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Être ou ne pas être ?

Tout à coup la bagarre éclate dans ma tête, une bagarre verbale entre moi et un adversaire virtuel qui représente une personne réelle ou non dans une situation susceptible d’arriver, ou pas. Cela m’arrive souvent, et j’en sors toujours vainqueur, car j’ai la magnifique possibilité d’arrêter le temps, appuyer sur la touche « pause », pour bien préparer ma prochaine réplique. Quand ce n’est pas une bagarre, c’est une question qu’on me pose, que je me pose puis, l’exercice consiste à argumenter finement et délicatement pour convaincre. Cela peut aussi se présenter sous forme d’une discussion amicale.

Mais je me rends compte que je suis en pleine prière ! Debout, en pleine lecture de la sourate, ou incliné ou encore prosterné.

Paradoxalement, cette irruption arrive quand je suis censé être avec Dieu Exalté. Bien que conscient que je le suis, le monologue se déclenche, encore et encore. Le fait même d’essayer de l’arrêter ou d’y réfléchir entame un nouveau monologue. Cela semble tellement inévitable que je préférais ne pas me battre. À chaque fois, me battre ne faisait qu’attiser les polémiques et m’éloignait plus de ce qui devrait s’appeler « recueillement ».

Faut-il juste être réellement présent à Dieu et prendre le temps de savourer tous ces gestes de la prière ? Sentir son front posé qui repose sur le tapis ? Ressentir ces moments où l’on est debout face à Dieu comme perché, au-delà de l’univers, au seuil de l’absolu ; comme une bénédiction, comme des moments de bien-être ? Se relier à la dimension de l’éternité où tout s’effondre sauf mon Créateur, moi et la distance qui nous sépare ?

C’est simple, mais en même temps difficile car combien de fois j’ai lu des passages vibrants d’hommes et de femmes qui décrivaient leur état de recueillement sans que cela me parle. Je n’y arrive pas.

Cette prise de conscience fit naître un besoin, celui de savoir si j’atteins là une limite au pied de laquelle la mort m’atteindra. Celui d’espérer franchir cette zone de parasites. Or, le besoin est la porte royale pour s’inviter chez Dieu. Je le fis mais à chaque fois que cela manquait d’authenticité, je retrouvais les mêmes symptômes. On ne peut faire semblant juste en y pensant avec la tête, il faut l’être. Pour mon cœur, il n’a pas été facile de retrouver cet état de besoin sincère qui me permettait d’orienter mon être au seul Etre qui pouvait m’aider. Je me rendis compte que ce cœur manquait d’exercice et de fermeté. Si mes muscles, mes membres pouvaient s’exécuter de même que mon intellect, mon cœur, lui, était un organe, comme engourdi, qui échappait à mon contrôle.

« Etre ou ne pas être ? », là est la question de la spiritualité et de son organe : le cœur.

Lorsqu’on est en prière, prendre le temps de se rappeler la mort, ce rendez-vous certain et inéluctable qui achève la chance de vivre, aide à se connecter à l’absolu. Penser que mon geste modeste de prosternation est celui-là même que je retrouverai le jour où je passerai le seuil de l’éternité, et que j’ai aujourd’hui l’occasion de m’adresser à Celui-là même qui détient les rênes de ce jour pour qu’Il me reconnaisse et me regarde, donne subitement une force à ce geste et une utilité dont je sens le besoin.

« Takbîrat al Ihrâme » premier geste qui marque le début des prières, prend un sens spirituel. Autant les membres et les sens observent une discipline exigée dans le rituel, autant, le cœur, en premier, doit prendre une orientation qui le situe au-delà des attractions terrestres. Un « Ihrâme » de l’être qui donne sens à ces gestes en se focalisant sur son devenir pour exprimer son besoin de se libérer pour Dieu.

Date de première parution 15/05/2013.

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