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Pourquoi faire simple, si on peut faire compliqué ?

Trouver la « pensée du monde » d’aujourd’hui, c’est ce qui me pousse à braver sa complexité apparente pour trouver ses racines simples. Un peu à l’image de l’univers dont la complexité stimula les chercheurs pour retrouver la simplicité dans ce qui apparaissait comme compliqué. Des découvertes impressionnantes couronnèrent leur labeur. Ils trouvèrent que l’atome constituait les amas de matière, la force unique originelle était le moteur des multitudes d’attractions et répulsions, le photon était à l’origine des millions de couleurs et la cellule se révéla être l’enceinte des multiples formes de la vie. Dans cette quête, les sciences s’inspiraient les unes des autres car les chercheurs étaient animés d’une même volonté qui transcendait leurs différentes spécialités.

Mais dans la société qui m’entoure, la sectorisation est de mise. Les domaines se multiplient et les analyses faites des événements restent cantonnées dans des champs isolés sans déborder les uns sur les autres : Le politique, l’économique, le social, le culturel, le cultuel, le monétaire, le juridique, l’humanitaire, le scientifique, l’environnemental… le privé, le public…

On peut ainsi entendre une longue analyse sur le conflit birman en des termes politiques qui évoquent les disparités religieuses sans jamais déborder sur les gisements pétroliers censés être exploités par Exxon Mobile sous les pieds des Rohingyas, qui elle serait plutôt citée dans une analyse économique qui fait abstraction des birmans et érige les ressources et les profits en vedettes. Les profits d’Areva sont communiqués de façon très positive sans jamais intercepter les droits humains ou les pollutions environnementales au Niger. Lorsque, occasionnellement les mouvements sociaux menacent les chiffres d’affaires, on a droit à des analyses croisées ponctuelles.

Lorsque la face de la vérité est choquante, des filtres optiques lui sont appliqués. Ils en cachent une partie sous prétexte d’en relever une autre. Les différents registres d’analyse sont autant de filtres de la vérité qui en véhiculent des vues sélectives ; autant d’agents de communication qui trient l’information brute et en brisent la structure et le sens originels.

Pourquoi faire simple si faire compliqué vaut mieux pour les besognes ? Pourquoi montrer une vérité gênante mais rentable si on peut l’émincer en plusieurs couches gratifiantes.

Les chercheurs de la vérité, cette espèce devenue rare, ont-ils donné lieu à de simples gérants illusionnistes qui communiquent pour mieux nous garder sous contrôle ?

La fuite vers la complexité peut être un moyen d’échapper au discernement du citoyen lambda. Dans sa course-poursuite derrière le fil d’informations, il se retrouve « semé » de différentes façons. Tantôt il se perd dans les détails face aux journaux télévisés où l’on privilégie la chronicité au sens synthétique. Tantôt il se perd dans la technicité du discours en écoutant les débats sur l’économie lors des campagnes électorales. Sinon, il perd de vue la subtilité des informations pointues pour se résigner à faire confiance au « spécialiste » de service. In fine, il se trouve à chaque fois exclu du cercle de discernement réservé par construction à une élite initiée.

Je me retrouve « semé » comme la majorité « souveraine » de ce pays mais je garde mes questions en tête. À l’image de Newton qui s’est posé la question « pourquoi la pomme tombe toujours vers le bas ? » et d’autres qui se sont posés la question « pourquoi ce qui est rouge est rouge ? » ou « pourquoi l’été il fait plus chaud que l’hiver ? », je me pose la question sur ce qui relie la recherche scientifique aux changements des mœurs sociaux, au développement durable, aux crises économiques, aux conquêtes militaires, aux dettes publiques, aux réseaux sociaux,….

Certains annoncent une « nouvelle gouvernance mondiale ». C’est un bon indice pour persister dans la recherche.

 

Date de première parution : 24 mai 2013

 

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