De l’intimité avec Dieu

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Elle est « la meilleure des œuvres[1] » de notre vie, elle ponctue nos journées et nous rappelle à Dieu, à Son Souvenir et Sa Présence. Et donc aux finalités de notre existence.

Elle est prière. Mais parfois, elle paraît bien pâle, usée même. Est-ce bien ce que je présente à Dieu chaque jour pour Lui témoigner mon amour ? Est-elle digne de moi ? Ou moi d’elle ?

 

Où en suis-je, Seigneur ? Oui, où en sommes-nous de cette adoration ? Lisons la suite.

Commençons par la racine. Celle du mot.

Bien peu, en effet, connaissent la signification du terme salat (prière) alors même qu’ils la pratiquent chaque jour… Et même si « traduire est trahir », nous pouvons toutefois tenter d’apporter quelque lumière sur ses origines phonétiques et sémantiques. Le terme salât est ainsi proche du mot sila, qui signifie « relation » et du mot wassala, qui signifie « est arrivé » ou bien « relier », « joindre ».

Ainsi, Dieu a fait de la prière un lien, un lien d’Amour qui nous unit à Lui autant qu’il relie chacun de nous. La prière est l’expression même de cet amour.

Elle fut prescrite près de trois années avant l’Hégire, à l’occasion du voyage nocturne (isrâ’) puis de l’ascension (mi’râj) du Prophète, paix et salut de Dieu sur lui, telle qu’évoquée dans la sourate du même nom et décrite dans le hadith de Muslim, selon le récit de Anas ibn Mâlik :

Un voyage qui l’a mené, entre rêve et éveil, de la Mecque à Jérusalem puis de Jérusalem aux cieux les plus élevés, jusqu’au Lotus de la Limite (sidrat al-muntahâ), pour y rencontrer Dieu et recevoir Son Présent. A Jérusalem, le Prophète (psdl)  guida la prière pour les prophètes qui l’ont précédé et il les retrouva lors de son ascension, aux différents niveaux célestes traversés.

Ce récit des origines de la prière en Islam permet d’en appréhender différemment  le sens. Il y est fait mention de Jérusalem -lieu sacré pour chacune des religions- et des prophètes ayant précédé Mohammed, paix et salut de Dieu sur lui. Dieu inscrit donc le Prophète dans une Histoire millénaire et relie la prière aux traditions antérieures. Elle est ce qui nous reste de ce voyage, ce don de Dieu qu’Il nous fait chaque jour.

Dans un hadith, le Prophète (psdl) nous apprend que «  la prière est l’ascension cosmique (mi’raj) du croyant ». Elle permet à chacun de renouer avec l’expérience prophétique en accomplissant son propre voyage, de s’élever vers Dieu jusqu’à en atteindre la Présence. Ainsi, à la différence des autres cultes, tous prescrits sur Terre, la prière rituelle fut la seule à avoir été révélée au Ciel. Elle est au-delà du temps, par-delà l’espace. Une élévation.

A l’instar du Prophète (psdl), Dieu nous invite à Sa Rencontre, à une conversation bénie puisqu’elle est, selon un autre hadith, « l’entretien intime (munâjât) entre le serviteur et son Seigneur »[2]. Elle est cet endroit unique où nous pouvons nous élever indéfiniment vers Dieu tout en partageant Son intimité. Sans condition ni intermédiaire.

La prière, une présence à Dieu

La prière est une expérience de foi nécessitant un apprentissage, une éducation –celle de l’ego (nafs)– et une initiation. Pour que la prière soit à la fois nourriture spirituelle et source de lumière, pour soi et les autres, pour goûter à sa saveur, en somme, il faut y avoir travaillé.

Elle est le lieu où nous nous présentons devant le Tout-Puissant, Maître des Mondes, si petits, si insignifiants, avec tout ce que nous sommes et tout ce que nous ne sommes pas, tous nos manquements et tous nos possibles. En prière, nous apprenons à être seul, sans masque, sans apparat, face à Celui Qui lit dans les cœurs. Abu Sa’id al-Kharrâz dit: « Quand tu entres dans la prière, tu pénètres dans la présence de Dieu, comme tu te tiendras devant Lui au jour de la résurrection, quand tu seras devant Lui sans aucun médiateur. » Une répétition à ne pas manquer…

