L’éveil spirituel de l’enfant

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« Un enseignement qui ancre l’omniprésence de Dieu dans le cœur de l’enfant dans une optique qui rassure et une relation de complicité et d’amour que l’enfant pourra développer à la lumière du modèle qui l’inspire. »

 

La spiritualité

La spiritualité fait référence au terme coranique de la foi « imane » qui de manière propre signifie le travail du cœur (de l’être profond) qui accompagne les gestes. On touche à la spiritualité de manière effective lorsqu’on se pose des questions sur les œuvres de son cœur tels que l’intention, la sincérité, la piété, l’amour de Dieu et de son Messager, la volonté, la patience, la clémence, la crainte de Dieu. Ou encore ses maladies comme l’orgueil, l’ostentation, …etc.

Tous ces caractères qui relèvent du cœur, et donc du domaine de la spiritualité, sont d’une grande importance. En effet, Dieu s’intéressera en priorité à l’état de nos cœurs le jour dernier. Ceci est relaté dans le Coran à travers les paroles du prophète Abraham, que la paix de Dieu soit sur lui, « le jour où ni les biens, ni les enfants ne seront d’aucune utilité, sauf celui qui vient à Dieu avec un coeur sain »[1]. C’est-à-dire sain des différentes maladies. Si le cœur est illuminé par les vertus alors le fidèle pourra grimper les échelons pour obtenir les plus hauts degrés.

Il existe d’autres définitions de la foi. Le Prophète, paix et salut de Dieu sur lui, dit « la foi est constituée de soixante-dix et quelques affluents, le plus haut est l’attestation de foi, il n’y a de divinité que Dieu, le plus proche est d’écarter les choses qui gênent du chemin, et la pudeur est un affluent de la foi »[2]. Les affluents, répertoriés par des Savants tels que Bayhaqy et A. Yassine, sont des actes de foi tangibles et palpables qui permettent d’associer la foi à des actes qui en témoignent. Ainsi la foi n’est pas une contemplation philosophique mais une vérité qui se loge dans le cœur et qui jaillit avec les actes.

La spiritualité musulmane a pour objectif de préparer l’individu à rencontrer son Seigneur et l’aider à faire les actes (sens et cœur) qui favorisent son devenir auprès de Dieu et sa proximité à Lui. Son objectif n’est pas terrestre bien que Dieu ait promis à ceux qui recherchent Sa Face une vie digne ici-bas et dans la vie dernière. Terrestre dans le sens où la elle serait un moyen de dégager le stress quotidien, d’augmenter la productivité pour les entreprises, ou encore pour vivre une meilleure vie future, toujours sur terre, pour ceux qui croient à la réincarnation, ou même pour vivre des états d’extases de grandes amplitudes.

Transmission de la spiritualité

L’importance de la spiritualité et des vertus du cœur, pose la question de la transmission de ces vertus. Si aujourd’hui on met à disposition beaucoup de moyens pour développer l’intellect et le gestuel des enfants et des adultes, le coté spirituel reste au contraire méconnu et de ce fait mal entretenu et peu développé. Mise à part les connaissances intellectuelles et gestuelles qui concernent la pratique de l’islam, le fossé reste important entre le savoir et la réalité. Connaître ce qu’est la patience et être patient, connaître Dieu et être un vrai serviteur, voici comment le défi de la spiritualité se présente.

Outre, il nous est enseigné dans les témoignages des compagnons que Ibn Omar affirmait : « Nous avons eu la foi avant le Coran »[3]. C’est-à-dire que si le Coran a été révélé pendant vingt quatre années, les compagnons quant eux avaient la foi depuis qu’ils ont décidé de suivre le Prophète de Dieu, paix et salut sur lui. Comment ont-ils pu avoir cette foi alors que la science que Dieu allait révéler ne leur était pas encore parvenue ? La réponse nous intéresse et réside en la qualité même qui distingue cette première génération « la compagnie » du Messager de Dieu.

Le Prophète, paix et salut sur lui, nous conseille de ce fait de choisir nos compagnons avec le plus grand soin en disant : « Chacun(e) de vous a la même intensité de foi que son ami(e) le(la) plus intime, choisissez donc vos ami(e)s avec soin »[4] Dans un autre hadith le compagnon Abdullah Ibn Rawâhah dit à l’un de ses amis « Vient que nous vivions notre foi pendant une heure » ils se réunissaient alors entre amis, invoquaient Dieu et se souvenaient de Ses bienfaits sur eux. Signalé au Prophète de Dieu, celui-ci répond : « Ibn Rawâha aime les assemblées par quoi Dieu, Exalté, se vante auprès de Ses anges. »[5]

La compagnie des hommes pieux par l’amour et le respect représente un lien qui permet aux cœurs de s’abreuver l’un de l’autre. C’est ainsi que se transmettent la spiritualité et les vertus du cœur. « O vous qui avez la foi, Observer les limites de Dieu et soyez avec les véridiques »[6] dit Dieu dans le Coran. « Maintiens-toi avec ceux qui invoquent Dieu le matin et le soir recherchant Sa Face »[7]. L’exemple du prophète Moïse, paix et salut sur lui, avec l’homme pieux cité dans la sourate la Caverne (al Kahf) est un exemple éloquent. Moïse puisse Dieu le saluer n’est pas revenu avec une science particulière si ce n’est plus de certitude et d’humilité à l’égard de Dieu. Une science de cœur qu’il a trouvé auprès du Khadir, humble serviteur qui n’appartient pas au grade de la prophétie.

