Pourquoi les dates du Ramadan changent-elles d’une année à l’autre ? Comment sont déterminées les dates du jeûne ?

Le 24 Avril 2020 a marqué le début du mois béni de Ramadan, mois de Miséricorde, mois de Pardon et mois d’un retour collectif à Dieu, Exalté Soit-Il.

Mais en 2019, le mois de Ramadan avant démarré le 6 Mai, et en 2018, ce même mois avait démarré encore plus tard, le 17 Mai… mais pourquoi le mois de Ramadan avance-t-il de plusieurs jours chaque année ? Sur quels fondements fixe-t-on le début et la fin du mois de Ramadan ?

En premier lieu, rappelons que la mesure du temps a varié tout au long de l’histoire selon les différentes nations qui ont peuplé la Terre. C’est ainsi que le calendrier grégorien que nous connaissons aujourd’hui a succédé au calendrier julien en 1582 qui avait lui-même succédé au calendrier romain républicain en 46 avant JC. Mais tous les calendriers précités qui ont régi les vies sociales, économiques et religieuses de ceux qui les utilisaient avaient la même caractéristique : il s’agit de calendriers solaires, qui tiennent compte du mouvement du soleil pour établir le commencement et la fin de l’année, et dont le nombre de jours est de 365.

D’autres calendriers ont adopté une autre base de calcul du temps, et c’est le cas du calendrier hégirien, qui régit la vie religieuse musulmane. Le mois de Ramadan est ainsi l’un des douze mois qui composent le calendrier hégirien, qui est un calendrier lunaire, c’est-à-dire qu’il fixe le début et la fin de chaque mois selon l’apparition et la disparition du croissant lunaire et dont le nombre de jours est de 354. Dieu, Exalté Soit-Il, nous dit dans le Saint Coran « C’est Lui qui a fait du soleil une clarté et de la lune une lumière, et Il en a déterminé les phases afin que vous sachiez le nombre des années et le calcul (du temps). Dieu n’a créé cela qu’en toute vérité. Il expose les signes pour les gens doués de savoir. » (1)

Ainsi les lois divines ont, en réalité, fait du soleil le moyen de fixer les jours et les nuits, et quant à la lune, Dieu, le Très-Haut, en a fait le moyen de fixer les mois et les années. Selon Ibn Kathir, que Dieu lui fasse Miséricorde, « c’est grâce au soleil qu’on détermine les jours et c’est grâce à la lune qu’on fixe les mois et les années. » (2) Par ailleurs, Ibn Taymiyyah, Que Dieu lui accorde Sa miséricorde, a écrit : « Dieu nous informe que les croissants lunaires permettent de fixer des rendez-vous pour les humains. Cela concerne toutes leurs affaires réglées par des dispositions fixes de la loi religieuse. Ce qui intègre le jeûne, le pèlerinage, la durée pour mettre fin au serment de ne plus avoir des rapports intimes avec son épouse, le délai de viduité et le temps de l’observance du jeûne fait à titre expiatoire. » (3).

Nous notons ainsi que l’année solaire et l’année lunaire comptent le même nombre de mois mais varient quant au nombre de jours puisque l’année solaire en compte onze de plus que l’année lunaire. Le calendrier grégorien adopte l’année solaire tandis que le calendrier musulman fixé à partir de l’Hégire adopte l’année lunaire. Voilà ce qui explique la différence des dates du début du mois de Ramadan chaque année par rapport au calendrier grégorien, de sorte que le début du mois de Ramadan avance chaque année grégorienne de onze jours, et se déplace dans les quatre saisons.

Mais comment détermine-t-on le début des mois hégiriens de manière générale, et le début du mois de Ramadan en particulier ? Sur quelles bases décrète-t-on le début d’un nouveau cycle lunaire ?

Le début du mois de Ramadan est déterminé par l’un des deux moyens suivants :

1. La constatation visuelle de la nouvelle lune : suivant le calendrier musulman, le mois de Ramadan est précédé du mois de Chaabane. Traditionnellement, le début du Ramadan est déterminé par l’apparition du croissant lunaire le 29ème jour au soir du mois de Chaabane, si le ciel est découvert, et ce conformément au hadith « Jeûnez à sa vue (la nouvelle lune), et rompez le jeûne à sa vue ». (4).

Pour une conformité de la constatation visuelle de la nouvelle lune du mois de Ramadan, il suffit du témoignage d’une seule personne musulmane moralement intègre selon le hadith rapporté par Ibn Omar, que Dieu l’agrée, dans lequel il dit « Les gens essayaient de voir la nouvelle lune. J’informai alors le Prophète, paix et bénédiction sur lui, que je l’avais vue. Il jeûna alors et ordonna aux gens de jeûner. » (5)

2. Il est toutefois possible que des conditions météorologiques empêchent la constatation visuelle du croissant lunaire. Dans ce cas, le Prophète (paix et salut sur lui) recommande de compléter le mois de Chaabane de sorte à ce qu’il compte trente jours conformément au hadith : « … Si celle-ci (la nouvelle lune) est cachée à vous, complétez Chaabane à trente jours. » (6). Le jour qui suit est alors considéré, de facto, comme le premier jour du mois de Ramadan.

Pour déterminer la fin du mois de Ramadan, la constatation visuelle de la nouvelle lune du mois suivant Chawwal doit, cette fois, être confirmée par le témoignage de deux personnes musulmanes intègres. Ici le témoignage d’une seule personne n’est plus suffisant, car il s’agit de la fin d’un acte d’adoration exigeant une extrême assurance. De même, si la constatation visuelle est impossible, il faut alors compléter le mois de Ramadan à trente jours.

Concernant les outils scientifiques qui permettent de déterminer plus précisément le début d’une phase lunaire, les savants s’accordent à permettre l’utilisation des télescopes pour la vision de la nouvelle lune car sa constatation n’en demeure pas moins basée sur la vision à l’œil nu, même si des moyens auxiliaires ont été utilisés. Néanmoins, une divergence plus forte persiste encore aujourd’hui quant à la confirmation de la nouvelle lune au moyen du calcul astronomique, sans recours à la constatation visuelle. La majorité des savants contemporains estiment qu’elle n’est pas permise, s’agissant d’une question cultuelle qui exige la conformité à la signification littérale du texte, d’autres estiment au contraire que le calcul astronomique moderne fait parvenir à la certitude exigée jusqu’à maintenant par la constatation visuelle, et serait ainsi conforme à l’esprit du texte.

Source : « Simplification des règles des actes cultuels » de Cheikh Fayçal Mawlawi

(1) Coran : Sourate Yunus (10) – Verset 5

(2) Extrait du Tafsir d’Ibn Kathir (4/248)

(3) Extrait de Madjmoiu’ al-Fatawas (25/133).

(4) Hadith sahih (valide-sûr) rapporté par Al-Boukhari et Mouslim

(5) Hadith sahih (valide-sûr) rapporté Adou Daoud

(6) Hadith sahih (valide-sûr) rapporté par Al-Boukhari et Mouslim

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