A l’école du jeûne de Ramadan

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Le mois de Ramadan est revenu parmi nous ! Ce mois sacré, et le jeûne qui l’accompagne, et qui en constitue l’essence, est l’école annuelle du croyant. Elle est une occasion unique que lui accorde Le Seigneur en vue de lui rappeler les obligations morales et comportementales qu’il a envers Lui. Dieu dit dans le Saint Coran :  » O vous les détenteurs de la foi, vous a été prescrit le jeûne, comme il a été prescrit à vos prédécesseurs, afin que vous vous préserviez (tattaqûne) « (2/183).

Le jeûne est donc une méthode pédagogique d’origine divine dont la finalité est l’éducation à la  » préservation de soi  » (taqwa). Comme nombre de vocables d’origine arabe, il est difficile de trouver le terme français adéquat. Préservation de soi (ou selon d’autres traductions : piété, crainte révérencielle, qui font porter le choix du sens non sur l’acte mais sur le motif de l’acte) traduit imparfaitement le mot arabe taqwa. Nous l’utiliserons néanmoins, dans la mesure où il rappelle la racine arabe WA-QA-YA, qui en est la matrice, et qui véhicule les sens suivants :  » garder « ,  » conserver « ,  » protéger « ,  » préserver « ,  » prémunir « , sauvegarder « , etc.

Ce rappel terminologique nous donne la finalité du jeûne : il est une occasion pour le croyant de se rappeler l’obligation qu’il a de préserver sa foi. Le croyant est dépositaire de la foi. Cette dernière est un dépôt dont il est le gardien. Le jeûne de Ramadan va donc permettre de développer, de renouveler, de réveiller ces vertus propres au degré de la foi et qui sont autant d’outils permettant la préservation de cette dernière. Pour se prémunir, le croyant doit en effet s’outiller. Le jeûne de Ramadan permet de renforcer ces outils. Quels sont ces outils ? Ils sont nombreux : la patience, la reconnaissance, la pudeur et enfin l’amour en Dieu, la confiance en Dieu, la résolution, la maîtrise de soi, etc. Ces vertus sont tout à la fois des fruits éducationnels du jeûne et des outils propres à renforcer la préservation de soi. Elles font le lien entre le jeûne et la préservation. Nous allons, dans le cadre de cet article aborder l’une de ces vertus : la patience.

La patience, fruit du jeûne.

Dieu dit dans le Saint Coran, au verset 186 de la sourate  » La famille d’Imran  » :  » Sûrement que vous êtes éprouvés dans vos biens et dans votre personne ; que vous entendez de ceux qui reçurent l’Ecriture avant vous et des associants bien des calomnies. Mais si vous endurez (taSbirû) et vous prémunissez (tattaqû)!… – Voilà un principe de base.  » 

Le Dernier Messager de Dieu, Paix et bénédiction sur lui, a dit selon un récit rapporté par Abou Hurayra et que l’on trouve dans le recueil des récits authentiques de Bukhari :  » Le jeûne est la moitié de la constance « . « La constance, lit-on dans un autre récit rapporté par Ibn Mas’oud, est la moitié de la foi ».

Le mot arabe As-Sabr que nous traduisons habituellement par patience prend selon les contextes deux autres sens :  » endurance  » et  » persévérance « . A propos de cette vertu cardinale de l’Islam, le savant Abdessalam Yassine écrit :  » C’est le propre de ceux qui ont jugulé et maîtrisé leur ego de ne pas réagir aux excitations, de ne pas se laisser décourager par un échec « .

La patience est d’application à deux niveaux. Tout d’abord, elle touche notre relation à cette vie-ci, dont la nature est d’être une épreuve. Il s’agit de la patience dans les malheurs, les calamités. Dieu évoque cette patience dans la sourate  » La Vache  » :  » Que cependant Nous vous éprouvions par un peu de crainte, de faim, de diminution dans vos biens, votre personne et vos fruits ! Portez-en la bonne nouvelle aux patients – à ceux qui, lorsqu’un malheur les touche, disent :  » Nous appartenons à Dieu, nous retournerons à Lui  » – sur ceux-là (veillent) les prières de leur Seigneur et Sa miséricorde ; ce sont eux qui bien se guident  « .

La patience, enfin concerne la foi.  » Les hommes pensent-ils qu’on les laissera dire :  » Nous croyons !  » sans les éprouver ? Oui, Nous avons éprouvé ceux qui vécurent avant ceux-ci. Dieu connaît parfaitement ceux qui disent la vérité et Il connaît les menteurs « .

A ce niveau, deux formes de patience sont à relever. La persévérance dans l’obéissance et la résistance aux tentations, à la désobéissance. La persévérance dans l’obéissance réside dans l’accomplissement régulier, constant, de nos obligations cultuelles à l’égard de Dieu.  » Ordonne aux tiens la prière sois-y toi-même constant (…)  » ;  » Armez-vous de la patience et de la prière. Oh ! Celle-ci paraît bien lourde, si ce n’est aux craignants Dieu « . Quant à l’endurance face aux tentations, elle est le fruit de la certitude qui, seule, permet de mobiliser, de manière constante, l’esprit de l’ascèse et du renoncement.  » Notre Seigneur, verse-nous la patience, et recouvre-nous en tant qu’à Toi nous nous soumettons « .

