Appel aux enfants disparus

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Dieu sait qu’être parent est une grande responsabilité et une tâche des plus méritoires. Chaque parent fait face aux difficultés de la vie :  accompagner son enfant et en même temps endurer les épreuves du quotidien. Parfois ces épreuves du quotidien nous engloutissent, au point d’en oublier la sensibilité des êtres qui nous accompagnent dans cette vie. Ce texte est une invitation à prendre conscience du vécu de chaque être sur cette terre, à se mettre à la place de l’Autre, pour mieux le comprendre et mieux l’accompagner.

Vous avez toujours voulu savoir ce qu’il se passe dans ma tête. Pourquoi fais-je ce que je fais ? Pourquoi n’obéis-je pas à vos “commandements” ? Pourquoi je me rebelle ? Pourquoi je fais des “caprices” ? Pourquoi ne fais-je pas ce que vous voulez ?

Vous êtes-vous demandé une seule fois ce qu’il se passe dans mon cœur ? Mon cœur si meurtri par votre dureté, par votre cruauté, par votre aigreur d’enfants disparus. Alors oui, vous n’êtes originellement pas responsables de ce meurtre d’innéité, de pureté et d’innocence que vous avez subi, mais vous le perpétrez, encore et encore, de jour en jour, de génération en génération, en toute inconscience…

Ne vous êtes-vous jamais mis à ma place quelques secondes ? Dans mon cœur ? Imaginer ce que je peux vivre, ressentir ?

Vous vivez dans la peur, la peur de perdre votre pouvoir, peur de perdre le contrôle parce que vous vivez dans l’illusion que vous l’avez. On dit que l’enfant vit dans un monde imaginaire, mais j’ai bien l’impression que c’est vous qui vivez dans un monde virtuel. Vous pensez contrôler, avoir des biens, du temps, une “situation”, un statut…mais si vous n’avez plus de cœur, vous n’avez rien. Vous avez tout perdu. Le réel est dans le cœur : la gratitude, l’émerveillement, l’Amour, la Justice.

Puis-je vous inviter dans mon monde quelques minutes ?

Mon monde est pur et beau, il est merveilleux, tout est à découvrir et à apprendre. La moindre couleur, odeur, lumière, matière, est à explorer, à contempler pour qu’elle m’apprenne sa sagesse, me transmette sa beauté, son unicité. Je m’émerveille continuellement et c’est un délice sans cesse renouvelé. Tout est jeu pour moi, j’ai un enthousiasme et une curiosité infinis pour toute activité. Dans mon monde, il y a aussi un sens inné de la justice et du soin de l’autre, je le ressens instinctivement, je le sais.

Mes jeux, si importants et réjouissants pour moi, sont rabaissés au rang d’activités inutiles et ridicules. Pour vous, rien ne vaut le “travail”, la complication. Vous avez besoin d’une migraine pour avoir la satisfaction de la tâche accomplie. Donc je dois y goûter aussi, puisque semble-t-il c’est ça “la vie”, je dois m’asseoir à un bureau pour faire mes devoirs, extrêmement ennuyeux par ailleurs, ne pas bouger, tenter de rester concentré pendant une longue période, ce qui est un vrai défi à la nature même de mon cerveau. Mon sens de la curiosité n’a plus aucun intérêt puisque vous savez tous mieux que moi ce que je devrais savoir et apprendre pour “réussir” dans la vie.

Mes émotions et sentiments, si vrais et authentiques pour moi, si précieux en informations, sont des caprices, des mises en scènes, du faux pour vous. J’en fais exprès, pour vous embêter, ou pire vous manipuler.

Mes besoins, vitaux et nécessaires à mon développement pour moi, sont encombrants pour vous. Ils ne vous arrangent pas, ne tombent pas au bon moment dans votre agenda millimétré et rempli par des chimères.

On se demande toujours pourquoi les enfants ont une telle énergie débordante ? C’est parce qu’ils sont pleinement en Vie, avides d’expériences, pleins d’entrain et d’élans. Parfois ces élans sont cassés, diminués, étouffés…

…et quand cela arrive trop souvent, j’en arrive à regretter d’exister. J’ai envie de disparaître, et je disparais effectivement. Je ne fais plus de bruit, je n’exprime plus de demandes, je suis sage, comme vous êtes si fiers de le montrer. Mais attention si je suis sage comme une image, c’est que je suis en train de mourir à petit feu et me transformer en coquille vide, en bon petit soldat, prêt à intégrer le monde des automates que vous connaissez si bien. Mon cœur est si fragile mais je ne vous montre pas à quel point cela me touche, parce que je vous aime, parce que je dépends de vous, parce que je ne veux pas vous faire de peine, parce que je veux vous faire plaisir.

Oui je sais que mes élans et mon énergie ont besoin d’être encadrés et orientés, qu’il faudra que j’apprenne les “règles” de cette vie terrestre, les limites, et j’en ai besoin d’ailleurs, cela me rassure et cela me prépare à mon autonomie. Et oui je sais qu’il est possible de le faire avec douceur, en prenant en compte mon désir et non en le niant ou le dévalorisant.

S’il vous reste une once de compassion dans le cœur, prenez le courage de me redécouvrir. Même si cela vous confronte à vos propres blessures d’enfants qui sont toujours à vif, et qui sont parfois en train de pourrir lentement.

Oui vous avez subi le rejet, l’indifférence, le dénigrement, la dévalorisation de votre riche monde intérieur. Donc pour le protéger de ces attaques, vous l’avez enfoui, enfermé derrière une porte inviolable cadenassée. Et vous ne supportez plus ce qui, à l’extérieur, vous rappelle ce trésor intérieur perdu. Il est toujours là cependant, et au plus profond de vous, vous le savez, et il vous manque ce monde. Ce monde où vous étiez en harmonie avec l’Être, ce monde où vous n’aviez que bonté pour tout ce qui vous entourait, ce monde où vous aviez l’énergie de la Vie, avant qu’elle ne disparaisse.

Alors, oseriez-vous redécouvrir votre cœur d’enfant ?

1 commentaire

  1. Paix à vous chère sœur.
    Comment recoller à son innéité sans pour autant s’infantiliser ?
    Comment définir la notion d' »adulte »?
    Que nous enseignent nos sources, nos références à ce sujet ?

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