Al-Ghazali, la guérison et la Voie (2/2)

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1849

A la lumière des trois certitudes qu’Al-Ghazali a acquises, à savoir l’existence de Dieu, du jour du jugement et de la Prophétie, il va chercher la guérison en se plongeant successivement dans ce qu’il considère être les quatre grandes voies de son temps : les gens de la Scolastique (al Mutakallimun), les Intérioristes (al Batinia), les Philosophes (al Falasifa), les Mystiques (as-Soufia).

En effet, il s’est mis à sonder les profondeurs de ces sciences car il dit lui-même : « J’ai appris que réfuter un système avant de le connaître intégralement serait le faire en aveugle » et que les esprits faibles ne reconnaissent la vérité que dans la bouche de certains hommes au lieu de reconnaître les hommes lorsqu’ils disent la vérité.

Quête du salut et de la guérison

Al-Ghazali commence alors sa quête du Salut et de la guérison physique et spirituelle en se plongeant dans la scolastique. Il se rend compte finalement que cette science, louable, qui à travers ses discours ordonnés permet de révéler les hérésies et de conserver la foi « orthodoxe » sunnite contre la confusion des novateurs n’est pas apte à soigner son âme. Il ne la critique pas dans son essence mais la considère impuissante face aux maux qui le tourmentent car tout simplement les médecines varient avec les maux, « celles qui font du bien à certains patients nuisent aux autres malades ». Ce n’est donc pas selon lui la voie de sa guérison.

Il se tourne ensuite vers la philosophie. Il la divise en six branches : les mathématiques, la logique, les sciences naturelles, la théodicée, la politique, l’éthique. Il se rend compte que les philosophes sont soit matérialistes et athées, soit naturalistes reconnaissant un Créateur Sage mais pas le jour du jugement, soit théistes. Les théistes qui comptent Socrate, Platon puis Aristote lequel a corrigé par la suite les idées de ses prédécesseurs et réfute les deux premières catégories de savants. Mais Al-Ghazali conclut quant à lui que tous les philosophes quels qu’ils soient sont hérétiques même ceux dits de l’éthique, qui se sont emparés de propos mystiques tout simplement incorporés aux leurs pour mieux répandre leurs “bêtises”.

Il s’intéresse alors à l’Enseignement, ou Taalim, des Intérioristes. Cette tendance prône le modèle du Maître infaillible comme intermédiaire et ne permet pas l’accès direct au Prophète (que Dieu prie pour lui et le salue). Al-Ghazali réfute catégoriquement ce principe et explique que « l’erreur ne s’est répandue que par la faute d’esprits faibles, qui ont voulu raisonner les partisans du Taalim. Au lieu de mettre en jeu l’activité rationnelle, ils se sont bornés à répondre ».

Le chemin de la guérison

Il ne reste alors devant lui que la voie Mystique. Al-Ghazali commence par comprendre que cette voie consiste à reconnaître science et action à égalité nécessaires. Elle vise alors à lever les obstacles personnels de l’égo « nafs » et à purifier le caractère de ses défauts. « Je suis donc entré en moi-même ». Il saisit que la science et la pratique sont deux approches différentes, à l’instar d’un savant qui connaît les mécanismes biologiques de l’ivresse et des changements qui s’opèrent de ses suites dans le cerveau ; et de l’ivrogne qui ignore tout de ce qui se passe au niveau neurologique mais connaît indéniablement l’expérience vécue de l’ivresse !

Il conclut donc que « la science est la vérification par la preuve » mais que « la gustation c’est l’intime connaissance de l’extase » et que « la foi fondée sur la conjecture n’est que l’acceptation de témoignages oraux et de ceux de l’expérience ».
Al-Ghazali a alors trouvé ce qu’il cherchait ; il est sur le chemin de la guérison et s’explique sur ce qui lui était arrivé : « Dieu me noua la langue m’empêchant ainsi d’enseigner ».

Il doit alors réapprendre son Islam et décide de partir et de tout laisser derrière lui. Au début incapable de se décider, il confiera « c’est Dieu qui me rendit aisé le renoncement aux honneurs, à l’argent, à la famille et aux amis ». Il cherche alors un homme de chair et de sang qui puisse lui faire connaître Dieu après que ses études de livres en quête de vérité l’aient épuisé.

Mais, dit-il, pour quitter Bagdad, les Irakiens ne pouvaient supposer que « je puisse renoncer, pour des motifs religieux, à un enseignement qui représentait à leurs yeux le sommet de la religion ! » et il cite lamentablement le verset suivant : « Leur plus haute idée du savoir ne va pas plus loin » (S 53, v 31).
Il fait alors croire qu’il se rend uniquement à la Mecque pour le pèlerinage mais en profite en réalité par la suite pour aller en Syrie.

Éveil et volonté

Dix ans durant il se réfugie alors dans une retraite spirituelle. Il a accompli son exode « hijra » à la recherche de Dieu Exalté et a appelé cette première étape qui constitue le début de la route « éveil et volonté ». Il a cherché un être de chair et de sang, un guide ou « wali mourchid », qui puisse lui ouvrir les clés du chemin qui le mènera à Dieu et a intégré les mystiques et les hommes sincères “qawm”. Il a consacré dès lors son temps à la méditation, menant une vie d’adoration et d’étude et a remis son éducation au maître Al-Farmidi, cet homme de Dieu dont l’éducation spirituelle remonte par une chaîne d’hommes pieux jusqu’au Prophète (que Dieu prie pour lui et le salue). Il a réalisé ce que l’on appelle sa « sohba », c’est-à-dire qu’il l’a fréquenté et suivi, et a appliqué ses recommandations lui faisant voir avec précision son égo et ses défauts et le préservant des déviations dans la Voie.
Il découvre que « La Foi en la Prophétie c’est la certitude de l’existence d’une zone supra-rationnelle, où s’ouvre un « œil » doué d’une perception particulière. L’intellect en est exclu comme le sont l’ouïe de la perception des couleurs, la vue de celle des sons, et tous les sens de celle des données rationnelles. »

Après dix années de retraite spirituelle, lorsque Fakhr al Mulk, fils de Nizam al Mulk vient malgré tout le voir pour lui demander d’enseigner, cette fois-ci dans la ville de Nishapur, al-Ghazali ne peut refuser la proposition et accepte. Mais il était alors devenu un autre homme, il avait trouvé ce qu’il cherchait et son enseignement avait totalement changé. Il enseignait ce que les médecins du cœur que sont les Prophètes et les hommes de Dieu enseignaient aux hommes, c’est-à-dire comment faire pour « arriver chez Dieu avec un cœur sain ».

Peu de temps après c’est de nouveau la retraite spirituelle, mais cette fois-ci définitivement.
Abu Hamid al-Ghazali décédera à Tus, sa ville natale en 504H (1111), et ses dernières paroles seront celles d’un homme apaisé par la grâce de Dieu : « Le sage se prépare dans la sérénité à se présenter devant le Roi ».

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A partir de l’ouvrage Al munqid mina addalal wal moussil ila dhi al izzati wa al jalal (Le sauveur de l’égarement et le meneur à Celui doté d’Estime et de Majesté/ Erreur et délivrance), récit autobiographique d’Abu Hamid al-Ghazali sur son basculement vers le soufisme.

 

 

1 commentaire

  1. je suis un fidele musulman à la recherche de connaissance mystique et suis très inspiré par
    les recherches de Al GHAZZALI et je voudrais plus de documentations sur ces differents thèmes pour approfondir ma connaissance.
    merci

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