Là où certains s’épuisent à trouver une source où étancher leur soif de sens, en eux-mêmes ou ailleurs, partout sauf en Lui, le croyant sait pour son cœur le besoin de prière, pour continuer à battre au Rythme de Dieu et ne pas s’éteindre à Sa Lumière. La prière est une des apparences que revêt notre adoration. Elle vient révéler quelque chose d’un état intérieur qu’on aimerait parfois bien ignorer. Mais pour entendre, il faut pouvoir faire taire le fracas assourdissant de cette vie qui fait de l’homme son propre maître, prisonnier de sa toile d’oublis et de passions. Prier, c’est se déprendre de cette toile afin d’entrevoir le caractère éphémère et trompeur de ses ravissants atours. Toute une existence à virevolter, toute une prière pour s’oublier, pour ne plus être que devant Dieu, pour ne plus être devant Dieu…

Dans son expression la plus haute, la prière transcende le croyant. Il n’y a rien de plus grand, de plus intense que de prier Dieu. Et de cette rencontre, le cœur sincère ne peut sortir indemne. Quelques minutes au cours desquelles le temps suspend son vol, quelques minutes pour puiser à la Source divine dans l’Espoir d’en recevoir un éclat, une lueur qui nous ravirait à nous-mêmes. Quelques minutes pour purifier son cœur des points noirs qui le recouvrent, comme dans un hadîth où le Prophète (psdl) dit : « Que pensez-vous si l’un de vous avait, devant sa porte, une rivière où il se laverait cinq fois par jour, est-ce qu’il lui resterait quelque chose de sa saleté ?…Telle est l’image des cinq prières quotidiennes par lesquelles Dieu efface les fautes »[3]

La prière est cet ailleurs qui soustrait le croyant sincère à ce bas monde et à lui-même. En ce sens, elle est exil. Prier, c’est se déprendre de soi pour retourner à Dieu. Retrouver son innéité (fitra) et renouer ainsi avec son engagement primordial: celui de n’adorer que Dieu. C’est un renoncement à soi et un abandon absolu à Lui.

La prière, un instant et un espace

Beaucoup attendent un moment propice pour la commencer, d’être un peu meilleur pour la reprendre. Mais prier n’a jamais exigé de nous d’être parfait. A l’inverse, c’est elle qui nous dénude de nos soucis, de nos tourments, de nos colères. La prière est cet espace de redécouverte de soi, sous le regard aimant de Dieu. Prier est un instant de grâce et de sérénité ; c’est d’ailleurs le sens que revêt le taslim final, « As salam aleikoum »… Trouver auprès de Dieu la paix pour pouvoir la porter et illuminer le monde alentour. « N’est-ce pas à l’évocation de Dieu que s’apaisent les cœurs ? »[4]

Car prier n’est pas seulement un voyage de soi vers soi. Prier, cela se voit ! Et de la qualité de sa prière dépend sa relation au monde. Prier, c’est s’envoler pour mieux revenir. Au cours de son voyage nocturne, le Prophète (psdl) rencontra nombre de ses semblables, paix et salut de Dieu sur eux, avant et après son ascension, puis fit le récit de son aventure à sa famille et ses compagnons, de retour à la Mecque. Ainsi en est-il de chaque croyant qui, avant de s’en retourner vers Dieu, doit traverser cette vie, trouver sa place en ce monde et aimer ceux qu’il y trouvera. C’est la condition de toute élévation vers Lui.

La prière est belle. A ceux qui l’ont vraiment goûtée, elle est appétissante et savoureuse… Elle est exaltation du Nom de Dieu et de Ses Attributs. Si elle était parole, elle serait chahâda (attestation de foi), si elle était parfum, ce serait celui du Prophète (psdl), si elle était couleur, elle aurait celle de l’Amour. Quant au goût, je laisse à chacun le soin d’y apporter sa réponse !

La prière est un instant et un espace. Elle est un possible vers Dieu qu’il appartient à chacun de faire sien et qui n’a de limite que la portée de son amour…

« O mon Seigneur ! Fais que j’accomplisse assidûment la Salat ainsi qu’une partie de ma descendance ; exauce ma prière, ô notre Seigneur ! »[5]

 


[1] « Sachez que la meilleure de vos œuvres, c’est la salât » Hadith rapporté par ibn Majah

[2] Hadith rapporté par Bukhârî dans Kitâb al-îmân

[3] Hadith rapporté par Bukhârî et Muslim, selon Abu Hurayra

[4] Sourate 13, verset 28

[5] Sourate 14, verset 40

 

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