Ramadan, comment le vivre autrement avec le confinement ?

Publié le 17/04/2020

Certains se posent la question très sérieusement sur des réseaux sociaux:

Ramadan aura-t-il lieu cette année avec le confinement ?

Ramadan sera-t-il annulé ?

Mais qu’est-ce qui a bien pu charrier ce type d’interrogations dans les flots impétueux du web ? Ce sont les premières questions que je souhaite traiter pour pouvoir ensuite aborder la question du comment le vivre autrement.

Tout d’abord, sachons que Ramadan est le nom d’un mois de l’année dans le calendrier hégirien. On ne peut donc l’annuler tout comme nous ne pouvons pas annuler le mois d’avril. Ceci étant dit, j’ai bien saisi que nos jeunes frères et soeurs qui se posent cette question (mais qui ne sont pas si nombreux) parlent plutôt de tout ce que ce mois draine chaque année comme jeûne, comme prières de tarawihs, comme repas familiaux le soir, comme visites des autres maisons, comme partage etc. Un packaging Ramadan difficile de préserver tel quel compte tenu des circonstances du confinement actuel. Il est bon, dans ces cas là, de rappeler l’essence du Ramadan, son identité la plus irréductible.

Ce quatrième pilier de l’Islam, le jeûne du Ramadan, pourrait se présenter ainsi : je suis le mois durant lequel chaque musulman pubère, capable physiquement, doit jeûner de l’aube au coucher du soleil. Le jeûne signifiant s’abstenir de boire, de manger ou d’avoir des relations sexuelles légales lors des journées. C’est sa composante la plus irréductible. Cet effort fourni par le musulman lui permettra de plaire à Dieu en se privant un temps, exclusivement pour Lui, de choses essentielles pour vivre.

D’après Abou Houreira (que Dieu l’agrée), le Prophète (paix sur lui) a dit : «Dieu a dit : Le jeûne est pour Moi et c’est Moi qui le récompense, il (le jeûneur) délaisse son envie, sa nourriture et sa boisson pour Moi. Le jeûne est une protection et il y a pour le jeûneur deux joies: Une joie lorsqu’il rompt son jeûne et une joie lorsqu’il rencontre son Seigneur. Et certes l’odeur de la bouche du jeûneur est plus parfumée auprès de Dieu que l’odeur du musc».[1]

Le jeûne du mois du Ramadan, avec une intention pure, est donc une occasion de faire une oeuvre préservée de toute ostentation sauf celle adressée à son Créateur. L’ostentation qui est toujours présentée de manière négative a pourtant son pendant positif. Faire les choses en pleine conscience qu’on les montre à Dieu Tout-Puissant, c’est une ostentation merveilleuse.

Cette prise de conscience que le regard du Tout Miséricordieux est posé sur toi et faire les choses pour Lui. Quelle chance ! D’autant plus quand il s’agit d’une oeuvre à laquelle il est peu probable (mais pas impossible) d’en faire bénéficier d’autres créatures. C’est l’une des significations de la phrase “le jeûne est pour Moi et c’est Moi qui le récompense”.

D’ailleurs, Dieu a réservé une oeuvre particulière de Sa créature, qu’Il a créée même repoussante en extérieur pour les autres. En effet, l’odeur de la bouche d’un jeûneur n’est pas très attractive et pourtant auprès de Dieu elle est plus parfumée que l’odeur du musc !

Après cette présentation du Ramadan dans sa finalité la plus haute et dans son essence la plus irréductible, il apparaît clairement que poser la question de l’annulation du Ramadan devient obsolète. Le packaging culturel du Ramadan ne donne pas beaucoup de place à l’essence même du Ramadan. Cela dit, comme toute adoration à l’échelle de la communauté musulmane, il y a aussi une composante collective de cette adoration mais qui ne constitue pas un pilier de cette adoration pour la rendre valide.

Résumons donc notre propos. Le mois du Ramadan est une occasion de plaire à Dieu en jeûnant quelles que soient les circonstances, dans la mesure où la capacité de jeûner et de rompre son jeûne sont présentes. Il existe évidemment des cas particuliers tel que le voyage durant lequel le jeûne est remis à plus tard.

Pourtant le mois du Ramadan de cette année ne ressemblera certainement à aucun autre mois des années antérieures !

La question de comment le vivre autrement est une question pertinente pour celle ou celui qui désire plus. En effet, durant le mois du Ramadan, énormément de ressources sont à la disposition de l’adorateur pour pouvoir se rapprocher de Dieu. Les adorations faites en groupe ont une bénédiction particulière. Certains pleurent déjà la disparition des prières de tarawihs cette année, puisque les mosquées n’accueilleront très certainement pas de fidèles. Plus cette adoration était vécue en groupe et plus sa force d’entraînement vers Dieu était grande. Celui qui adore Dieu dans la solitude souffre. L’effort à fournir est bien plus important qu’au sein d’un groupe fraternel qui se motive mutuellement. On retrouve cette vérité dans ce hadith:

D’après Ibn Omar (que Dieu les agrée, lui et son père), le Prophète (paix sur lui) a dit : « La prière en groupe dépasse la prière de la personne seule de 27 degrés ».[2]

Le niveau de hauteur à laquelle te hisse l’adoration en groupe est phénoménal.

