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Spiritualité et émotions

Le fond spirituel n’est pas gestuel, intellectuel ou émotionnel ; bien qu’il interagisse avec les trois.

La spiritualité musulmane est ce qui se loge dans le cœur lorsque l’humain s’expose aux dons divins. C’est une spiritualité à deux manches. La première est l’action du fidèle, la seconde est la réponse de Dieu. Entre l’action du fidèle et l’effet escompté, il n’y a pas une relation de cause à effet, plutôt une corrélation Dieu tient Sa promesse lorsque le serviteur fait la bonne œuvre avec la bonne intention. C’est dire combien la bonne œuvre du fidèle est impuissante si ce n’est le bon Dieu qui la repêche et la qualifie.

Autrement dit, la spiritualité musulmane ne s’obtient pas par l’exercice d’un prétendu pouvoir en notre possession, mais par l’expression d’une quête qui sollicite une réponse favorable du Seigneur.

Ce schéma transparaît dans ce récit prophétique authentique. « Chaque fois que des gens se réunissent dans une maison de Dieu », rapporte Abu Hurayra compagnon du Messager de Dieu (paix et salut sur lui), « les anges les entourent, la sérénité descend sur eux et la miséricorde les couvre. » (1)

On apprend dans la sourate « al-Fath », verset 4, que la sérénité a pour effet d’augmenter la foi et que c’est Dieu qui la fait descendre sur les cœurs des fidèles. La miséricorde (2) est un remède contre la discorde entre les gens. Ce sont des dons divins spirituels qui échappent à la maîtrise des hommes.

Quelles seraient dans ce cas les frontières et les interactions entre le spirituel et l’affectif ? Comment l’affectif affecte le spirituel et comment le spirituel dépeint sur l’affectif ? C’est un peu comme se poser la question de comment l’air extérieur se mélange avec le sang dans les veines, et comment la qualité du sang ou de la respiration peuvent obstruer l’accès de l’air.

Pour résumer, l’affectif est une faculté humaine partagée par tous ; le spirituel, au sens prophétique, est divin, c’est un apport de Dieu motivé par Sa seule Volonté.

Dans le Coran, deux termes étymologiquement similaires désignent l’intériorité de l’homme. Le premier, « Fou’âd », fait référence selon al-Açfahâni, érudit en lexique coranique, à un phénomène de combustion, d’incandescence, d’inflammation. Le second, « Qalb », fait référence au vacillement, au changement de cap ou de sens.

Le verset 10 de la sourate Les-récits réunit ces deux mentions dans une même phrase. Cela suggérerait qu’elles sont distinctes bien que traduites toutes les deux par le terme « cœur ».

« Ainsi, le cœur (Fou’âd) de la mère de Moïse devint vacant. » C’est lorsqu’elle a posé son fils sur l’eau du Nil. Al-Açfahani précise que cela pourrait signifier qu’elle ne pensait à rien d’autre que son fils en négligeant le risque que sa filiation soit dévoilée au Pharaon. « Et peu s’en fallut qu’elle n’en divulguât l’origine », poursuit le verset, « si nous n’avions pas raffermi son cœur (Qalb) afin qu’elle demeurât une vraie croyante. »

Une action extérieure sur le cœur (Qalb) de la mère de Moise, salut sur eux, et un apport en spiritualité qui a pour effet de le fixer. Cela afin qu’il ne vacille pas sous l’effet d’un état émotionnel extrême survenu suite à cette circonstance grave. L’affectif humain de la mère ne s’est pas forcément calmé, mais, grâce à l’intervention de Dieu sur son cœur spirituel, elle a gardé la foi.

Dans des circonstances difficiles, le Prophète, paix et salut sur lui, humain parmi les humains, avait besoin de raffermir son cœur affectif. Le fait de révéler le Coran par tranches de versets en fut un moyen « Ils dirent, il aurait fallu que ce Coran lui soit descendu en entier. C’est ainsi, afin que Nous raffermissions ton cœur (Fou’âd) avec. » (3). Le fait de lui relater les récits des autres messagers avant lui en fut un autre (4). Par contre, raffermir son cœur spirituel prophétique, réceptacle de la guidée divine, n’a jamais été à l’ordre du jour.

L’affectif de l’Homme réagit en premier à son environnement. C’est une prise de conscience profonde. Le cœur spirituel, face à cet état de fait, décide de se maintenir sur la même orientation ou de changer. Si le cœur est fixé à l’Absolu, alors malgré les émotions il ne vacille pas. A l’image d’une plate-forme sur l’océan. Si elle est attachée à des ancres solides, elle gère les vagues sans chavirer ou dériver ; sinon, son sort demeure des plus incertains.

(1) Hadith rapporté par Thirmidhi et Muslim

(2) Hud, V.118-119 : « Et si ton Seigneur avait voulu, Il aurait fait des gens une seule communauté. Or, ils ne cessent d’être en désaccord (entre eux,) sauf ceux à qui ton Seigneur a accordé miséricorde. »

(3) Discernement, V.32

(4) Houd, V.120

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