Dire du bien ou se taire

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Le prophète Mohamed, paix et salut sur lui, a dit « Celui qui croit en Dieu et au Jour Dernier qu’il dise du bien ou qu’il se taise »[1]. Le croyant est appelé à observer sa langue, et à ne lui permettre de proférer que des bonnes paroles, voire les meilleures paroles s’il aspire à faire partie des adorateurs de Dieu. [Et dis à Mes adorateurs d’exprimer les meilleures paroles][2].

Les bonnes paroles sont tel un bel arbre dont le fruit est permanent. Dieu dit [N’as-tu pas vu comment Dieu propose en exemple une bonne parole semblable à un bel arbre dont les racines sont fermes et les branches s’élancent dans le ciel ?  Il donne à tout instant ses fruits, par la grâce de son Seigneur. Dieu propose ces exemples aux gens afin qu’ils se souviennent][3]. La parole « La Ilaha Illa Llah : Il n’y a de divinité autre que Dieu » en demeure incontestablement la meilleure. Dans le Hadith, le Prophète dit « Je n’ai jamais dit et aucun prophète avant moi n’a jamais dit une parole meilleure que Lâ ilâha illallâh »[4], salut de Dieu sur le Prophète.

La bonne parole a pour fruit, par exemple, une communication bienveillante et non violente. C’est probablement elle qui aurait également le pouvoir de transformer une animosité en une amitié chaleureuse. [Repousse (le mal) par ce qui est meilleur ; et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux][5]. Et elle encouragerait même les rebelles à Dieu à se rappeler et à craindre leur Seigneur. [Puis, dites-lui une parole douce. Peut-être se rappellera-t-il ou [Me] craindra-t-il ?][6].

L’immense pouvoir créateur des mots ne produit pas, fâcheusement, que le bien, mais également le mal. Dieu dit [Et une mauvaise parole est pareille à un mauvais arbre, déraciné de la surface de la terre et qui n’a point de stabilité][7]. « Ô ‘Aïcha, tu as dit un mot, s’il était mélangé à l’eau de la mer il l’aurait certainement polluée »[8], Rappelle aussi le Prophète à la mère des croyants Aicha, que Dieu l’agrée. Quel genre de faculté possèderait un mot pour pouvoir troubler l’eau de toute une mer ? Quel effet aurait-il à ce moment-là sur la petite quantité d’eau qui constitue chacun de nous ? En effet, la science a prouvé qu’un Homme adulte est constitué d’environ 70 % d’eau.

Fort heureusement, le silence fait obstacle à tous ces mots destructeurs et pollueurs de l’être de l’Homme. En effet, en gardant le silence, le fidèle échapperait aux pièges que lui tendrait sa langue traductrice de son égo agressif et mal dominé. Un jugement hâtif à l’égard d’une situation ou d’une personne, une moquerie, une médisance, une grossièreté et une comparaison faits injustement, en sont quelques exemples.

[Ô vous qui avez cru ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, voyez bien clair [de crainte] que par inadvertance vous ne portiez atteinte à des gens et que vous ne regrettiez par la suite ce que vous avez fait][9].

[Ô vous qui avez cru ! Qu’un groupe ne se raille pas d’un autre groupe : ceux-ci sont peut-être meilleurs qu’eux. Et que des femmes ne se raillent pas d’autres femmes : celles-ci sont peut-être meilleures qu’elles. Ne vous dénigrez pas et ne vous lancez pas mutuellement des sobriquets (injurieux). Quel vilain mot que ‹perversion› lorsqu’on a déjà la foi. Et quiconque ne se repent pas… Ceux-là sont les injustes][10].

Des paroles qui, une fois exprimées, sont susceptibles de fomenter la discorde, de blesser, d’humilier, d’accuser injustement, de rompre le lien, etc. Et de troubler l’eau de toute une mer.

Certes, comme dit le dicton, « Le silence est une sagesse ». Cela dit, le fidèle n’en tirerait, toutefois, grand bénéfice si sa pensée continue à conjecturer sur les autres. A quoi bon sert de me taire si la langue de ma pensée continue silencieusement à soupçonner et dire du mal, aussi bien à mon égard qu’à l’égard d’autrui ? Des paroles silencieuses certes, mais mauvaises ! [Ô vous qui avez cru ! Évitez de trop conjecturer [sur autrui] car une partie des conjectures est péché […] Et craignez Dieu, car Dieu est Grand Accueillant au repentir, Très Miséricordieux][11], dit Le Très-Haut.

Le silence bénéfique, c’est celui qui permet au fidèle de porter son attention sur son être profond, « de rentrer en soi pour méditer le sens et ajuster les pensées »[12]. C’est celui aussi dans lequel le fidèle médite la Création de Dieu. Associé à la bonne parole qui est le Dhikr (la souvenance de Dieu), ce silence de méditation est une des caractéristiques majeures des pieux, [qui, debout, assis, couchés sur leurs côtés, invoquent Dieu et méditent sur la création des cieux et de la terre (disant) : Notre Seigneur ! Tu n’as pas créé cela en vain. Gloire à Toi ! Gardes-nous du châtiment du Feu][13].

Voilà donc deux affluents qui alimentent la rivière de la foi du fidèle et dont les fruits sont bons : Dire du bien et Savoir se taire. Ils sont exprimés en peu de mots, mais ils ne sont offerts qu’aux fidèles qui font preuve de maîtrise de leurs égos.

 


[1] Rapporté par Al-Bukhari et Muslim

[2]

[3] Sourate 19 : V 25

[4] Rapporté par Ibn Maja

[5] Sourate 41 : V 34

[6] Sourate 20 : V 44

[7] Sourate 14 : V 26

[8] ‘Aïsha, que Dieu l’agrée, dit un jour au Prophète : « Qu’est-ce qu’il te plait en cette femme (faisant allusion à Safiyya) alors qu’elle … et fit signe de la main pour insinuer qu’elle est petite » Le Prophète lui dit alors : « Ô ‘Aïsha, tu as dit un mot, s’il était mélangé à l’eau de la mer il l’aurait certainement polluée » (rapporté par Abou Daoud et at-Tirmidhi).

[9] Sourate 49 « les appartements » : Verset 6

[10] S 49 : V 11

[11] S 49 : V 12

[12] Abdessalam YASSINE. La révolution à l’heure de l’Islam, p. 249.

[13] S 3 : V 191

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