Il y a donc bien quelque chose de Ramadan que nous perdrons cette année…

Je ne m’arrêterai pas sur cette note de nostalgie ni sur cette note pessimiste. Au contraire, je suis confiant et optimiste dans le mois qui arrive. En voici les raisons:

Tout d’abord, le confinement presque mondial est une conséquence voulue par Dieu. Il fait partie de Son destin. Et c’est du destin de Dieu (sunnatoullah) que notre adoration et notre lien avec Dieu se tissent. Ce destin est le cadre le mieux choisi par Dieu pour aider Ses créatures à venir vers Lui. Citons l’exemple de la descente des parents de l’humanité Adam et Eve (paix sur eux) sur terre après un séjour au Paradis. Si certains le présentent comme une punition, les adorateurs au regard perçant y ont vu une oportunité de connaître Dieu. En effet, sans cette descente sur terre, Adam n’aurait jamais connu l’ampleur de la miséricorde et du pardon de Dieu. Puis il apprit énormément d’autres choses, tout comme nous, ses enfants, dans l’insuffisance de cette vie et dans les difficultés que nous devons traverser. De ces difficultés nous découvrons Dieu puis nous L’aimons, nous apprenons à Le connaître, encore et encore, puis nous désirons Sa compagnie avec ardeur, puisse Dieu nous L’accorder.

Donc ce confinement subi, pendant le mois du Ramadan, n’est pas une mauvaise chose pour l’ensemble de la communauté musulmane et pour l’humanité toute entière.

L’autre point qui me paraît être un argument annonciateur de bonnes nouvelles c’est celui-ci :

Dieu descend durant le mois du Ramadan de nombreuses bénédictions, des effluves de miséricorde, des vents porteurs de récompense comme chaque année. Si notre communauté est privée, cette année, de pouvoir L’adorer comme elle en avait l’habitude, alors les moyens alternatifs que cette communauté va rechercher pour ne rien perdre comme occasion de plaire à Dieu seront rétribués pleinement (Ô Seigneur accorde-nous dans ce monde la meilleure récompense et dans la Vie dernière la meilleure récompense).

Voici les arguments dans les textes authentiques :

Le Prophète (paix sur lui) a dit : « Le malade prie debout, s’il ne peut pas qu’il prie assis, s’il ne peut pas alors qu’il prie allongé sur le côté »[3]

Etant privé de sa santé, cet adorateur n’abandonne jamais l’adoration mais il l’adapte à son état car Dieu n’impose jamais au delà de ce que peut supporter Sa créature. Et selon les moyens de chacun Il accorde des bénédictions proportionnelles aux difficultés éprouvées.

Se poser la question de comment vivre Ramadan avec notre contexte qui a changé est donc une grande bénédiction en soi. On souhaite poursuivre notre adoration en l’adaptant à son contexte. Je vais proposer quelques orientations mais j’apprécierais énormément que les lecteurs apportent leur plume à cet écrit à travers les commentaires. En effet, je ne pourrais pas être exaustif.

Tout d’abord, il faut renforcer ce qui dépendait de l’adoration individuelle lors des années antérieures telle que la rédaction d’un programme quotidien de lecture du Coran, de dhikr, de prières surérogatoires à commencer par les rawatibs qu’on fait avant et/ou après les prières obligatoires (les régulières), ainsi que les prières de tahajjoud qui se font dans le dernier tiers de la nuit. Ce programme est à adapter selon chacun et si possible en partenariat avec un binôme au profil proche du sien pour s’encourager. Ce programme doit être réaliste et réévalué sur de courtes durées. Ensuite, les dons étant des oeuvres très appréciées en ce mois, il faut chercher via les moyens modernes de communication les nombreuses occasions de donner en réservant dés à présent une somme conséquente (par rapport aux autres mois) à distribuer. Pour certains c’est l’occasion de donner la Zakat el Mal (s’ils ont choisi ce repère hégirien annuel). Zakat el Mal représente 2,5% des biens financiers épargnés.

D’autre part, à l’échelle de chacun, il est conseillé de faire les adorations en groupe (une résolution à insuffler au sein de la famille) pour les prières obligatoires, mais aussi, pourquoi pas, pour les prières de tarawihs, qui rappelons-le, sont des prières surérogatoires que nous pouvons effectuer en groupe ou individuellement. C’est d’ailleurs de ces deux manières que le Prophète (paix sur lui) les faisait, de peur qu’elles soient rendues obligatoires après lui, ne voulant pas créer de confusion jurisprudencielle. Le moment de rupture du jeûne est un moment phare dans la journée puisque cette joie éprouvée est soulignée par Le Très-Haut, qu’Il associe à la seconde joie de la récompense du jeûne. C’est donc encore avec l’ensemble des confinés de la maison qu’il faut le vivre.

Enfin, il existe des initiatives qui se sont développées via les applications telles que Zoom, Teams ou d’autres, à travers lesquelles des frères et des soeurs ont pu exploiter ces plateformes pour en faire des lieux de convergence d’amour, de fraternité, de foi, accordant ainsi à ces supports la possibilité d’une confluence des volontés, à l’image des assises physiques qui manqueront durant ce confinement. Il est vivement conseillé d’assister à ces initiatives, à l’image de “Reconnectons-nous” qui pourrait d’ailleurs nous présenter en commentaire leur initiative. Des programmes communs sont proposés, des échanges-débats, des ateliers de réflexion etc.

Puisse Dieu nous accorder toute la bénédiction qui descendra durant ce mois de Ramadan. Et puisse-t-Il soulager l’humanité de cette grande difficulté qu’elle rencontre en ouvrant des coeurs et en nous accordant Sa miséricorde. Amine.


[1] Rapporté par Boukhari dans son Sahih n°7492 et Mouslim dans son Sahih n°1151

Il s’agit d’un hadith qodsy.

[2] Rapporté par Boukhari dans son Sahih n°645 et Mouslim dans son Sahih n°650

[3] Boukhârî 1050, Abou Dâoûd

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