qu’elle respecte ma solitude… ». C’est donc une écoute de l’autre qui résonne avec le hadith bien connu « N’est pas tout-à-fait croyant celui d’entre vous qui n’aime pour autrui ce qu’il aime pour lui-même »[3].

La haine prend donc place lorsque l’amour est absent ou peu attisé. Il suffit parfois de peu. De belles paroles, des sourires profonds enveloppent le couple dans un cocon de passion, blindé à l’épreuve des balles de l’aversion.

 


[1]Coran : Sourate 42, v20

[2] « Le jardin des vertueux », Imam An-Nawawi, hadith n°275, rapporté par Muslim

[3] « Les 40 hadiths annawawi », Imam An-Nawawi, hadith n°13, rapporté par Boukhari et Muslim

 

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