Se maîtriser face à l’altérité

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Altérité ?

La notion d’altérité renvoie à ce qui est autre, à ce qui est extérieur à un « soi », à une réalité de référence, qui peut être l’individu, le groupe, la société… 

Le mot provient du bas-latin alteritas, qui signifie différence ; autrui, le différent, c’est celui qui m’est étranger. Cette notion de différence a longtemps été comprise d’une manière négative. Il s’agit dans un premier temps d’envisager une définition de l’autre : comment remplit-on la coquille vide que constitue autrui ? Notre ego imagine une frontière qui fait clivage. L’autre ne se laisse pas appréhender facilement, il est tout à la fois proche et lointain, semblable et différent. Les mots dont on dispose pour nommer l’autre sont nombreux et le terme choisi pour définir ce qui n’est pas soi correspond au type de relation que l’on invente entre nous et un être nommé : connaissance, ami, proche, prochain, étranger, hôte, partenaire. Nommer l’autre est une façon de choisir le type d’altérité que nous construisons. On y entrevoit la dimension de reconnaissance du semblable dans l’autre, devenu reflet, plus ou moins éloigné, de nous-mêmes.

Or, c’est le type d’approche de l’altérité que nous mettons en œuvre qui détermine le type de relation que nous allons mener avec l’autre. Dans un cas, elle sera positive, basée sur la coopération, la paix, la justice et dans l’autre négative, basée sur le conflit, le rejet, l’exclusion.

Perçue comme un danger ou comme une menace, la reconnaissance de l’autre dans sa différence, aussi bien sociale, culturelle que religieuse, sera susceptible de générer des attitudes et des comportements potentiellement négatifs voire stigmatisants. 

Se maîtriser, pour vivre l’altérité voulue par Dieu

Une altérité-diversité voulue par Dieu et qui nous inscrit par essence dans l’universel. 

Pluralisme ethnique et culturel : 

« Ô Hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle et Nous vous avons fait peuples et tribus afin que vous vous entre-connaissiez. En vérité, le plus noble auprès de Dieu est le plus pieux ; Dieu est parfaitement Savant et informé. » (1)

« Si ton Seigneur l’avait voulu, Il aurait fait des hommes une communauté unique, mais ils ont encore des différends, sauf ceux auxquels ton Seigneur fait miséricorde. C’est même pour cela qu’Il les a créés » (2)

« Parmi Ses signes il y a la création des cieux et de la terre, la diversité de vos langues et de vos couleurs » (3)

 Pluralisme religieux :

« Dites : “Nous croyons en Dieu, à ce qui a été révélé à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob et aux tribus ; à ce qui a été donné à Moïse et à Jésus ; à ce qui a été donné aux prophètes, de la part de leur Seigneur. Nous n’avons de préférence pour aucun d’entre eux ; nous sommes soumis à Dieu.” » (4)

« À chacun de vous, Nous avons accordé une loi et une voie. Si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté, mais Il a voulu vous éprouver par le don qu’Il vous a fait. Cherchez à vous surpasser les uns les autres dans les œuvres de bien. Votre retour à tous se fera vers Dieu ; Il vous éclairera, alors, au sujet de vos différends. », S5.V48.

Cette reconnaissance du pluralisme multidimensionnel est l’outil de l’altérité, ce paradigme qui fait de l’autre non pas un autre soi-même mais une personne à part entière, légitime dans ses points de vue, ses actes, sa bonne intention.

Avec l’altérité, ma liberté s’étend au travers de celle des autres – impliquant l’attention aux autres, le respect fondamental de leur humanité.

Cela signifie que l’altérité est une volonté de compréhension qui encourage le dialogue et favorise les relations pacifiques. Par contre, si la maîtrise de soi dans l’altérité n’a pas lieu, la relation fraternelle sera impossible parce que les deux seules visions du monde entrent en collision l’une avec l’autre et il n’y aura pas de place pour la compréhension.

Notre façon de le penser comme l’incarnation d’une humanité partagée fera apparaître autrui comme inséparable de ma propre socialisation, de ma propre participation à l’intérêt commun, d’une vision plurielle de la société et dans des représentations plus diversifiées de l’Autre.

Elle me fera sortir de mon microcosme pour une ouverture au monde, pour un partage des savoirs et de circulation des idées, actrice primordiale dans l’apprentissage du pluralisme, de la diversité, de l’acceptation des différences.

Un savoir-être au monde

La foi transforme notre façon de regarder le monde. Une façon de regarder le monde qui va déterminer notre façon d’interagir avec notre environnement et permettre de s’immuniser contre le repli.

Au lieu de procéder sur le registre de la peur et du danger face à l’autre, nous allons raisonner en défis et opportunités. Plus notre vision est globale et tend à l’universalité plus nous allons raisonner en termes de valeurs communes et de destin commun. Plus nous allons travailler à une société inclusive. Et traduire notre vision en action. 

L’altérité questionne ce que nous sommes et nous oblige à expliciter ce « nous » définitoire de notre personnalité, individuelle ou plurielle. Face à ce que nous ne sommes pas, la pensée de l’altérité nous conduit à interroger notre propre système de valeurs puis nous invite à questionner les principes essentiels qui fondent une humanité commune avec ceux que nous percevons comme « autres ».

Le principe de reconnaissance de l’altérité ainsi posé dans la dénomination de l’autre, il convient d’analyser les modalités de notre réaction face à cette différence, modalités bien différentes entre compréhension et adhésion, incompréhension et interrogation, rejet et même peur. Cette notion questionne nos relations avec celui qui porte des valeurs différentes des nôtres. Sympathique, amical, adversaire ou ennemi, l’autre se construit dans le regard que l’on pose sur lui. Les rapports que l’on entretient avec celui dont on diffère sont complexes et la communication parfois difficile voire impossible. Se pose évidemment la question des divergences et des convergences entre les individus. Si la rencontre avec l’autre provoque un enrichissement mutuel, il se trouve appréhendé à la manière d’un alter ego ; au contraire, si la rencontre avec l’autre correspond à une incompréhension réciproque ou unilatérale, elle entraîne un rejet pouvant aller jusqu’à l’exclusion, l’agression, la violence, symbolique, verbale et/ou physique.

Enfin, par un saisissant effet de retournement, la rencontre avec l’autre entraîne un retour éclairé sur notre identité propre. Le voyage vers l’étranger, au sens humain du terme, est toujours double car il nous ramène à notre propre intériorité. À partir du moment où l’on côtoie des êtres différents de soi, il nous faut nous demander en quoi ils diffèrent, mais surtout en quoi ils nous ressemblent. L’identité de l’autre permet de construire la définition que l’on a de soi-même. Etant toujours l’autre pour quelqu’un, quel est cet autre que je souhaite être ?

Au final, il est un défi à relever durant ce mois de la maîtrise de soi par excellence qu’est Ramadhan, pour tous les mois à venir : trouvons la lumière chez les autres et traitons-les comme si c’était tout ce que nous voyons en eux. 

Avec l’aide et par la Grâce de Dieu.

(1)   Coran : S49.V13. 
(2)   Coran : S11.V118.
(3)   Coran : S49.V13.
(4)   Coran : S2.V136.

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