Réconcilier la vie avec la mort

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La visite des cimetières est particulièrement négligée dans notre contexte où les carrés musulmans ne se trouvent pas toujours à proximité et où les cimetières consacrés entièrement aux musulmans sont inexistants.

Pourtant en parcourant les conseils prophétiques, la visite des « morts » (qu’ils soient musulmans ou pas) confère un surcroit de foi particulier et est propice à la méditation.

En effet, le Prophète, sur lui la paix, a dit : « Je vous avais interdit de visiter les tombes. Maintenant visitez-les ; elles rappellent la mort » (1)

Abû Hurayra rapporte ces propos du Prophète, paix sur lui : « Remémorez-vous fréquemment celle qui détruit tous les plaisirs » (c’est à dire la mort). (2)

Le Prophète se rendait au cimetière de Médine, en saluait les occupants et invoquait Dieu pour leur pardon. (3)

Le Prophète, paix et salut sur lui, a dit : « Chaque fois qu’un homme se rend sur la tombe d’un homme qu’il connaissait en ce monde et le salue, Dieu rend son âme au défunt afin qu’il réponde à son salut »(4)

Le Prophète a dit avoir demandé à Dieu la permission de demander pardon en faveur de sa mère, (décédée avant l’arrivée de l’Islam) et n’en avoir pas obtenu l’autorisation, par contre avoir demandé la permission de visiter sa tombe et de l’avoir obtenue; lors de la visite à cette tombe, le Prophète pleura, faisant pleurer ceux qui étaient autour de lui  (5)

Certains des savants disent que le hadîth autorise de se tenir debout sur la tombe d’un non-croyant. Dès lors, ce que Dieu interdit c’est en fait tout simplement de se tenir debout sur la tombe d’un non-croyant pour prier Dieu en sa faveur ; cet avis semble être celui de Ibn Taymiyya (6)

D’autres savants disent qu’il est interdit de se rendre sur la tombe d’un non-croyant avec l’objectif de l’honorer (ikrâm) (ce qui correspond au sens que l’on donne habituellement au terme « visite d’une tombe »), tandis que le hadîth autorise le fait de se rendre sur la tombe d’un non-croyant avec pour seul objectif de revivifier en soi la réalité de la mort et donc de la brièveté de la vie terrestre ; c’est l’avis de at-Thânwî (Bayân ul-qur’ân).

Il me semblait nécessaire de présenter les avis favorables à la visite des cimetières car très souvent nous retrouvons des défunts musulmans enterrés au milieu d’autres défunts (souvent avant que la communauté musulmane ait pu s’organiser pour encourager l’existence de carrés musulmans). Et nous les privons de la bénédiction de notre visite en s’interdisant d’entrer dans les cimetières non consacrés entièrement aux musulmans.

Enfin, après le rappel des précieux conseils prophétiques il serait dommage de se priver d’un tel bien. Car c’est avant tout notre propre personne qui a besoin de détruire tous ses projets qui naissent à l’intérieur de nous.

Les projets naissent telle la construction de grands buildings, en soulevant la poussière aveuglante, dans des bruits assourdissants et interminables, et une odeur nauséabonde…

Le rappel de la mort vient les effacer pour laisser place à la verdure des pâturages, à la vue dégagée et dans un silence propice à la méditation. Le doux parfum de la sérénité prend sa juste place pour nous placer devant notre réalité, triste et merveilleuse réalité, debout face à notre Créateur.

Réalité qui nous rappelle que ceux qui nous ont précédés dans la Foi sont nos frères et nos sœurs et apprécient notre salut et notre visite. Réalité qui réconcilie les vivants avec les morts, qui réconcilie la vie avec la mort…

Cette visite peut s’organiser en groupe après un rendez-vous à la mosquée, à l’image du Prophète, paix sur lui, qui allait avec ses compagnons au cimetière de Baqi’. Mais elle peut aussi se faire seul ou en famille.

A la lecture des pierres tombales il y a tellement à méditer pour soi et pour les enfants (à partir d’un certain âge de maturité).

Nous n’avons malheureusement pas la place dans cet article de développer la question de la visite de la femme musulmane, mais pour résumer, les conseils du Prophète, paix sur lui, s’adressent à la fois aux hommes et aux femmes.

Une dernière anecdote pour conclure et illustrer cette permission. D’après Anas ibn Malik : « Le Prophète, paix sur lui, passant près d’une femme qui pleurait sur la tombe de son enfant, lui dit : ‘’Crains Dieu et endure ! ‘’. ‘’Que peux-tu comprendre à mon malheur !’’, répondit-elle. Lorsqu’il fut parti, on apprit à la femme que son interlocuteur était le Prophète. Elle fut atterrée et alla le trouver. Arrivée chez lui, elle ne trouva aucun gardien à sa porte, alors elle lui dit : ‘’Ô Envoyé de Dieu, je ne t’avais pas reconnu’’. ‘’C’est lors du premier choc que l’on doit faire preuve d’endurance’’, lui répondit-il ». (7)

(1) Muslim, 976

(2) Tirmidhî (hasan sahîh)

(3) Muslim, 974

(4) Authentifié par Ibn ‘Abd il-barr, Al-Iqtidhâ, p. 301

(5) Muslim, 976

(6) At-Tawassul wa-l-wassîla, pp. 37-38

(7) Muslim et Boukhari

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