Voyage au cœur du Coran : Le terme A-MI-NA

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Nous allons aborder un mot qui apparaît très fréquemment à travers ses dérivés dans le Coran. Il s’agit de la racine A-Mi-Na[1] qui signifie être en sécurité, avoir confiance, se fier à – contraire de la crainte. Son dérivé que vous connaissez tous est Â-Ma-Na[2] : Porter la sécurité, donner confiance, rassurer, porter la foi en, adhérer, croire en (avec bi), sécuriser, tranquilliser (contre, min), mettre à l’abri. Et enfin nous voyons un dernier dérivé qui va nous permettre d’entrer dans le développement de notre article, Î-Mâ-Noun[3] : action de sécuriser, de donner confiance, de rassurer, adhésion, foi, croyance.

Ce terme A-Mi-Na est souvent traduit par le fait de croire, mais si nous revenons à sa racine arabe nous découvrons d’autres sens. Les notions de confiance, de sécurité, d’adhésion sont autant de sens que nous ne pouvons ignorer en abordant ce mot. Le croyant qui porte cette foi s’est mis en sécurité. Lorsque cette foi se réalise en lui, il devient rassurant dans son environnement. C’est un pilier, un témoin qui porte en lui la mémoire[4] de l’Homme, cette conscience primordiale née de la descente de Adam (paix sur lui) sur terre et qui est alors qualifié de représentant de Dieu sur terre. Cette sécurité inspirée par le croyant à ses frères et sœurs adamiques est née d’une émancipation, une libération du rythme et du désordre qui se trouvent à l’intérieur de l’homme moderne. Il est dispersé, aliéné, coupé de sa propre source de connaissance, le cœur. Il est jeté dans un monde qui lui fait peur. Il lui est étranger, il ne sait pas pourquoi il est là, il a peur de mourir, car il ne sait pas où il va. L’homme moderne, coupé de Dieu, est livré à une vie d’inquiétudes, de sentiment d’insécurité astucieusement encouragés par les pouvoirs en place qui l’utilisent pour mieux contrôler les masses. « Le grand secret de l’ingénierie sociale est que, contrairement aux apparences, plus un sujet est chaotique, plus il est prévisible. Un sujet plongé dans le chaos ne développe que des logiques à très court terme, purement réactives, donc faciles à deviner et anticiper… »[5]

L’homme moderne, en plein cœur de « la démocratie », n’a jamais été autant manipulé. La crise économique, l’insécurité relayées à 200% par les médias, « chiens de garde » du système, maintiennent donc l’homme moderne dans un état d’inquiétude qui le pousse à déléguer tous les pouvoirs et toutes les décisions concernant sa vie et son devenir au gouvernement. Or dans une vraie démocratie c’est le peuple qui devrait orienter le gouvernement.

Les termes coraniques que nous inaugurons aujourd’hui nous invitent à nous reconnecter avec notre Histoire. Notre origine n’est pas le singe mais bel et bien l’homme du Paradis que Dieu a choisi parmi toutes Ses créatures et à qui Il a donné cette liberté de choisir sa destinée. Son origine, ce qui l’a amené au monde c’est l’amour divin[6] et la désobéissance du Prophète Adam (paix sur lui) n’est pas un péché originel que l’homme a été, longtemps[7], condamné à tirer comme un boulet, à sa naissance mais c’est la prise de conscience de cette liberté accordée par Dieu et un repentir qui révélera la Miséricorde de Dieu. Il faut descendre sur Terre pour connaître Dieu. Cette foi n’est pas une simple adhésion à une pensée mais c’est un fleuve en mouvement, qui grossit à l’aide de ses affluents. Le monde qui nous entoure est en mouvement, quoi de plus normal que d’avoir une foi toujours en mouvement et vivante pour entrer en harmonie avec Dieu et avec Sa création.

