L’islam dans l’Occident : d’un passé fécond à un présent amnésique (2/4)

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Les philosophes ont vécu en paix sans être inquiétés. Pas un Bruno ne fut brûlé, et aucun Galilée ne fut jugé devant un tribunal d’inquisition. Kindi, Farâbi, Ibn Sîna(Avicenne), Ibn Bâja (Avempace), IbnToufayl (Abubacer), Ibn Rushd (Averroès)… personne ne fut persécuté. Certes, les jurisconsultes (fouqaha) les regardaient de travers, les spécialistes du hadith se fermaient à leur vue, les savants ont combattu leurs idées et ont récusé leurs arguments, génération après génération. Mais aucun échafaud ne fut dressé et aucun bûcher ne fut allumé.La logique aristotélicienne a-t-elle libérée la raison musulmane ? Averroès, avec son nouvel aristotélisme pur, est-il celui par qui la Renaissance européenne est venue ?

La philosophie libératrice d’Aristote telle que la relaya Averroès en Europe représentait le socle de la pensée du grand philosophe de l’?glise : Thomas d’Aquin. Et nous savons aujourd’hui quelle sorte de liberté a exercée l’Église.

Quant à l’originalité et la profondeur dont nous avons besoin de manière vitale, c’est la réappropriation de la méthode expérimentale qui est sortie tout droit de la matrice du syllogisme analogique principiel (al qiyâs al ouçouli), alors que d’autres se réclament de sa parenté.

Prenons donc la formule originelle, concernant la clé des sciences universelles, de la plume authentique d’une personne qui en parle en connaissance de cause. C’est celle du maître incontesté des sciences de la lumière et de l’optique, professeur des générations et initiateur d’une voie dans laquelle s’est engagée après lui Galilée, Newton et Bacon, et qui est maintenant séquestrée par la raison scientiste faisant autorité dans le monde.

Cette plume n’est autre que celle de Ibn al-Haytham (Alhazen) qui écrivit : « Nous entamons notre recherche en passant en revue l’existant, puis en examinant les différents états de l’apparent, puis en distinguant les particularités des constituants, enfin en relevant les caractéristiques propres à la vision lors de la perception pour ce qui est du visible invariant comme du régulier et constant. »

Il rajouta : « Puis notre recherche et notre évaluation progressent graduellement, séquentiellement et de manière ordonnée, en réexaminant les prémisses et en émettant des réserves quant aux conclusions. Notre souci dans l’investigation et l’évaluation répond à des principes d’objectivité et de vérité, non aux préjugés et aux idées toutes faites. »

« … En procédant ainsi, nous nous orientons vers la vérité, et nous atteignons par la progressivité et la douceur l’objectif qui ne laisse aucune place au doute, tout en usant de la critique et de la réserve. »(1)

Les philosophes actuels, arabes ou non, refusent d’admettre que cette brillante méthodologie est issue des sciences du fondement du droit et de la jurisprudence musulmanes(‘ilm al ouçoul). Ils trouvent dans les livres de Ibn al-Haytham une admiration pour ce qui est de « la logique commune à tout observateur » similaire à celle que l’on retrouve chez Ghazali.

L’important n’est pas d’établir – ou ne pas établir – le lien entre la méthode expérimentale et l’aristotélisme. Ce qui nous intéresse c’est que la formule précitée est l’œuvre d’un esprit musulman qui n’a jamais ressenti le besoin de renier sa religion pour pouvoir s’émanciper. Ce n’était nullement un esprit faible facilement influençable, tout au contraire.

Note :

(1) Propos rapportés par le docteur Ali Annashar dans son ouvrage : « Les méthodes de recherche chez les penseurs musulmans » citant Mustapha Nadhif, p240, 4e édition.

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