La bonne compagnie se concrétise par une fréquentation qui se fait dans le cadre d’un projet de changement individuel et collectif à l’exemple du Prophète et des compagnons. Ils poursuivaient deux objectifs, une relation privilégiée avec Dieu qui se conçoit au milieu du terrain au service de l’autre. Dieu est la destination, le chemin c’est l’autre, les moyens premiers sont la bonne compagnie et la souvenance de Dieu.

Et pour l’enfant ?

Lorsque le modèle est là, à savoir les parents qui ont fait un travail sur eux et qui sont plus à même de transmettre ce qu’ils sont, l’enseignement se fait de manière naturelle et simple. La difficulté apparaît lorsqu’on essaie de faire passer la spiritualité par des canaux inadaptés à savoir les voies de l’intellect. Les exemples cités dans le Coran et la tradition du Prophète, paix et salut sur lui, rendent compte de cette simplicité.

« Et lorsque Loqmâne dit à son fils tout en l’exhortant : «Ô mon fils, ne donne pas d’associé à Dieu, car l’association à Dieu est vraiment une injustice énorme… Ô mon enfant, fût-ce le poids d’un grain de moutarde, au fond d’un rocher, ou dans les cieux ou dans la terre, Dieu le fera venir. Dieu est infiniment Doux et Parfaitement Connaisseur. Ô mon enfant accomplis la prière, commande le convenable, interdis le blâmable et endure ce qui t’arrive avec patience. Telle est la résolution à prendre dans toute entreprise! Et ne détourne pas ton visage des hommes, et ne foule pas la terre avec arrogance, car Dieu n’aime pas le présomptueux plein de gloriole. Sois modeste dans ta démarche, et baisse ta voix, car la plus détestée des voix, c’est bien la voix des ânes».

Dans la sourate Loqmâne où cet homme pieux exhorte son fils, on peut remarquer la simplicité des propos et la globalité des thèmes abordés :

D’abord l’Unicité de Dieu est évoqué. Le polythéisme est décrit comme une injustice envers Dieu, un langage accessible à l’enfant qui par sa perception du cœur sait ce qu’est l’injustice. Ensuite l’omniprésence de Dieu est introduite de manière simple : Dieu est capable de ramener l’équivalent d’une toute petite graine bien qu’elle soit cachée à l’intérieur d’un rocher, dans le ciel ou dans la terre. Il est en effet Tout Sachant et Connaisseur.

Les grandes lignes du projet de sa vie : La prière qui est une présence à Dieu, et une implication dans la société pour prévaloir les valeurs de bonté, de l’effort pour une société meilleure, de patience et d’endurance.

Le bon comportement envers son prochain qui est une éthique qui permet un bon vivre ensemble et une bonne récompense auprès de Dieu.

Aussi, le Prophète, paix et salut sur lui, enseigne à son compagnon Ibn ‘Abbas, alors en bas âge, ces quelques mots : « Ô jeune homme je t’enseigne quelques paroles. Préserve Dieu (ne fais pas de péchés) et il te préservera. Montre de l’attention envers Dieu dans l’aisance et il te prêtera attention dans tes difficultés. Sache que si le monde entier, humains et djinns, te veulent du bien ils ne t’accorderont qu’un bien que Dieu t’a prédestiner, et saches que si le monde entier, humains et djinns te veulent un mal ils ne t’atteindront que par un mal que Dieu t’a prédestiné. Les plumes sont levées et l’encre est sèche »[8]

Un enseignement qui ancre l’omniprésence de Dieu dans le cœur de l’enfant dans une optique qui rassure et une relation de complicité et d’amour que l’enfant pourra développer à la lumière du modèle qui l’inspire. Ici c’est le Prophète, paix et salut sur lui.

 


[1] Coran, sourate 24, versets 89-90

[2] Hadith rapporté par boukhari

[3] Hadith rapporté par al-Bayhaqî

[4] Hadith rapporté entre autre par Ahmed

[5] Hadith rapporté par Ahmed et Tabarani

[6] Coran : le Repentir, V 119

[7] Coran : la Caverne, V 28

[8] Hadith rapporté par Thirmidi

 

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