Seulement est-il un homme pour méditer le Rappel ?

« Seulement est-il un homme pour méditer le Rappel ? », [1]ainsi Dieu, exalté soit-Il, S’adresse au croyant, en quête de salut personnel et collectif.

En effet, la lecture du Coran permet à toute personne, douée d’intelligence et de sensibilité, de se mettre à la hauteur du message qui lui est adressé ; message qui émane du Tout-Puissant, du Sage et de l’Omniscient qui nous conseille, par amour désintéressé, et nous avertit : « et jamais vous n’accomplirez une action sans qu’au même moment Nous en soyons témoin. Pas même le poids d’un atome n’échappe à ton Seigneur, que ce soit sur la terre ou dans les cieux, et il n’existe rien de plus petit ni de plus grand que cela qui ne soit inscrit dans un Livre explicite » [2].

De Sa sagesse, de Son savoir et de Son soutien, les prophètes, guides et modèles humains à imiter, s’imprègnent, s’inspirent et s’éduquent, nous éduquent aussi. C’est pourquoi Dieu nous le rappelle, à maintes reprises, avec Abraham : « Tel est l’argument que Nous inspirâmes à Abraham contre son peuple. Nous élevons en haut rang qui Nous voulons. Ton Seigneur est Sage et Omniscient » [3], avec Salomon : « Nous la fîmes comprendre à Salomon. Et à chacun Nous donnâmes la faculté de juger et le savoir. Et Nous asservîmes les montagnes à exalter Notre Gloire en compagnie de David, ainsi que les oiseaux. Et c’est Nous qui sommes le Faiseur » [4], avec Joseph : « [Joseph] commença par les sacs des autres avant celui de son frère ; puis il la fit sortir du sac de son frère. Ainsi suggérâmes-Nous cet artifice à Joseph. Car il ne pouvait pas se saisir de son frère, selon la justice du roi, à moins que Dieu ne l’eût voulu. Nous élevons en rang qui Nous voulons. Et au-dessus de tout homme détenant la science il y a un savant [plus docte que lui] [5] et avec la mère de Moïse : « Et Nous révélâmes à la mère de Moïse [ceci] : « Allaite-le. Et quand tu craindras pour lui, jette-le dans le flot. Et n’aie pas peur et ne t’attriste pas : Nous te le rendrons et ferons de lui un Messager » [6].

Ces paroles, dans le contexte particulier marqué par la crise sanitaire de la covid 19, prennent tout leur sens : rien n’est dû au hasard ; l’univers a un Seigneur, et cet univers met en exergue une autre dimension, qui échappe à la logique et à lecture ambiante de l’Histoire et du devenir humains ; celle de l’invisible (microbes, virus, bactéries…) qui guide et oriente vers l’Invisible. Ce n’est ni châtiment, ni abandon mais une invitation à un examen de conscience pour repenser notre rapport au divin, au corps, à la mort, à la vie, au capital, à l’humain et à l’environnement. Nous nous sanctionnons, nous nous détruisons et nous nous corrompons en surexploitant et surconsommant tout ce dont nous avons la responsabilité : « La corruption est apparue sur la terre et dans la mer à cause de ce que les gens ont accompli de leurs propres mains ; afin que [Dieu] leur fasse goûter une partie de ce qu’ils ont œuvré ; peut-être reviendront-ils (vers Dieu) » [7]

«Seulement est-il un homme pour méditer le Rappel ? » Lire, dans un esprit initiatique, le Coran nous garantit et « ce retour, éclairé, vers Dieu », qu’évoque le verset précédent, et de faire face à la tentation du mal, sous toutes ses formes, perceptibles et imperceptibles, y compris le mal contre soi, et de favoriser et promouvoir un bien pour toute vie humaine sur terre partant des récits, cités dans le Coran, qui nous aident dans notre démarche et détermination: « ce sont là des paraboles que Nous citons aux gens, mais seuls les savants les comprennent » [8]

