Le couple à l’épreuve de l’infertilité

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Qu’elle soit temporaire ou permanente, l’infertilité met à l’épreuve le couple. L’homme et la femme, lorsqu’ils se sont rencontrés, ont projeté ensemble leur vision d’une famille, qui en général met en scène un ou plusieurs enfants. Est-on d’accord sur le nombre d’enfants ? Sur les valeurs que l’on aimerait leurs apporter ? Sur les principes d’éducation ? Autant de question et d’images dans lesquelles chacun des époux se projette avec ses propres attentes et idéaux.

La fécondation et la formation d’un être humain qui paraissent si « banales » et si simples pour la majorité des êtres humains, deviennent alors précisément dans l’esprit de ce couple de l’ordre du miracle ; dans le sens où l’on réalise à quel point on est impuissant devant cette création de Dieu – à Dieu appartient toute la puissance – et à quelle point cette création et magnifique et majestueuse.

Lorsque les premières difficultés de fécondité apparaissent, en général au bout de quelques mois à un an, le chemin tracé d’avance s’interrompt. Le scénario idéal imaginé se fissure et commence le parcours souvent médical long et éprouvant. Chaque couple choisit alors ce qui lui convient le mieux en la matière (différents degrés d’aide médicale à la procréation). C’est dans tous les cas durant cette période que s’engage chez le couple et pour chacun des époux un travail psychologique : deuil de la conception idéalisée, une certaine remise en question de sa maternité ou paternité, remise en question de la famille projetée, culpabilité lorsque l’infertilité est portée par l’un des conjoints. Ce travail n’est pas sans difficulté et peut par ailleurs avoir besoin d’être soutenu par un professionnel.

Ce délai, entre le « lancement » de ce projet d’enfant et sa réalisation, peut avoir comme bénéfice de réfléchir réellement au projet que l’on porte pour cet enfant. Espère-t-on un enfant parce que c’est le chemin tracé pour tous les couples mariés, comme une sorte d’étape imposée ? Dans quel but/intention je souhaite avoir des enfants ? Suis-je à l’aise avec ma maternité/paternité ? Mon intention est-elle dédiée à Dieu ? Autant de questions qui trouveront réponse dans la réflexion propre à chacun.

Remettre en cause les normes sociétales

La tristesse ressentie face à une infertilité peut être d’autant plus profonde que l’on est écrasé par des normes sociétales très fortes. Nous les portons en nous-mêmes d’abord, c’est le plan de vie que l’on s’est imaginé qui est contrarié en cas d’imprévu ; puis souvent la famille rappelle avec force ces normes (« cela fait x années que vous êtes mariés… ; à quand un petit neveu/nièce/petit-fils/petite-fille ? ; c’est pour quand le 2ème ? 3ème ?…). Enfin la société dans laquelle on vit marquera de façon particulière cette attente d’enfant selon la culture de la contrée habitée (famille nombreuse ou non, neutralité ou dévalorisation des personnes n’ayant pas d’enfant, etc.). Ces normes constituent un poids psychologique important à ne pas négliger et dont il convient de se libérer, chaque être humain ayant son propre itinéraire tracé.

Accepter l’épreuve divine

Quand bien même cette infertilité serait amenée à durer, Dieu a décrété pour chacune de Ses créatures une mission de vie, un destin, un chemin. Dieu n’a pas créé l’être humain pour enfanter mais bien pour L’adorer. Les épreuves font partie de la vie du croyant comme Dieu le dit dans Son Saint Livre : « Nous vous éprouvons sûrement un tant soit peu par la peur, la famine, la réduction des biens, des personnes et des récoltes. Et annonce la bonne nouvelle aux patients. Ceux qui, lorsqu’une calamité les touche, disent : ‘Nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous devons retourner’. Ceux-là ont sur eux des bénédictions de leur Seigneur ainsi qu’une miséricorde et ce sont ceux-là les bien-guidés. »[1]

Il y a dans chaque épreuve un bien, et il suffit de regarder en arrière, dans notre passé, pour voir ce que nous a appris ou apporté chaque épreuve rencontrée. Le Prophète, paix et salut sur lui, dit : « Que l’affaire du croyant est étonnante ! Son affaire ne comporte pour lui que du bien, et cette faveur n’appartient qu’au croyant : s’il est l’objet d’un évènement heureux, il remercie Dieu et c’est là pour lui une bonne chose. S’il est victime d’un malheur, il l’endure avec patience et c’est là encore pour lui une bonne chose. »[2]

La parentalité ne s’arrête pas aux liens de sang

Etre mère ou père ne s’arrête heureusement pas à la conception et naissance biologiques. Citons un exemple de taille qui est celui d’Aïcha, la mère des croyants, que Dieu l’agréée : bien que mariée au Prophète, paix et bénédictions sur lui, de nombreuses années, elle n’a pas enfanté ; et pourtant quelle mère ! Elle a transmis et éduqué nombre de croyants, excellé dans la préservation de la tradition prophétique et est un modèle pieux pour nombre de croyantes.

Dans notre quotidien, notre vie, nous rencontrons aussi des personnes qui ont marqué notre route par leurs conseils, leur douceur, leur accompagnement, leur bienveillance, qui ont été à leur niveau et selon leurs compétences des parents pour autrui.

Tandis que certains parents auront pour devoir premier d’éduquer et d’accompagner leurs propres enfants ; d’autres, pères et mères à leur manière, auront pour mission première d’éduquer et d’accompagner autour d’eux, des enfants, des jeunes, des musulmans, des croyants, femmes et hommes qui eux aussi ont besoin de quelqu’un pour les aider à grandir en foi et en humanité.

 


[1] Coran, Sourate La Vache, versets 155-157

[2] Rapporté par Muslim

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