Le Prophète (paix sur lui) nous dit : « La foi est constituée de plus de 70 affluents[8]. Le plus haut d’entre eux est de dire : « Il n’y a de divinité que Dieu ». Et le plus immédiat[9] (accessible) est d’enlever du chemin ce qui gêne (le passage). Et la pudeur est un affluent de la foi »[10]

A travers cet éclaircissement prophétique, on comprend mieux pourquoi on ne peut pas parler de cette foi du croyant sans parler du contexte et des interactions avec lui. Porter la foi c’est être naturellement dérangé, au fond de son être, par ce qui gêne nos frères et sœurs adamiques. Les nombreuses superstitions, croyances, philosophies qui plongent cet homme moderne dans une manière de vivre qui le désintègre, l’atomise et l’aliène sont autant de gênes à retirer sur son chemin vers son Créateur. Le porteur de cette foi enrichie de ses multiples affluents que l’on peut retrouver[11] dans le Coran et la Sunna devient un modèle vivant, une mémoire de l’homme intègre et complet qui ne se laisse pas emporter par les courants de ce monde.

Dieu dit : « En croyants originels à l’égard de Dieu, et non en Lui associant ; car quiconque associe à Dieu, c’est comme s’il dégringolait du ciel et qu’alors un oiseau le happe[12], ou que le vent l’abîme en un lieu perdu. »[13]

Quoi de plus explicite pour exprimer l’état dans lequel l’être humain peut se retrouver quand il perd le lien fondamental qui le met en sécurité. Le voilà à la merci des prédateurs et des vents qui le jettent dans des lieux perdus, où personne ne l’entend, personne ne le cherche, personne ne s’intéresse à lui. L’homme moderne est en détresse. « L’homme débordé est un modèle anthropologique inédit, clivé entre le désespoir de ne pouvoir reprendre la barre sur son existence et l’ivresse de frôler en permanence le burn out. »[14] La foi est non seulement ce qui le met en sécurité mais elle joue aussi un rôle sur son environnement, elle redonne confiance à l’homme et à la sacralité de son être. Elle appelle à se libérer du rythme imposé par notre société pour vivre en harmonie avec le Créateur et Sa création. Le croyant, dont l’affluent, nourrissant sa foi, le plus élevé est la parole d’unicité « il n’y a point de divinité si ce n’est Dieu »[15] est alors comparable à cet arbre aux racines profondes et aux branches qui s’élancent dans le ciel. Il est ferme dans ses principes et bien enraciné dans l’Amour. Cet Amour, il le tourne vers ses frères et sœurs adamiques, il leur offre et les invite à le rejoindre dans cette terre de sécurité que représente la foi.

 


[1]Gloton Maurice (que Dieu lui accorde Sa Miséricorde), Une approche du Coran par la grammaire et le lexique, édition Al Bouraq, sept 2002, Beyrouth Liban. P 252

[2]Idem,  : il s’agit de la voyelle longue, ce dérivé est de la forme Af’ala

[3]Idem

[4]Explication du terme « mémoire » que j’emprunte au professeur RAHMANI Ahmed

[5]Auteur non mentionné, Gouverner par le chaos, ingénierie sociale et mondialisation, édition Max Milo, sept 2014, P20

[6]Professeur RAHMANI Ahmed

[7]Idem, jusqu’à la rédemption par Jésus (paix sur lui) qui aurait racheté ce grand péché originel par le sacrifice de sa propre personne, selon les catholiques.

[8]Référence aux affluents d’un fleuve qui représenterait la foi du croyant

[9]De l’arabe Adnâha

[10] Sahih Muslim, 35, hadith authentique

[11] Les savants dont Al-Bayhaqi ont fixé le nombre des affluents à soixante dix-sept. Ils ont fourni l’effort d’extraire tous les affluents à partir du Coran et des Hadiths. Abdessalam Yassine à partir de son ouvrage « Révolution à l’heure de l’islam » présente 79 affluents classés en 10 vertus principales. Elle présente une vision globale de l’Islam et trace des repères pour le candidat et la candidate désireux de cheminer vers Dieu. (article PSM : les affluents de la Foi)

[12]Happer : saisir brusquement avec le bec (Larousse)

[13]Sourate el Hajj, verset 31, inspiré de la traduction de Jacques Berque, Le Coran, Essai de traduction, Albin Michel, Oct 2002

[14]BIAGINI Cedric, L’emprise du numérique, comment internet et les nouvelles technologies ont colonisé nos vies, Editions l’Echapée, 2012

[15] Lâ ilâha illa llâh

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