La lecture du Coran nous offre l’occasion et la chance de faire la connaissance d’une multitude de sociétés, donc d’êtres humains comme nous, qui ont institué et officialisé une conception des rapports, loin des recommandations divines et d’idéal sociétal juste et empathique, interhumains basés sur l’oppression, l’injustice, l’accumulation et la corruption des valeurs et des mœurs ; conception dictée par un égo aveuglant et éblouissant : celui de la tyrannie : « Pharaon rendit son peuple docile, et celui-ci lui obéit ; c’était vraiment un peuple pervers » [9], et du suprémacisme, ethnique : « Dieu dit :  » Qu’est-ce qui t’a empêché de te prosterner lorsque Je te l’ai ordonné ?  » Il répondit :  » Je suis meilleur que lui. Tu m’as créé de feu, et lui Tu l’as créé d’argile » [10], capitalistique ou scientiste : « Il dit : « C’est par une science que je possède que ceci m’est venu ». Ne savait-il pas qu’avant lui Dieu avait péri des générations supérieures à lui en force et plus riches en biens ? Et les criminels ne seront pas interrogés sur leurs péchés » [11]

Le monde, le nôtre, devient progressivement intelligible, moins surprenant ou décevant, à force de l’étudier à la lumière du Coran, en contextualisant ce qui doit être contextualisé, personnalisé ou nuancé. Imaginons un insecte, une fourmi en l’occurrence, pourvu d’un sens de responsabilité, d’exactitude dans la transmission de l’information et d’amour des siens dire, nous dire implicitement : « ô fourmis, entrez dans vos demeures, [de peur] que Salomon et ses armées ne vous écrasent [sous leurs pieds] sans s’en rendre compte ! »[12]. Les exégètes considèrent ce verset comme preuve irréfutable de la poéticité du Coran, de son miracle verbal : en une proposition, au moins une dizaine d’actes de langage sont émis : interpeller, conseiller, informer, avertir, nier, insister, exagérer…

Un deuxième miracle, cette fois-ci scientifique, nous est transmis par l’utilisation du verbe « briser » dans ce verset car la couverture osseuse dure de la fourmi, se détruit, sous pression, comme du verre [13]. Et un troisième miracle, leçon de vie confirmée par les tragédies de l’histoire humaine, est offert au lecteur de cette même sourate, à savoir cette amère et véridique conduite inique des rois au pouvoir à l’égard de leurs sujets : « Elle (reine de Saba) dit : « En vérité, quand les rois entrent dans une cité ils la corrompent, et font de ses honorables citoyens des humiliés. Et c’est ainsi qu’ils agissent » [14], sachant que la proposition soulignée est celle de Dieu, exalté soit-Il, qui donne raison à cette reine, et donc d’une femme.

Un arachnide, toujours dans notre méditation et lecture initiatique, une araignée, nous résume, dans un bel exemple, la fragilité de certains rapports, spécialement humains, basés sur les diktats de l’immédiat, de la séduction, sous ses diverses formes, de l’utilitarisme et du (re) productivisme : « Ceux qui prennent des protecteurs en dehors de Dieu sont semblables à l’araignée : celle-ci s’est donné une demeure, mais la demeure de l’araignée est la plus fragile des demeures. S’ils pouvaient savoir » [15]. Ce n’est pas la toile qui est fragile ou critiquée, l’avenir de la fibre optique [16] dépend de la culture des araignées pour la qualité et la solidité de cette toile, mais c’est bien le rapport éphémère et fragile entre le mâle et la femelle, un simple « cannibalisme sexuel » [17].

Le Coran nous incite, incessamment, à l’humilité, à nous sentir vulnérables, sans Dieu et sans les autres. C’est pourquoi Il nous rappelle que seuls les actes et comportements sont à condamner ou rejeter mais pas l’être humain qui les a commis, qui reste humain, qui demeure toujours sous la protection et les grâces de son Créateur, comme il est recommandé dans ce passage: Il dit : « ô Noé, il n’est pas de ta famille car il a commis un acte infâme. Ne me demande pas ce dont tu n’as aucune connaissance. Je t’exhorte afin que tu ne sois pas du nombre des ignorants » [18], l’acte et le comportement, la mécréance, sont infâmes et blâmables mais pas le fils qui demeure un être humain dont les droits sont à préserver comme il est expliqué et vivement conseillé dans ce verset, au sujet des parents : « Et si tous deux te forcent à M’associer ce dont tu n’as aucune connaissance, alors ne leur obéis pas; mais reste avec eux ici-bas de façon convenable. Et suis le sentier de celui qui se tourne vers Moi. Vers Moi, ensuite, est votre retour, et alors Je vous informerai de ce que vous faisiez. » [19]