Nous voyons à travers ces quelques versets le lien qu’il y a entre la préservation de la foi, la foi elle-même et la patience. Quant aux propos du Dernier Messager cités plus haut, ils nous indiquent que le jeûne est l’une des clefs de la patience, dans la mesure où il en constitue la moitié.

Le jeûne nous éduque à la patience et la patience rend possible la préservation de cette foi dont le croyant est dépositaire.

Il n’est pas grandement difficile de montrer en quoi la patience est un des fruits éducationnels du jeûne. Se priver de nourriture, de boisson et de relations intimes de l’aube jusqu’au coucher du soleil est, de toute évidence, une école de patience. D’autant que cette privation dure un mois. Si ceci paraît clair, il n’est cependant pas inutile de rappeler que la patience ne consiste pas uniquement dans le fait de se priver pendant la période légale, elle réside aussi dans la modération avec laquelle le croyant rompt le jeûne. Que de jeûnes gâchés par une précipitation sans retenue sur la nourriture. La patience de la journée semble tout d’un coup oubliée comme si elle n’avait cours que pendant le jeûne.

Rappelons enfin que la patience, au cours du mois de Ramadan, doit être aussi d’application au niveau comportemental. Quelle considération avons-nous envers Dieu, envers ce mois béni, si jeûnant le jour, nous cédons la nuit à la moindre de nos humeurs, si nous discutons en vain et nous emportons dès que l’occasion se présente… ?

Le jeûne est donc bien une école de la patience. C’est une occasion exceptionnelle que Dieu donne au croyant pour parfaire sa patience et en faire un pilier de sa vie.

Nous avons vu en quoi la patience est un fruit éducationnel du jeûne. Voyons maintenant en quoi la patience est un outil qui permet de développer, de renforcer la préservation de soi, puisque, ne l’oublions pas, le jeûne a été instauré afin que le croyant se prémunisse, qu’il éprouve et vive la préservation.

La patience, outil du jeûne.

Patience et préservation de soi sont intimement liés, nous l’avons vu plus haut dans le verset :  » (…) Mais si vous endurez (taSbirû) et vous prémunissez (tattaqû)!… – Voilà un principe de base « . Mais en quoi la patience aide-t-elle à la préservation de soi ? Pour cela nous devons nous rappeler les conditions de la patience.

– La première condition est la foi.  » O vous qui croyez ! Aidez-vous de la patience et de la prière  » (2/153). L’injonction est ici adressée aux croyants, à ceux qui portent la foi.

– La deuxième condition est la résolution ferme, elle est conditionnée par la certitude.  » Nous avons suscité des dirigeants parmi eux. Ils les dirigeaient sur Notre ordre, quand ils étaient constants et qu’ils croyaient fermement à Nos signes  » (32/24)

– La troisième condition est la confiance en Dieu. Celui qui possède cette vertu ne se précipite pas, ni ne cherche à hâter quoique ce soit.  » Sois patient, comme on été patients ceux des Prophètes doués d’une ferme résolution. Ne cherche pas à hâter quoi que ce soit pour ces gens-là  » (8/15).

– La quatrième condition est l’équanimité, que seule permet la sérénité.  » Ne perdez pas courage ; ne vous affligez pas  » (3/139).

– La cinquième condition est la mansuétude, le sens du pardon.  » Mais celui qui est patient et qui pardonne fait montre des meilleures dispositions  » (42/43).

– La sixième condition est le sens de l’action de grâce. Le Dernier Messager de Dieu nous a recommandé de dire cette invocation :  » Louange à Dieu en toutes circonstances « .

– La septième condition est la préservation de soi.  » Ceux qui sont patients dans l’adversité, le malheur et au moment du danger : voilà ceux qui sont justes ! Voilà ceux qui craignent Dieu (mouttaqûne)  » (2/177).

Mais comment la condition peut-elle être en même temps le fruit ? Si la préservation de la foi est la condition de la patience, comment la préservation de la foi peut-elle être en même temps le fruit de la patience, son résultat ? Pour cela nous devons avoir à l’esprit que l’homme ne naît pas sans un  » capital  » attribué par Dieu. Tout croyant est donc déjà à un certain degré un craignant Dieu, a déjà dans une certaine mesure réalisé la confiance en Dieu, etc. Il actualise donc, incomplètement certes, la vertu de la patience. Le jeûne de Ramadan va alors être le moment privilégié pour vivre concrètement la patience et du même coup renforcer les qualités qui en sont la condition : la certitude, la confiance en Dieu, le sens du pardon, l’équanimité, l’action de grâce, la foi et, en ce qui concerne le présent exposé, sa préservation.

On comprend dès lors pourquoi Dieu nous dit :  » Sois patient ! Ta patience vient de Dieu  » (16/127). Et comme elle est un don de Dieu, la patience est aussi la marque de Son Amour :  » Dieu aime ceux qui sont patients  » (3/146), et la garantie de Son soutien :  » Et patientez, et certes Dieu est avec ceux qui patientent « . La finalité ultime de la patience est l’amour de Dieu qui se manifeste, notamment par Son soutien. Finalité et cause se rejoignent. Il ne saurait en être autrement puisque l’une et l’autre ont une seule et même réalité : Dieu.

 

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