La prière, être présent à Dieu

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En m’approchant de mon tapis de prière le cœur n’y est pas. C’est un geste que je sais nécessaire pour accomplir un devoir sans quoi ma foi diminuera et je me retrouverai en proie à des forces invisibles qui rendront ma vie sans sens et moi-même comme une coquille vide, un être inconscient disposé à l’insouciance.

Souvent d’ailleurs je la retarde car le cœur engourdi, et alourdi par ses passions l’emporte toujours sur la raison. Heureusement, je sais qu’en dehors de la prière, je ne pourrai me remettre dans un meilleur état. Heureusement, dans ma raison, je garde en mémoire : « Bien que mon premier geste soit mécanique et froid, mon cœur pouvait par la grâce divine reprendre conscience et percevoir une dimension de l’éternité. »

Donne-toi le temps, me dis-je. Prends le temps de te réveiller comme dans une salle de réveil à l’hôpital. Rien ne presse. Allonge cette inclinaison, et rappelle-toi la fin, cet instant de passage à l’éternité. Cet instant où les choses pèsent leurs vrais poids. Tu n’as pas réussi, ce n’est pas grave, tu es debout maintenant, ce n’est pas fini, tu peux tenter encore. Debout seul, sans rien, comme tu le seras face à Dieu ce grand jour[1]. Ce jour-là, tu essaieras de t’adresser à Lui pour demander pardon. Mais pourquoi ne pas le faire maintenant ? C’est le même qui sera là-bas, et ici Il est aussi à l’écoute, tes supplications ici sont une bonne œuvre. Demande que cette prière, cette supplication, soient un rempart contre Sa colère ce jour-là, qu’elles soient bien rétribuées, qu’elles ne soient pas refusées…

Je me rends compte que je suis déjà avec Dieu, je m’adresse à Lui. C’est le comble. Et je pleure en même temps de joie et d’anxiété. Je n’ai pas de réponse immédiate de Sa part, mais j’ai déjà fait ce qu’il faut, je suis entré par la grande porte, celle de la servitude et du besoin. Si ! Au contraire, j’ai une réponse ! Je suis déjà mieux dans mon cœur qui n’est plus un légume, peut-être pas pour longtemps car la parenthèse spirituelle va se refermer, mais je me remémorerai que mon cœur prend vie quand je rejoins l’Eternel.

Ai-je un message à adresser à mon Seigneur ? Là est la première question. Telle une lettre, soit je la transmets par poste auquel cas je m’applique à affranchir l’enveloppe et la poster. Un gestuel qui doit être juste et soigné. Soit je la rends en main propre. Il me semble que l’Ihssane (l’excellence spirituelle) qui consiste à adorer Dieu comme si on le voyait se rapproche plus de la situation de remise en main propre.

 


[1] Le jour dernier.

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