Comment rendre son bébé heureux ?

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Le bébé ayant passé neuf mois dans le ventre sécurisant de sa mère, avec en fond sonore, une voix et des battements de cœur rassurants, subit un grand traumatisme lors de sa venue au monde. Il va soudainement connaître le froid, la faim, les douleurs des coliques, celles des poussées dentaires et autres désagréments.

C’est pourquoi dans ce contexte, on ne peut exiger de lui le calme absolu et la sérénité, ou qu’il fasse « ses nuits » dès ses premières semaines de vie extra-utérine, esseulé dans une grande chambre sombre et inconnue, séparé de celle avec laquelle il ne faisait qu’un durant presqu’un an. C’est illogique et contre-nature.

Le psychiatre et psychanalyste britannique John Bowlby affirme dans sa « théorie de l’attachement », que les besoins fondamentaux du nouveau-né se situent au niveau du contact physique puisque celui-ci ne fonctionne qu’en interpersonnel : le nouveau-né ressent un besoin instinctif de contact somatique et psychique avec les êtres humains qui l’entourent et nécessite de la part de sa figure d’attachement principale (la personne s’étant occupée de lui le plus souvent) une relation chaleureuse et sécurisante. Il est donc primordial d’établir (ou de rétablir) cette proximité, surtout lorsque le nouveau-né, en pleurs, le demandera.

Les pleurs du bébé sont l’un de ses principaux moyens de communication, c’est de cette façon qu’il exprimera ses craintes ou son mal-être, tout comme l’adulte qui se retrouve en situation de stress ou de tristesse : l’un comme l’autre sont biologiquement programmés pour rechercher la présence chaleureuse et réconfortante des personnes qu’ils aiment et qui les rassurent. Les pleurs du bébé sont simplement le signe que son système d’attachement est activé et qu’il recherche désespérément les bras de sa mère (ou autre figure d’attachement principale). Autant qu’il le désire, celle-ci doit répondre et satisfaire ses besoins instinctifs. Cela lui apportera un sentiment de protection, de sécurité, de confiance en lui et en elle, ainsi qu’un lien affectif durable. Le « maternage » des premiers mois, voire des premières années de la vie de l’enfant, qui sont les plus sensibles et les plus déterminantes, représente par conséquent l’étape cruciale de son bon développement physique et psychique.

Des études relatives aux neurosciences affectives ont par ailleurs été menées sur des nouveau-nés placés dès la naissance en pouponnière, et elles ont démontré combien le manque d’affection et de proximité physique ainsi que la séparation d’avec leur mère était néfaste pour leur développement cérébral. La plupart de ces enfants finissaient par présenter de graves troubles neurologiques (2). Les effets du maternage proximal ne peuvent donc qu’être bénéfiques, que ce soit à court-terme ou à long-terme.

L’enfant (et le bébé principalement) est un être en construction et son cerveau est beaucoup plus immature et malléable que ce que l’on croit. L’environnement socio-affectif dans lequel l’enfant évolue va donc modifier son cerveau en profondeur. Dans «Pour une enfance heureuse», Catherine Guéguen (pédiatre à l’Institut hospitalier franco-britannique) affirme qu’il est bénéfique, voire capital, d’accueillir l’émotion du bébé avec empathie. Le fait de le laisser exprimer ses émotions et de le materner va participer significativement à la régulation de son stress. Il est donc inutile et dangereux de le réprimander brusquement lorsqu’il pleure : ses émotions sont incontrôlées, incontrôlables, et c’est à l’adulte de veiller à rétablir une situation d’apaisement, d’autant que « la dureté physique et psychologique durant l’enfance freine le bon développement des enfants, a des répercussions sur sa vie d’adulte en termes de santé physique et psychologique et peut laisser une emprunte sur la génération suivante » (2).

Mais alors au final, comment rendre son bébé heureux ?

La réponse est simple : il suffit de suivre son instinct maternel, celui qui encourage à rester près de lui, à ne jamais le laisser pleurer, à le prendre dans ses bras et à le cajoler lorsqu’il le demande ou non, à répondre à ses besoins primaires et à ses besoins instinctifs de proximité, à favoriser le « co-dodo », à l’allaiter lorsque c’est possible (et au moins six mois), à préférer le portage à la poussette, à le rassurer la nuit même s’il faut pour cela se réveiller des dizaines de fois…

La liste est longue.

Mais cela vaut vraiment le coup. Et cela ne durera pas longtemps.

(1) Les mémoires d’un bébé, documentaire disponible en intégralité sur YouTube

(2) Pour une enfance heureuse, Dr Catherine Guéguen, Pocket Évolution, 2014, p.323

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