Dans la même sourate, Dieu, exalté soit-Il, nous fait remarquer, à nous vulnérables croyants qui essentialisons ce qu’Il nous dit, sans appeler à un ascétisme défaitiste, isolationniste ou protectionniste, nous avons deux vies et nous espérons les vivre sans que l’une ne détrône ou n’exclue l’autre : « Voilà la création de Dieu. Montrez-Moi donc ce qu’ont créé, ceux qui sont en dehors de Lui ? » Mais les injustes sont dans un égarement évident » [20].

Pour éviter « cet égarement évident », nous lisons, plus qu’avant, le Coran pour nous interroger, comme le soutient Edgar Morin [21], « sur notre mode de vie, sur nos vrais besoins masqués dans les aliénations du quotidien »[22] sans « occulter la mort »[23] ni en faire une obsession. L’occurrence « vie » est citée, dans le Coran, environ soixante-cinq fois alors que celle de « mort » ne dépasse pas trente-cinq fois. Notre postérité, comme l’enseigne notre prophète, paix et bénédiction sur lui, passe par « une œuvre à intérêt général », « un savoir utile » et « un enfant reconnaissant et pieux » [24], qui invoquera Dieu, pour nous, bien après notre mort.

« C’est le Livre béni que Nous avons fait descendre sur toi afin que les hommes méditent et que réfléchissent ceux qui sont doués d’intelligence » [25] et, en guise d’avertissement, de blâme et d’intimation, Dieu exalté soit-Il, nous rappelle : « Ne méditent-ils pas sur le Coran ? Ou y a-t-il des cadenas sur leur cœur ? » [26]. Méditer et pour penser le Coran, ses récits, ses paraboles, ses recommandations et ses interdits, nous aident à donner cadre, sens et forme à notre passage parmi les hommes, le prophète, paix et bénédiction sur lui, ne priait-il pas toute une nuit avec ce verset : « Si Tu les châties, ils sont Tes serviteurs. Et si Tu leur pardonnes, c’est Toi le Tout-Puissant et le Sage » [27] ?

[1] La lune, 17 (traduction de Jacques Berque)

[2] Jonas, 61

[3] Le Bétail, 83

[4] Les Prophètes, 79

[5] Joseph, 76

[6] Le Récit, 7

[7] Les Romains, 41

[8] L’araignée, 43

[9] Les Ornements d’or, 54

[10] Al-A’râf, 12

[11] Le Récit, 78

[12] Les Fourmis, 11

[13]Voir à ce propos, entre autres, ce site : https://www.futura-sciences.com/planete/dossiers/zoologie-fourmi-secretsfourmiliere-1404/page/3/

[14] Les Fourmis, 34

[15] L’Araignée, 41

[16] Se référer à ce site : https://www.futura-sciences.com/tech/dossiers/technologie-biotechnologie-soie-araignees-fibretres-performante-121/

[17] Voir à ce sujet ce site : https://www.letemps.ch/sciences/laraignee-male-lutte-contre-cannibalisme-sexuel

[18] Hud, 46

[19] Luqmân, 15

[20] Luqmân, 11

[21] Nous ne partons pas des mêmes principes ou thèses, mais nous partageons tant de questionnements sur le devenir de l’homme et la « voie » à suivre pour assumer son rôle d’homme animé par son empathie, son pardon et son engagement pour bâtir un monde inclusif qui n’estompe pas les différences et qui résiste face à la tentation du mal et de l’injuste.

[22] Le Monde, édition abonnés du 19/04/2020

[23] Lire à ce propos le dialogue entre Edgar Morin et Régis Debray : « On n’arrive pas encore à regarder la mort en face », Le Monde, édition des abonnés du 02/09/2018

[24] Rapporté par Muslim

[25] Sâd, 29

[26] Muhammad, 24

[27] Table servie, 118

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