Le besoin d’attachement chez l’enfant

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L’être humain n’est pas un électron libre dans ce monde, il a besoin d’entretenir des liens, des échanges, des interactions avec le monde qui l’entoure : d’autres êtres humains, la nature, des objets… ce besoin de liens est inscrit dans sa nature, et fait partie des fondements de son bien-être dès sa naissance. C’est même vital car le bébé étant l’être vivant le plus dépendant à la naissance, il ne survivrait pas sans cela.

L’amour et l’affection reçus par l’enfant sont des besoins aussi nécessaires à sa survie que la nourriture, la propreté, le sommeil… René Spitz, un psychiatre américain, a décrit chez des nourrissons un phénomène qu’il appelle l’“hospitalisme”. Dans une de ses observations, des bébés étaient séparés de leur mère et placés en orphelinat. Ils étaient nourris, changés, dormaient, mais n’avaient pas d’échanges affectifs avec les personnes qui les prenaient en soin. Ces bébés après avoir tenté de créer un contact plus attentionné par des pleurs ou autre agitation, se sont simplement laissés dépérir faute de cet apport affectif. Et oui, enfant, on peut mourir faute d’amour suffisant…ce sera, dans les cas les plus extrêmes, une mort physique et cela peut aussi se traduire par une sorte de mort psychique, une extinction de l’être, une sorte de dépression précoce.

On a tendance, de manière “traditionnelle”, à dire à de jeunes parents qu’il ne faut pas prendre le bébé dans les bras dès qu’il pleure, qu’il ne faut pas automatiquement répondre à ses demandes d’attention, au risque de le rendre capricieux, dépendant… est-ce vrai ?

Une expérience a été menée auprès de chiots pour étudier l’importance des contacts de bonne qualité avec la figure de soin. Deux groupes ont été constitués : dans l’un des groupes, les chiots étaient traités “normalement”, c’est-à-dire qu’on les laissait suivre le soignant s’occupant d’eux autant qu’ils en avaient besoin, comme le font habituellement les chiots. Dans l’autre groupe le “soignant” avait la dure tâche de repousser les chiots dès qu’ils essayaient de le suivre. On a ensuite observé l’évolution de ces chiots à l’âge adulte : les chiots ayant été repoussés sont devenus des chiens “collants”, suivant partout leur maître. Le groupe des chiots ayant été traités normalement a donné des chiens au comportement normal, capables de s’attacher à leur maître mais aussi de tolérer qu’il s’éloigne.

Si l’on prend pour exemple un autre besoin, chez l’être humain cette fois-ci : en principe, lorsque j’ai faim, je mange ou on me donne à manger. Lorsque je suis rassasié, mon besoin est satisfait, je peux donc m’occuper d’autres tâches importantes pour moi. Si par contre, je ne mange pas assez, ou si je suis dans l’impossibilité d’obtenir de la nourriture pour satisfaire mon besoin, toutes mes activités seront tournées vers la satisfaction de ma faim.  Par analogie, lorsque mon besoin d’amour et d’attachement est satisfait, je peux me détacher pour m’épanouir dans mon quotidien. Au contraire si mon besoin n’est pas satisfait, je serai une sorte « d’affamé » d’amour, de reconnaissance. J’aurai tendance à être dépendant de ces marques d’affection, y compris en grandissant jusqu’à l’âge adulte. C’est ainsi que l’on voit parfois les enfants “faire des bêtises exprès pour que l’on s’occupe d’eux”… de quoi a-t-il besoin cet enfant ? Simplement de se faire remarquer comme on peut le dire nous adultes ? Ou a-t-il besoin d’un vrai temps d’attention et d’attachement de qualité ?

Un attachement de bonne qualité favorise donc l’autonomie future de l’enfant, sa capacité à se détacher en confiance et à prendre son indépendance. Cet attachement de qualité, emmagasiné chez l’enfant, émancipe finalement l’individu. L’enfant se sentira plus en sécurité pour apprendre, explorer le monde, apprendre sur lui-même et ainsi grandir.

Dans les travaux classiques de psychologie, on distingue en général 4 styles d’attachement :

– L’attachement sécure : l’entourage est réactif, empathique et accordé aux besoins du tout-petit. Il développera une vision du monde sécurisante, se sentant suffisamment important pour que l’on se préoccupe de lui et se sentant capable de demander de l’aide si besoin.

– L’attachement insécure-évitant : l’entourage est rejetant, peu réactif et ignore les signaux de détresse. L’enfant grandira avec la croyance qu’il ne peut compter sur personne, et qu’il ne doit compter que sur lui-même.

– L’attachement insécure-anxieux : l’environnement est peu efficace, envahit le monde de l’enfant avec des soucis d’adulte. L’enfant développe la croyance “Je ne peux m’en sortir seul, je dois m’assurer que quelqu’un est toujours là pour m’aider”. Il perçoit qu’il doit venir en aide à l’adulte, et non simplement exister pour lui-même, puisque même l’adulte qui le prend en charge n’est pas autonome.

– L’attachement insécure-désorganisé : l’environnement est maltraitant. L’enfant ne sait pas s’il doit compter sur autrui ou non, car la source de réconfort est aussi potentiellement dangereuse.

Ainsi, répondre aux demandes d’attention, d’affection, en étant pleinement présent avec l’enfant lorsque c’est possible, c’est répondre à son besoin et ainsi le satisfaire pour qu’il puisse s’émanciper de lui-même de manière douce.

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